Passe d’armes enflammée sur les chiffres du chômage

Élections cantonalesAlexandre de Senarclens, candidat PLR au Conseil d’État, attaque Mauro Poggia. Ce dernier réagit vivement.

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Les chiffres du chômage fournis par le SECO (Secrétariat d’État à l’économie) sont-ils aussi enthousiasmants que les présente Mauro Poggia? Le conseiller d’État MCG, chargé de l’Emploi, s’est en effet flatté, jeudi dans un communiqué, qu’«avec un taux de 5,2% en février 2018, le chômage ne cesse de baisser» (lire notre édition de vendredi). «Ces chiffres ne représentent pas la réalité, ils sont bidouillés!» Ce n’est ni un syndicaliste ni un élu de la gauche de la gauche qui l’affirme, mais Alexandre de Senarclens, député PLR et candidat au Conseil d’État.

Mauro Poggia ne sait pas combien de chômeurs sortent des statistiques du chômage sans avoir trouvé d’emploi...

Nous n’avons aucun moyen légal au vu de la protection des données de tracer les personnes qui sortent du chômage

À ses yeux, non seulement davantage de personnes qu’on ne le dit se retrouvent sans emploi dans le canton. Mais surtout, les statistiques du SECO ne précisent pas ce que deviennent les assurés qui ne reçoivent plus d’indemnités. «En 2016, 4004 personnes se retrouvaient en fin de droits, contre seulement 2880 en 2008. Cette proportion ne fait que s’accroître depuis l’arrivée, en 2014, de Charles Barbey à la tête de l’Office cantonal de l’emploi (OCE).»

Une affirmation vigoureusement contestée par Mauro Poggia, qui répond à ces critiques par courriel: «Les chômeurs en fin de droits n’augmentent pas! Dire qu’ils passent à l’aide sociale est purement gratuit.»

Toutefois, selon les analyses d’Alexandre de Senarclens, qui a adressé plusieurs questions écrites urgentes au Conseil d’État à ce sujet, «il y a une discrépance entre les chiffres du chômage et ceux de l’aide sociale. Cela dénote un problème, quelque chose ne joue pas. Je trouve hallucinant que le conseiller d’État Poggia ne puisse pas me donner de réponse claire à ce sujet. Il n’a aucune maîtrise des statistiques et ne sait pas combien de chômeurs en sortent sans avoir retrouvé un emploi.»

«Nos chiffres sont établis par le SECO et non par nous, sur la base des mêmes critères pour toute la Suisse, martèle Mauro Poggia. Nous n’avons aucun moyen légal, au vu de la protection des données, de tracer les personnes qui sortent du chômage.»

Chômeurs en déshérence

À Genève, 36,6% des demandeurs d’emploi arrivent en fin de droits et ne touchent plus d’indemnités, contre 23,9% en moyenne en Suisse, reprend le député PLR. «Mais on ne sait pas combien d’entre eux se retrouvent à l’aide sociale. On ne sait pas non plus combien se désinscrivent par lassitude, parce qu’ils ont un conjoint qui travaille ou un pécule personnel qui couvre leurs besoins, ou alors parce qu’ils ont finalement retrouvé un emploi.» Aux yeux d’Alexandre de Senarclens, le Département de l’emploi ne sait pas quel est leur sort, et c’est un problème: «Il travaille à l’aveugle. C’est troublant. Or pour mesurer une politique efficace du chômage, il faudrait connaître les motifs de ces désinscriptions.»

La situation du chômage à Genève est plus dure que dans les autres cantons, et il est objectivement difficile d’y remédier. Comment donc y répondre? «Il est juste que l’on pousse les chômeurs à faire un véritable effort pour retrouver un emploi et à se mobiliser dans ce but, répond Alexandre de Senarclens. Mais les résultats doivent être qualitativement bons sur le plan humain, pas seulement sur le plan statistique.» Là encore, Mauro Poggia s’offusque de cette critique: «Qui avant moi a entrepris autant pour la défense de nos chômeurs (lire ci-dessous)? Des enquêtes de satisfaction, mandatées par le SECO pour toute la Suisse, mettent Genève dans le peloton de tête, avec 80% de satisfaction pour les demandeurs d’emploi et pour les employeurs qui font appel à l’OCE.»

