Antonio Hodgers: «Nous densifions car la vie en ville est la plus écologique»

AménagementLe conseiller d’État défend la densité, en reconnaissant que la ville doit être plus verte. Et il dit s’y employer avec un programme ambitieux.

Antonio Hodgers: «Nous mettons en place un programme ambitieux de conservation et de plantation d’arbres. Ce sera nécessaire pour nous protéger des îlots de chaleur.»

Antonio Hodgers: «Nous mettons en place un programme ambitieux de conservation et de plantation d’arbres. Ce sera nécessaire pour nous protéger des îlots de chaleur.» Image: Georges Cabrera

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Antonio Hodgers est aux commandes des Constructions depuis maintenant six ans. Et si ce n’est pas lui qui manie le crayon et le fil à plomb, il fait face à une certaine grogne dans la population. Car si Genève produit beaucoup de logements, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Des quartiers tristes, des architectures peu enthousiasmantes et une densité qui effraie. Telles sont les critiques que la «Tribune de Genève» a relayées ces derniers samedis dans le cadre de notre série sur l’aménagement, même si, il est vrai, tout n’est pas à jeter dans l’architecture et l’urbanisme d’aujourd’hui, loin de là. Le point avec le conseiller d’État, chef du Département du territoire.

Antonio Hodgers, les critiques sont nombreuses à l’égard de ce qui se construit. Les partagez-vous?

En partie seulement. Je relève que l’architecture a besoin de temps pour se faire adopter. Voyez la tour Eiffel, elle a d’abord été décriée avant de devenir un emblème de Paris. Idem pour Le Lignon. J’avoue que quand j’ai vu Artamis pour la première fois, j’ai trouvé qu’il y avait trop peu de verdure. Puis les habitants s’approprient les lieux et l’image du quartier change. Par conséquent, il faut prendre un peu de recul par rapport à ces nouveaux quartiers. Cela dit, je reconnais que nous sommes tombés dans certains écueils.

Et quels sont ces écueils?

Genève a mis en place au fil des années toute une réglementation, et les promoteurs ont trouvé une manière d’y répondre, certes efficace mais finalement toujours identique. Cela a conduit à une standardisation de la production de logements. J’ai donc mis en place plusieurs réformes pour améliorer la qualité, mais leurs effets ne seront visibles que dans plusieurs années.

Donnez-nous un exemple.

La première porte sur la qualité de l’architecture. Nous avons mis en place un système à points qui incite les maîtres d’ouvrage à faire de beaux immeubles. Un grand hall d’entrée, des espaces communs généreux ou des pièces spacieuses permettent d’obtenir un bonus économique. Le promoteur est ainsi incité à produire des bâtiments de meilleure qualité.

Cela veut-il dire que les loyers augmentent?

Si la qualité est très bonne, oui. Mais cette majoration est minime, de l’ordre d’environ 50 francs par mois pour un quatre-pièces. C’est un choix. Je préfère un appartement un peu plus cher mais où les gens se sentent bien logés et dont ils sont fiers. C’est important. Je ne veux plus de ces projets où on rabote les coûts au point de supprimer les balcons. Les chambres minuscules sont désormais bannies avec les nouvelles normes en faveur des handicapés, ce qui profite à tous. Des règles ont aussi été assouplies pour favoriser la diversité et l’innovation. Ces améliorations sont aujourd’hui possibles grâce aux taux hypothécaires très bas. Il faut en profiter.

Ne faut-il pas en finir avec les surélévations, souvent très laides?

Là aussi, j’ai mis en place une réforme avec la Ville de Genève en 2016 afin d’être plus exigeant sur la qualité de ces constructions, alors qu’avant on autorisait les projets presque automatiquement. Mais il est trop tôt pour en tirer un bilan.

Certains vous traitent de bétonneur alors que vous êtes un élu écologiste. Pas si vert que ça?

L’écologie consiste à vivre en générant le moins d’impact possible sur l’environnement. Quand on habite en ville, on fait ses courses à pied, on va au travail à vélo, on peut habiter dans des bâtiments bien isolés ou chauffés à distance. C’est le mode de vie le plus écologique. Bien plus que si vous vivez dans une villa des années 60, avec deux voitures que vous utilisez même pour aller acheter du pain. C’est pour cela que nous densifions autour des axes de transports publics. Et c’est ce qui nous permet d’épargner la zone agricole. Être Vert, ce n’est pas être l’ennemi du béton et défendre un territoire figé.

Mais tout cela manque souvent de verdure.

C’est souvent vrai, mais là aussi nous corrigeons le tir pour les nouveaux quartiers. Nous y planifions la création de 900 000 m2 d’espaces verts, dont 50% seront des parcs à usage public, soit près de huit fois le parc des Bastions. Ces espaces, contrairement à la zone villas, sont ouverts au public. Par exemple, à la gare de Lancy-Pont-Rouge, nous avons dû déplacer un arbre et en avons replanté plus de cinquante. Mais laissez-leur le temps de pousser.

Dans la ville, il faudrait davantage d’arbres pour la rafraîchir.

C’est ce que nous allons faire. Nous mettons en place un programme ambitieux de conservation et de plantation d’arbres. Ce sera nécessaire pour nous protéger des îlots de chaleur. En 2100, Genève sera chaude comme une ville des Pouilles. Nous avons mis en place une cartographie. La ville sera beaucoup plus végétale et aussi blanche, afin de repousser la chaleur.

Où allez-vous les planter? Dans les cours encombrées de parkings?

C’est malheureusement très difficile d’intervenir sur le domaine privé.

Les toits végétalisés sont encore rares. Pourquoi?

Dans les nouveaux projets, nous préconisons soit des potagers urbains, soit des toitures végétalisées, qui bénéficient par ailleurs d’incitations financières. Mais il est vrai qu’on peut faire mieux.

On vous sent peu sensible à défendre les vieilles demeures menacées.

Au contraire. Le nombre de biens protégés a fortement augmenté durant la dernière législature et je préconise que le patrimoine soit valorisé avant que les projets urbanistiques soient développés. On doit cesser de penser que l’on construit sur une page blanche et mieux tenir compte de l’histoire du territoire. La difficulté consiste souvent à trouver un usage aux biens anciens. Pour cela, les communes ont un rôle à jouer. Il y a certes des démolitions prévues de longue date, comme la maison du Jeu de l’Arc, pour laquelle, à l’époque où elle aurait pu être sauvée, rien de concret n’a été fait. Mais il y a aussi des conservations, comme la Villa Brolliet, à Onex. Cela dit, le patrimoine ne doit pas être l’otage de ceux qui ne veulent rien construire.

Les Genevois ont voté dimanche pour une nouvelle imposition des entreprises. Cela veut dire plus d’emplois et plus de béton. Est-ce vraiment malin?

J’ai soutenu cette réforme même si je pense qu’il est juste de poser cette question de la croissance. On ne peut pas d’une part vouloir attirer des entreprises, créer des emplois et refuser son corollaire en termes de construction de logements et d’infrastructures. