Art, crimes en col blanc et potentats

PortraitÉlue au conseil de l’Ordre des avocats, Sandrine Giroud prépare un ouvrage sur les avoirs des tyrans.

Sandrine Giroud, une «fille des montagnes» qui travaille en ville, dans un cabinet d’avocats d’affaires.

Sandrine Giroud, une «fille des montagnes» qui travaille en ville, dans un cabinet d’avocats d’affaires. Image: Lucien Fortunati

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Elle est tout sourire. Mais les affaires traitées par cette avocate qui vient d’être élue au conseil de l’Ordre des avocats (OdA) sont très sérieuses. Avoirs des tyrans, criminalité économique, contentieux à l’échelle internationale, blanchiment dans le marché de l’art: Sandrine Giroud s’est spécialisée dans des cas complexes. À 41 ans, cette «fille des montagnes», comme elle se dénomme elle-même, travaille désormais dans un grand cabinet d’avocats d’affaires genevois, où elle est associée depuis 2017.

Mais elle se souvient très bien d’où elle vient. Du pied des cimes. Elle est née à Interlaken (BE), d’un père Bernois, un Roth, électronicien auprès de l’aéroport militaire d’Interlaken, puis représentant de commerce dans l’industrie de précision, et d’une mère Valaisanne (née Fardel), employée de commerce puis cadre au sein de différentes sociétés. «J’ai grandi à Troistorrents (VS) dans le val d’Illiez, souligne-t-elle. J’ai fait mon collège à Saint-Maurice avec les chanoines, à l’ombre de la Cime de l’Est. Ce sont des montagnes et des falaises qui marquent à cette époque de la vie.» Elle pratique aussi le ski de compétition, pendant dix ans, plus slalom que descente, et étudie le droit à Fribourg. «J’ai hésité à étudier à Genève ou Lausanne. Mais l’ambiance était un peu trop «sophistiquée» à mon goût.» Elle opte pour la Cité des Zähringen. «La Faculté de droit avait par ailleurs une réputation d’excellence et permettait de faire une licence bilingue français allemand», lâche-t-elle.

Discours de Christoph Blocher

Pourquoi le droit? «Je voulais faire un métier lié aux relations humaines. J’ai toujours été curieuse de l’homme et de son fonctionnement. J’ai hésité avec des études de psychologie. Mais cette discipline m’a paru finalement très centrée sur l’individu alors que le droit permet de comprendre les gens dans leurs actions et de découvrir les rouages du monde.»

Sandrine Giroud se sent «très suisse», avec un père suisse allemand amoureux de la Romandie et une mère qui s’était rendue dans le canton de Berne pour apprendre le dialecte et qui y a trouvé l’amour. Elle rejoint donc assez naturellement Berne en 2006, comme collaboratrice scientifique en droit international privé à l’Office fédéral de la justice. La juriste participe alors de près aux négociations diplomatiques liées à l’adoption par la Suisse de la Convention de Lugano ( ndlr: qui définit la compétence de chaque juridiction après une décision en matière civile et commerciale). «Je me souviens notamment d’avoir rédigé le discours de l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher se félicitant de l’adoption de cette convention par la Suisse.» Et d’ajouter avec malice: «À l’époque, nous avions hésité avec mon collègue à y glisser une ou deux phrases proeuropéennes.»

«Découvrir des histoires passionnantes»

Encore universitaire, cette Valaisanne s’intéresse à la défense des droits de l’homme. «J’étais membre du comité de TRIAL International, qui lutte contre l’impunité des criminels internationaux.» Elle soutient encore cette ONG basée à Genève et préside la commission des droits de l’homme de l’OdA depuis 2014. «On voit que dans les grandes affaires concernant des criminels internationaux, les crimes de sang sont souvent liés à des crimes d’argent, détaille-t-elle. L’argent est, comme on dit souvent, le nerf de la guerre. Si on parvient à bloquer ou confisquer les fonds de ceux qui ont commis ces crimes de sang (torture, disparitions forcées, crimes contre l’humanité et autres), on supprime leurs moyens.»

Sandrine Giroud prépare d’ailleurs, avec d’autres auteurs, un livre sur le droit suisse des sanctions et de la confiscation des fonds au niveau international. Elle siège aussi depuis 2016 au sein du conseil du Musée national suisse, entité où se retrouvent les quatre cultures linguistiques d’Helvétie. Son arc a encore une corde. L’art. Pourquoi? «À nouveau: l’humain. Rien que la question: «Qu’est-ce qu’une œuvre d’art?» soulève la complexité de l’homme et ses paradoxes. Pourquoi un Jeff Koons ou un Damien Hirst valent-ils à notre époque des centaines de millions alors que Gauguin et Van Gogh sont morts les poches vides?» Pour l’avocate, c’est aussi «une spécialisation qui permet de découvrir des objets magnifiques et des histoires passionnantes.» Des tableaux ornent son bureau. Et des fleurs. Des orchidées. Des plantes tropicales dont elle ne se lasse pas.

Créé: 18.04.2019, 07h17

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