Autre problème soulevé par le député PLR: «Les outils existants pour venir en aide aux chômeurs ne sont pas ou beaucoup moins utilisés qu’auparavant.» Et d’évoquer, par exemple, les emplois de solidarité (EDS), appréciés par les associations et utilisés dans le domaine social, qui sont inscrits dans la loi depuis 2008 mais qui ont fondu comme neige au soleil: «On comptait respectivement 240, 245, puis 296 chômeurs placés en EDS pour les années 2009, 2010 et 2011, contre 153, 82 et 100 pour les années 2014, 2015 et 2016.»

Désintérêt du Conseil d’État pour l’utilisation des mécanismes légaux afin de lutter contre le chômage? «Non seulement j’ai optimisé l’utilisation des outils à disposition (allocations d’initiation au travail et de retour à l’emploi), mais j’ai sauvé des outils en péril comme les emplois de solidarité, souligne Mauro Poggia. J’en ai aussi créé de nouveaux: une allocation premier emploi, une autre 50 et + ainsi qu’une allocation-pont. Alors évitez de me demander de répondre à des ragots électoralistes!»

Les bons points du SECO

Le conseiller d’État concède que tout n’est pas parfait. «Mais depuis deux ans de suite, le SECO souligne la progression de l’OCE, qui n’est plus catalogué comme un office régional de placement sinistré. Le SECO, dont les relations avec Genève étaient lamentables à mon arrivée, compte tenu des promesses non tenues durant des années, retient maintenant notre canton pour des projets pilotes et salue son engagement. Sans parler des contacts qui ont été pris pour «copier» notre système de préférence cantonale.»


Selon le MCG, les bons résultats de son ministre dérangent ses adversaires

Vendredi, dans un communiqué, le MCG dénonçait l’enquête de la Tribune de Genève sur l’Office cantonal de l’emploi (OCE). L’article ne serait qu’une attaque contre son conseiller d’État Mauro Poggia, sa politique de la préférence cantonale et ses succès en matière de baisse du chômage: «Après une gestion calamiteuse de l’Office cantonal de l’emploi sous la houlette du PLR et du PDC, la barre a pu être redressée. Ces bons résultats dérangent et il faut les dénigrer en période électorale.»

Interrogé, Mauro Poggia tient le même discours: «Les bons résultats dérangent ceux qui ont été incapables de faire mieux durant des décennies, et qui espéraient que l’emploi soit un caillou dans ma chaussure. Ils entendent colporter le dénigrement, faisant passer tous les faits objectifs, au mieux sous silence, et au pire pour le résultat d’une manipulation.» Le courroux du magistrat et de son parti est suscité par les nombreux témoignages de chômeurs et de conseillers qui dénonçaient dans notre édition de vendredi un office sous pression. Dans son communiqué, le MCG préfère louer l’action de son magistrat sur «l’engagement prioritaire de résidents genevois dans le public et le parapublic. L’application de la directive dite de «préférence cantonale» a permis à de nombreux chômeurs de retrouver un travail. Ces personnes se retrouvaient auparavant écartées du marché de l’emploi en raison de la concurrence excessive des travailleurs frontaliers (permis G).»

Chantre de l’engagement prioritaire de résidents genevois, Mauro Poggia constate et souligne une évolution «positive» de sa politique: «Alors qu’en 2013 la préférence cantonale était considérée comme une insulte, on peut aujourd’hui en parler librement avec des entreprises du privé qui entrent volontairement dans le processus d’annonce des places vacantes. Depuis que la directive a été refaite et élargie, 65% des engagements à l’État interviennent par des candidats présentés par l’OCE. Les compétences sont donc bien présentes.» Tant le MCG que son chef de file se gardent bien de parler en revanche du lieu de domicile dérangeant du directeur de l’OCE, Charles Barbey, qui, malgré les promesses, ne se décide toujours pas à s’établir à Genève. L.B./C.F.

(TDG)

Créé: 09.03.2018, 22h02

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