Appel à manifester après le «scandale» des notes de frais de la Ville

Ville de Genève«Choqués», des citoyens veulent organiser un «rassemblement populaire» suite aux excès de certains politiciens.

Le Conseil administratif en conférence de presse s'expliquant sur ses notes de frais et le rapport de la Cour des comptes.

Le Conseil administratif en conférence de presse s'expliquant sur ses notes de frais et le rapport de la Cour des comptes. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«C’est champagne à tous les étages dans cette ville.» Sur les réseaux sociaux, les réactions indignées ont vite fusé. Les membres du Conseil administratif de la Ville de Genève n’avaient pas encore terminé leur acte de contrition après la publication du rapport explosif de la Cour des comptes sur leurs notes de frais que les «Démission!» et autres «La belle vie ces politiciens» se succédaient déjà sur Facebook. Certains ont même décidé de changer leur photo de profil et de faire figurer un ruban noir devant le drapeau du canton.

Depuis quelques jours, un appel à un «rassemblement populaire» le 13 novembre devant le Conseil municipal pour dire «stop aux privilèges démesurés» circule sur les réseaux sociaux. Une «réaction de colère», explique Vincent, qui l’a relayée sur Facebook. «Ce n’est pas juste une manifestation, c’est aussi un message pour exiger de vraies réponses», souligne cet ancien fonctionnaire, qui travaille aujourd’hui dans le social. Comme beaucoup d’autres, il n’a pas été convaincu par la plupart des explications avancées par les conseillers administratifs, notamment celle des deux cartes de crédit de même couleur de Guillaume Barazzone. «Il ne s’agit pas de dire "tous pourris" ou de clouer quelqu’un au pilori, insiste Vincent, mais de profiter de l’occasion pour réformer le système.»

Appel «apolitique»

L’instigatrice de ce «rassemblement» est une mère à la tête d’une famille monoparentale qui se définit avant tout comme une citoyenne. «Quand le rapport est sorti, j’ai été effarée par les chiffres», raconte Arta Nik Manesh. Elle publie rapidement un premier post où elle raconte qu’elle a vécu «pendant des années» avec un revenu mensuel de 3750 fr., qu’elle a toujours payé ses factures et élevé seule un enfant sans demander l’aide d’aucun organisme. «Plus je lisais le rapport de la Cour des comptes, plus j’étais en colère», rapporte cette employée de l’État, qui œuvre depuis vingt ans dans l’administration. Ancienne membre du PDC, elle vient de démissionner. «Ce n’est pas trop dans la culture suisse de revendiquer quoi que ce soit, dit-elle, mais on vit dans un canton en proie à de plus en plus de pauvreté et d’inégalités sociales.»

Le mouvement est ouvert à toute la population et se veut «apolitique». «On a travaillé tout le week-end. On va contacter tout le monde», prévient celle qui dit avoir recours aux mêmes méthodes lorsqu’elle retourne en Iran, son pays d’origine, pour combattre le régime islamique.

Sanction dans les urnes?

L’appel trouvera-t-il un réel écho au sein de la population? L’an dernier, Patricia Leoz a réussi à réunir plusieurs centaines de personnes dans les rues de Genève. C’est elle qui, en compagnie d’une autre «citoyenne» et mère de famille, Joëlle Combremont, avait lancé le mouvement de «Lutte contre la hausse des primes maladie». Patricia Leoz fait savoir qu’elle participera au rassemblement du 13 novembre. «Le scandale des notes de frais des conseillers administratifs est inadmissible», dénonce-t-elle, craignant toutefois que l’affaire ne finisse par se tasser. «Il faut réagir, lance-t-elle. Le pire, c’est quand il n’y a plus de réactions.»

Et ensuite, le «tous pourris» n’est jamais loin. «Tout le monde peut, un jour ou l’autre, faire passer un ticket comme une note de frais professionnels, ajoute Vincent. Cela peut arriver. Mais ce qui frappe ici, ce sont les énormes montants.» Des sommes qui attestent de l’existence d’une pratique, peut-être ancienne, mais en total décalage avec la vie menée aujourd’hui par la grande majorité des Genevois. «Moi, je fais ça à mon travail, je suis viré en cinq minutes», commentait encore un dénommé Robert Carpin sur Facebook.

Difficile toutefois de mesurer quelle est l’ampleur du ras-le-bol au sein de la population après le rapport de la Cour des comptes. Le nombre de participants au «rassemblement populaire» du 13 novembre permettra d’avoir un premier indice. Après, il faudra attendre les élections municipales, au printemps 2020, pour voir si les électeurs de la Ville décident de sanctionner leurs élus dans les urnes. À moins qu’un rebondissement judiciaire ou une démission n’interviennent auparavant.


Des députés socialistes en colère

Ils ont tenu à se rendre «ensemble» au sein de la rédaction de la Tribune de Genève. Ils ne le font pas de «gaieté de cœur». Six députés socialistes sont venus dire qu’ils étaient «profondément choqués» par les agissements de l’Exécutif, «à majorité de gauche», qui plus est.

«La gauche a toujours milité pour la solidarité et le partage. Tout cela va à l’encontre de nos valeurs», dénonce Alberto Velasco. Et de l’exemplarité dont on doit faire preuve, ajoute Nicole Valiquer. Jean-Charles Rielle, lui, fustige l’obstruction des magistrats aux investigations et la banalisation des faits qui a suivi.

«Les tentatives de justification constituent un manque de respect à l’égard de la population», abonde Jennifer Conti. Fraîchement élue au Grand Conseil, elle dit avoir des proches qui se demandent «à quoi ça sert de payer des impôts». Selon les députés, les dégâts sur l’image des politiques sont «énormes». Et Xhevrie Osmani de s’interroger: «Comment demander aux jeunes de se mobiliser et d’aller voter après ça?» (TDG)

Créé: 05.11.2018, 20h15

Articles en relation

Les dépenses de Guillaume Barazzone sortent du lot

Notes de frais en Ville de Genève Le magistrat démocrate-chrétien indique avoir rendu pas loin de 52'000 francs. Plus...

Alcool et taxis aux frais de la Ville: des élus épinglés

Rapport explosif La Cour des comptes publie un rapport sévère sur les débours des magistrats municipaux au terme d’un audit qui s’est déroulé dans un climat tendu. Un édile rend de l’argent. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Maintien de Maudet: le PLR convoque une assemblée extraordinaire
Plus...