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Artichauts violets et poires à rissoles font leur show

Les variétés maraîchères genevoises ont attiré des spécialistes de tout le pays à l’école d’horticulture.

Une commission fédérale visite les cultures d’anciennes variétés de légumes et fruits genevois à l’Ecole d’horticulture de Lullier à Jussy.
Une commission fédérale visite les cultures d’anciennes variétés de légumes et fruits genevois à l’Ecole d’horticulture de Lullier à Jussy.
Lucien FORTUNATI

Au rang des défenseurs de variétés anciennes de fruits et légumes, Genève occupe une place de choix. La Commission suisse pour la conservation des plantes cultivées (CPC) a pu s’en rendre compte vendredi, lors de sa course d’école au Centre d’horticulture de Lullier, organisée par François Lefort, professeur à l'Hepia (Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture). Des représentants d’institutions et d’associations sont venus de tout le pays pour en savoir plus sur le cardon épineux, l’artichaut violet de Plainpalais, la poire à rissoles, la côte de bette verte lisse de Genève, le poireau Dubouchet ou encore le chou frisé à pied court de Plainpalais.

Autant de variétés maraîchères typiquement genevoises devenues rares sur les étals mais qui sont connues des amateurs et des spécialistes bien au-delà des frontières du canton.

Pour la sécurité alimentaire

Cette journée consacrée à des conférences et visites des cultures du centre d’horticulture a permis de rappeler l’importance de conserver ces variétés anciennes, et pas seulement pour le folklore. «Au niveau mondial, il y a une érosion de la diversité génétique des plantes cultivées, note Agnès Bourqui, biologiste et responsable du bureau de la CPC. Or cette diversité est essentielle à notre sécurité alimentaire. Disposer de multiples génotypes permet, grâce à un travail de sélection, de développer des plantes capables de mieux résister à la sécheresse, aux maladies ou aux nouveaux parasites qui risquent d’apparaître avec le changement climatique.» On retrouvera peut-être dans ces anciens légumes genevois des caractéristiques génétiques utiles à l’avenir.

De ce point de vue, Genève présente une grande richesse. «En Suisse, il n’y a pas d’autre endroit qui soit à l’origine d’une telle variété de légumes, note Markus Hardegger, responsable du programme de conservation des ressources phytogénétiques de l’Office fédéral de l’agriculture. C’est pour cela que ça m’intéresse de voir ce qui se fait ici.»

Si Genève est le berceau suisse de la culture maraîchère, c’est grâce aux réfugiés huguenots venus au XVIIe siècle. Ils ont amené leurs semences du sud de la France et les ont cultivées sur la fertile plaine de Plainpalais. Avec le temps et à force de sélectionner les plantes les plus résistantes, celles-ci se sont acclimatées à l’environnement et au climat local, pour devenir des variétés à part entière.

Mais, pour des questions de rendement ou d’optimisation, l’agriculture a fini par délaisser ces anciennes variétés, malgré leurs qualités gustatives reconnues loin à la ronde. «Cela est notamment dû aux critères de la grande distribution, déplore Nicolas Delabays, professeur à l’Hepia. Par exemple, le pied en forme de bulbe du poireau Dubouchet ne permet pas d’optimiser le conditionnement et le transport.»

Toutefois, le scientifique a bon espoir que ces légumes reviennent au goût du jour. «Aujourd’hui, les gens recherchent davantage de qualité et d’authenticité», estime-t-il. Ces dernières années, plusieurs travaux de recherche ont été menés dans ce domaine par des étudiants de l’Hepia. Le Centre d’horticulture de Lullier possède d’ailleurs des cultures de cardons épineux de Plainpalais, d’artichauts violets ou de poires à rissoles pour étudier et préserver ces anciennes variétés genevoises.

Le retour des semenciers

Un autre aspect essentiel de la conservation de celles-ci est aussi en train de renaître: la production de semences. Il y a une vingtaine d’années, cela faisait encore partie intégrante du travail des maraîchers. «On continuait ainsi de sélectionner de nouvelles variétés, souligne Nicolas Delabays. Le poireau Dubouchet a été créé par un agriculteur de Plan-les-Ouates au début du XXe siècle. Mais la production maraîchère est en train de se réapproprier cette dimension de son travail.»

Certains ont décidé de reprendre le flambeau, à l’instar de l’association genevoise Semences de Pays ou de l’association neuchâteloise Biosem. Cette dernière propose aussi plusieurs variétés genevoises dans son assortiment de graines, tout comme l’entreprise valaisanne Zollinger Bio. Comme quoi, les protecteurs de ce patrimoine local ne se trouvent pas qu’à Genève, loin s’en faut.

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