Antonio Hodgers: «Il faut débattre dès aujourd’hui de l’après-2018»

InterviewPour le conseiller d’Etat Vert en charge de l'Aménagement et du logement, il ne faut pas se focaliser sur le budget 2016, mais regarder 2019.

Antonio Hodgers: «Un effort peut être réalisé pour diminuer le nombre de couches administratives, notamment au Département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP).»

Antonio Hodgers: «Un effort peut être réalisé pour diminuer le nombre de couches administratives, notamment au Département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP).» Image: Laurent Guiraud

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Un élu Vert dans un Conseil d’Etat de droite, face à un parlement encore plus à droite, c’est l’expérience d’Antonio Hodgers, responsable du Département de l’aménagement, du logement et de l’énergie (DALE). Mis en demeure par le Cartel intersyndical de rompre la collégialité avec le Conseil d’Etat sur le budget, le «suspect» s’explique au lendemain de nouvelles grosses manifestations des fonctionnaires.

Les fonctionnaires descendent dans la rue pour contester le budget 2016 et la perspective de la baisse des charges de 5%. Vous les comprenez?

Oui. Nous faisons face à des choix budgétaires difficiles et il est légitime de s’inquiéter des suites des décisions prises sur les employés et les prestations. Mais ces deux points ne doivent pas être confondus: l’un concerne l’Etat employeur, l’autre les politiques publiques.

Le Cartel vous demande des comptes en tant que magistrat de gauche. Au fait, vous êtes bien un magistrat de gauche?

Pour moi, être de gauche, cela revient avant tout à défendre les plus faibles. Etre de gauche, c’est aussi agir en employeur responsable: si l’on veut que les fonctionnaires soient compétents et efficaces, cela implique de leur offrir des conditions de travail attractives et motivantes. Mais la dette, est-elle un sujet de gauche ou de droite? Partisan d’un développement soutenable, je constate que la dette signifie faire peser sur les générations futures les conséquences de nos comportements d’aujourd’hui. Comme pour le climat, ce n’est éthiquement pas admissible. De plus, la dette est destructrice de l’Etat social, comme on le voit en Europe du Sud. Dès lors, nous devons maîtriser nos dépenses en préservant les fondamentaux de l’action publique.

Justement, le parlement a voté le blocage des postes et des charges à l’Etat. Cela préserve ces fondamentaux?

Si elle était confirmée par le peuple, cette mesure serait catastrophique. Vu l’augmentation des dépenses mécaniques (obligations fédérales, etc.) sur lesquelles le Conseil d’Etat n’a aucune prise, il nous faudra économiser 210 millions d’ici à 2018, contre les 110 millions prévus par le gouvernement. Cette loi nous conduira à augmenter le nombre d’élèves par classe, dégrader les prestations aux personnes âgées et réduire l’exploitation du CEVA, par exemple.

Quand le Conseil d’Etat annonce en même temps des mesures d’économies pour 2016 et pour 2017-2018, les gens n’y comprennent plus rien. Votre communication est-elle bonne?

On peut toujours mieux communiquer. Aujourd’hui, il est primordial de renouer le dialogue social avec les représentants des fonctionnaires. L’important n’est d’ailleurs pas tant le budget 2016, qui crée 119 nouveaux postes, surtout à l’Instruction publique (DIP). La suite sera plus ardue, car il faudra qu’on économise environ 110 millions en trois ans. Mais sur un budget de 8 milliards, ce n’est pas un drame à condition d’éviter les coupes linéaires qui peuvent s’avérer néfastes selon les secteurs.

C’est quand même le Conseil d’Etat qui a parlé d’économiser 5% linéaires des charges de personnel d’ici à 2018!

Il a parlé d’un équivalent en francs de 5% des charges de personnel en trois ans. Et c’est jouable. Dans mon département, j’ai épargné entre 2014 et 2015 l’équivalent de 9% des charges. Il va falloir ajouter encore 5% pour 2018 que j’envisage de réaliser en réduisant la bureaucratie. Je ne demande pas à mes collaborateurs de faire plus avec moins, mais de faire différemment. Doit-on réellement solliciter des autorisations de construire pour des aménagements légers dans les jardins des villas? Certaines prestations, comme celles du DALE, peuvent être financièrement contenues, mais il n’en va pas de même pour les prestations directes à la population, comme la santé, le social, l’éducation ou les transports publics. Dans ces secteurs, il faut appuyer les collaborateurs qui sont au front et tenir compte des effets démographiques. Dans les départements concernés, un effort peut être néanmoins réalisé pour diminuer le nombre de couches administratives, notamment au DIP.

Y a-t-il un lien entre la réforme de l’imposition des entreprises (RIE3) et les économies en cours?

La fin du dumping fiscal suisse en faveur de certaines entreprises étrangères va changer structurellement les revenus du Canton. Il faut s’y préparer dès maintenant dans un cadre rendu compliqué par le franc fort et les suites des votations du 9 février. A partir de 2019 – année de l’entrée en vigueur de RIE 3 – ce sera plus dur. C’est pourquoi il faut en finir avec nos illusions: le Père Noël n’apportera pas tous les cadeaux rêvés. Il est temps de faire des choix et définir des priorités.

En tant que magistrat de gauche, soutenez-vous la baisse de l’imposition des entreprises?

La fin du système actuel correspond à une demande de l’OCDE, qui considère que la Suisse ne peut pas jouer au parasite en attirant certaines entreprises étrangères par des niveaux d’impôts bien plus bas que ceux appliqués aux entreprises suisses. Ce dumping n’est plus permis et c’est une bonne chose sur le plan éthique. Le choix du nouveau taux harmonisé sur le bénéfice des personnes morales n’est pas une question idéologique: il faut choisir le taux qui nous fait perdre le moins d’argent possible, évite les licenciements et est cohérent avec celui de notre voisin vaudois.

Que faire après 2018, alors?

L’après-2018, c’est le vrai débat à avoir aujourd’hui. Il faut se préparer dès maintenant au choc fiscal. Une part de la réponse est de trouver un accord pour un effort supplémentaire de la part des entreprises bénéficiaires, comme le propose le Conseil d’Etat. Une autre part est la construction de logements. Au début des années 2020, environ 10 000 nouveaux logements auront été construits à Genève. Cela permettra à 20 000 nouveaux habitants de s’installer ou de revenir vivre dans le canton. Ce sera un puissant soutien économique, car on sait que les gens dépensent 70% de leurs revenus à proximité du domicile. Après 2018, notre économie sera ainsi plus endogène et moins dépendante des fluctuations internationales, ce qui est positif. (TDG)

Créé: 03.12.2015, 12h22

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