L'ascension et la chute de Pierre Maudet racontées dans un livre

GenèveLe correspondant en Suisse romande du «Tages-Anzeiger» retrace la trajectoire du conseiller d'État.

Le conseiller d'État lors d'une interview le 27 août 2018. Trois jours plus tard, le Ministère public genevois sollicitait l'autorisation du Parlement pour poursuivre Pierre Maudet du chef d'acceptation d'un avantage.

Le conseiller d'État lors d'une interview le 27 août 2018. Trois jours plus tard, le Ministère public genevois sollicitait l'autorisation du Parlement pour poursuivre Pierre Maudet du chef d'acceptation d'un avantage. Image: Laurent Guiraud

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C’est peu dire que l’affaire Maudet suscite de l’intérêt à Genève et en Suisse depuis son éclatement en 2018. L’élu PLR fascine par son ascension politique précoce. Ou par ses déboires spectaculaires.

Preuve de cette fascination, le journaliste Philippe Reichen, correspondant du «Tages-Anzeiger», basé à Lausanne, a sorti lundi, en allemand, un livre intitulé «Pierre Maudet, le vertige du pouvoir». Une publication française suivra au début de l’année prochaine.

Qu’en tirer? L’auteur examine d’abord la montée du jeune prodige de la politique genevoise. Aucun élément ne surprendra un lecteur de la «Tribune de Genève». On suit les premiers pas (Signé 2000, succession de manifestations avant le passage à l’an 2000, ou l’initiative sur la fusion Vaud-Genève). Mais c’est au Conseil administratif de la Ville que sa programmation personnelle donne ses fruits. Le personnage qui se dessine alors est bien connu. Doté d’une grande force de travail et d’un culot invraisemblable, habile tacticien, bon communicateur (même quand il vend des innovations aux effets contradictoires, comme les caméras aux Pâquis), sans ménagement envers ses adversaires (affaire de la rue du Stand), Pierre Maudet sait séduire et se faire soutenir.

Pour l’auteur, le magistrat développe une manière de faire de la politique «par effraction». Il s’impose une méthode qu’il va ensuite appliquer en grand dans sa course au Conseil fédéral. Son arrivée au Conseil d’État, marquée notamment par des affrontements de plus en plus brutaux avec les syndicats de police, est détaillée avec soin.

Alémanique, Philippe Reichen est fasciné par cette Genève exotique. Il s’étonne de ce canton marqué par une culture politique française d’affrontement, où les adultes se laisseraient impressionner par les jeunes. Il attribue au calvinisme la volonté de Maudet de ne pas fumer le cigare, ni de boire des whiskys en public, alors qu’il s’agit plutôt de ne pas alimenter le cliché du notable bourgeois...

Autre pratique singulière pour un élu de droite, cette capacité à passer des accords avec la gauche sur la gestion du marché du travail ou les sans-papiers par exemple. Il souligne le rôle de mentor d’un Guy-Olivier Segond, sans mentionner que ce pragmatisme est en réalité conforme à l’idéologie et à la pratique de l’État radical historique (État fort, économie forte, gestion tripartite, etc.). Loin d’être uniquement pragmatique, Pierre Maudet porte en lui cette ossature idéologique. C’est elle qui explique son soutien à l’union Vaud-Genève, à l’adhésion à l’UE, au tripartisme.

«Un petit secret aux grandes conséquences», c’est par ce titre que l’auteur entame, dans le dernier tiers du livre, «l’affaire Maudet». Il cite, mails à l’appui, les réponses que le conseiller d’État donne aux premiers journalistes qui s’interrogent sur la nature de son voyage à Abu Dhabi avec sa famille et son chef de cabinet en novembre 2015. À l’époque, il affirme aux médias qu’il s’est rendu aux Émirats arabes unis pour un voyage privé. Rompu au bras de fer, peu enclin à en dire plus, il remet, par exemple, en cause l’estimation du coût réalisée par «Le Matin Dimanche»: «Je m’étonne de la somme que vous articulez, je me demande sur quoi vous la fondez.» Au «Tages-Anzeiger», il raconte que le séjour a été organisé par des amis de Genève. Tout ne serait que privé.

La «Tribune de Genève» a aussi des doutes. À l’origine du premier article paru sur l’affaire, en mai 2018, notre journal s’étonne d’une dépêche très officielle de l’agence de presse étatique émirienne évoquant une rencontre entre Pierre Maudet, le prince héritier et le ministre de la Défense. Ce qui n’empêchera pas le politicien de se hisser à la présidence du Conseil d’État. Cette onde de méfiance s’amplifiera au fil des révélations.

Plus dure sera la chute: trois mois plus tard, devant le Parquet, Patrick Baud-Lavigne, bras droit du conseiller d’État, avoue la construction du mensonge destiné à éteindre la polémique. Pierre Maudet, décrit dans le livre comme un «Monsieur Propre», a bel et bien été l’invité de la famille royale des Émirats arabes unis. A-t-il commis des infractions dans ce volet en se faisant notamment offrir ce séjour à Abu Dhabi ou, du moins en partie, une fête d’anniversaire à Genève en 2018? La justice tranchera. Mais pour Philippe Reichen «son aura d’intouchabilité est irrémédiablement perdue».


Philippe Reichen, Pierre Maudet, «Sein Fall». Éditions Stämpfli. Il sortira en français aux éditions Cabédita en janvier

Créé: 02.12.2019, 16h21

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