Antonio Hodgers va faire lire son discours par la chancelière

ÉgalitéLe président du Conseil d’État ne veut plus que les femmes soient exclues des tribunes. Mais sa méthode dérange.

Michèle Righetti, chancelière d’État, et Antonio Hodgers, président du Conseil d’État, représenteront la voix du gouvernement lors de l’inauguration du Salon de l’auto.

Michèle Righetti, chancelière d’État, et Antonio Hodgers, président du Conseil d’État, représenteront la voix du gouvernement lors de l’inauguration du Salon de l’auto. Image: LAURENT GUIRAUD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le Salon international de l’automobile, événement genevois par excellence, approche. Et il démarrera par une grande première, le 7 mars lors de l’inauguration officielle, puisque le Conseil d’État ne s’exprimera pas ce jour-là. Pour quelle raison? Parce qu’aucune femme ne figurait parmi les oratrices, motive le président du Conseil d’État Antonio Hodgers: «J’ai donc annoncé aux organisateurs que je ferai une «présence silencieuse». Autrement dit, Antonio Hodgers sera bien là, en chair et en os, «mais, explique-t-il, c’est la chancelière qui s’exprimera au nom du président, vu qu’il n’y a pas de femmes au comité du Salon de l’auto et que c’est Ignazio Cassis qui parlera pour le Conseil fédéral».

Notre champion Hodgers

Sur le papier, l’idée est séduisante, comme le soulignait Radio Lac, qui a révélé cette information le 22 février. Tout part d’un constat fait par l’Organisation des Nations Unies: à chaque événement ou conférence, les hommes trustent la place sur le podium et accaparent la parole. Du coup, pour féminiser ces panels, l’ONU a lancé une initiative intitulée «Gender champions» ou champions de l’égalité des genres.

Les membres prennent l’engagement de ne pas se rendre à un événement s’il n’y a pas au moins un représentant de chaque sexe. Ou alors, le champion doit céder sa place en l’occurrence à une femme. Sous ses airs institutionnels, l’ONU peut donc bousculer les bastions traditionnels et masculins…

Une chose est sûre, notre champion local approuve. «Comme président du Conseil d’État, j’ai rejoint il y a plusieurs mois ce programme du secrétaire général des Nations Unies, à la demande du directeur de l’Office, informe Antonio Hodgers. L’application la plus originale concerne les prises de parole en public. Je renonce dorénavant à m’exprimer s’il n’y a pas au moins une femme qui intervient dès trois orateurs. Nous avons plusieurs exemples, ces dernières semaines, où les organisateurs ont dû ajuster leurs intervenants pour y mettre au moins une intervenante… Ça provoque des étincelles, mais ça marche!»

Fort bien. Là où cette démarche coince, c’est sur le fait qu’une femme soit désignée pour lire le discours d’un homme. Le programme d’inauguration du Salon de l’auto est sans appel: discours de Monsieur Antonio Hodgers, président du Conseil d’État de la République et canton de Genève prononcé par Madame Michèle Righetti, chancelière d’État.

On veut encourager l’égalité, mais la méthode paraît quelque peu dégradante: une subordonnée hiérarchique se voit désignée pour prononcer le discours de son chef direct. Quelle promotion!

«Je trouve cette histoire étrange à vrai dire car on se retrouve dans le rôle de la femme alibi, ou plutôt celui de la femme classique, qui tape la thèse de son copain, qui lit le discours de son boss et qui n’est pas un sujet, commente Brigitte Mantilleri, directrice du Service égalité d’UNIGE. En effet, soit vous avez une position de porte-parole assumée, et cela fait partie de votre job, soit vous avez une fonction à responsabilités, comme la chancelière, et dans ce cas-là vous parlez en votre nom propre et au nom du Conseil d’État par exemple. Dans le cas présent, on dévalorise sa fonction et donc la place des femmes à des postes à responsabilités.»

Femme potiche?

Alors Michèle Righetti, sera-t-elle une femme potiche le 7 mars? «Pas du tout, réagit la chancelière. J’adhère totalement à cette démarche, tant sur le principe que sur les modalités. Comment peut-on croire que ce discours serait le seul fruit du président du Conseil d’État? On a discuté ensemble des différentes thématiques qui seront abordées et je prononcerai un discours institutionnel traduisant la vision du gouvernement, comme cela m’est d’ailleurs déjà arrivé.»

Antonio Hodgers est lui stupéfait par «ce procès d’intention très sexiste» qui lui est fait: «Madame Righetti s’est évidemment approprié ce discours du Conseil d’État. Ce ne sont pas mes mots. Elle ne va pas s’adonner à une simple récitation!»

Mais pourquoi ne pas avoir demandé à l’une des deux conseillères d’État de le remplacer? «Parce que la symbolique n’aurait pas été aussi forte. Ma présence silencieuse, celle du Conseil d’État plus largement, doit permettre de pointer du doigt une grosse lacune inacceptable. Soit que des femmes n’aient toujours pas accès à la tribune lors d’un tel événement!» Et Antonio Hodgers se prépare à d’autres présences silencieuses: «J’ai créé au sein de mes deux départements une équipe de femmes cadres qui sont disposées à intervenir à ma place selon les sujets, si l’organisateur ne s’adapte pas.»

(TDG)

Créé: 02.03.2019, 09h29

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: le congé accordé aux femmes par la Ville fait débat
Plus...