L’arrivée des Géants est un sacré défi pour la sécurité

InterviewL’aménagement de l’espace public va durablement changer face au risque terroriste global, analyse l’expert Pascal Viot.

Pascal Viot exerce un métier inédit: expert en gestion des risques urbains. Un domaine en plein développement.

Pascal Viot exerce un métier inédit: expert en gestion des risques urbains. Un domaine en plein développement. Image: Laurent Guiraud

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Avec la Saga des Géants, Genève accueillera un événement démesuré du 29 septembre au 1er octobre. Un challenge pour les autorités, y compris sous l’angle de la sécurité.

Lire aussi l'éditorial: «A pas de géant dans l’inconnu»

Face à la menace terroriste, les villes doivent repenser durablement la gestion des manifestations, analyse Pascal Viot, chercheur associé à l’EPFL, devenu expert en gestion des risques urbains. Le «Monsieur Sécurité» de Paléo a fondé il y a un an et demi l’institut Issue, seul du genre en Suisse, qui conseille les acteurs de manifestations. Il propose même désormais un certificat en sécurité événementielle et gestion de foule. Preuve s’il en est d’un besoin croissant de réponses à des questions inédites.

– En organisant un hyperévénement comme la Saga des Géants, quel est l’enjeu pour Genève?

– C’est une façon de mettre à l’épreuve la ville dans sa capacité à absorber une manifestation de cette dimension, de manière quantitative et qualitative. Genève va rejoindre les grandes villes mondiales qui ont déjà accueilli cet événement et compte ainsi améliorer son attractivité.

– Quelle image Genève veut-elle donner?

– Celle d’une ville qui sort de la routine, qui devient un décor non pas inerte mais interactif. Le public sera à l’intérieur de la scène qui se jouera sous ses yeux. C’est un format de manifestation très particulier, sans doute jamais vu en Suisse, avec un cortège lent, sur trois jours, et une fréquentation exceptionnelle. La population de la ville pourrait doubler chaque jour durant trois jours, pour atteindre peut-être au total un million de spectateurs.

– En tant qu’expert, sur quels scénarios travaillez-vous pour améliorer la gestion du risque dans l’espace public?

– L’idée que la foule est irrationnelle reste ancrée dans les esprits, selon des théories du XIXe siècle. Mais des études récentes montrent que pour éviter les mouvements de foule et optimiser les flux, il faut garantir un confort aux gens, en organisant les parcours, en donnant des informations utiles pour l’orientation. Cela nécessite une grande anticipation des organisateurs, qui ne peuvent plus se reposer sur l’action policière le jour même. Les organisateurs commencent à prendre conscience que la sécurité doit être pleinement intégrée dans la logique d’organisation d’une manifestation.

– Avec la menace terroriste, comment repense-t-on la sécurité des manifestations?

– En s’ouvrant largement pour accueillir les participants, la ville s’expose. Accueillir une manifestation d’ampleur nécessite d’allier hospitalité et sécurité. Les attaques à Paris le 13 novembre 2015, et les répliques successives à travers l’Europe, alimentent une peur sur la ville associée aux manifestations. Il s’agit d’une situation de crise permanente face à une menace globale et diffuse que l’on peine à intégrer dans nos modes existants de sécurisation. Le paradigme a changé, mais les acteurs privés et publics ne sont pas encore équipés pour répondre à ce défi. Nous devons apprendre à faire face, en étant conscients que nous ne trouverons pas de solutions efficaces en restant bloqués sur les stratégies d’hier.

– Les blocs de béton protégeant un périmètre visent à rassurer, mais rien ne peut empêcher une personne déterminée à agir. Alors que faire?

– Augmenter les effectifs de police et poser des blocs de béton ne sont que des solutions partielles et provisoires. Elles sont amenées à évoluer. Deux ans après les attaques à Paris, on arrive à la fin d’un cycle basé sur des mesures d’urgence où l’on a mobilisé les outils disponibles sans repenser en profondeur les stratégies. Le 10 octobre, je participerai à Londres à un colloque avec des experts internationaux de la sécurité et de l’antiterrorisme pour parler justement des nouveaux modèles de sécurisation des villes.

– L’individu va-t-il être sollicité pour devenir un partenaire de sécurité?

– Chacun est appelé à être plus vigilant. La vigilance individuelle renforce celle qui est collective. Cela implique aussi de former les personnes chargées de la sécurité – à tous les niveaux – à collecter et transmettre des informations pour prévenir des actes malveillants.

– Faut-il s’attendre à vivre en permanence au milieu de blocs de béton?

– Le moment est venu de repenser l’usage de l’espace public en intégrant la notion de sécurité. En matière d’urbanisme, les aménagements de sécurité éphémères vont peu à peu devenir fixes tout en se normalisant. A Wembley, au Royaume-Uni, des blocs de béton sont désormais recouverts de pelouse synthétique, comme pour les banaliser. A Paléo, cette année, nous avons remplacé les plots par des bacs très lourds d’arbres, posés au milieu de la route d’accès à l’entrée du site. L’élément peut être perçu comme une protection ou une décoration.

– Doit-on s’attendre aussi au développement de la vidéosurveillance?

– La vidéosurveillance n’est qu’un outil. Il faut imaginer des villes qui mettent la technologie au service de la sécurité sans oublier le contact humain. C’est une vraie question politique. (TDG)

Créé: 18.09.2017, 20h42

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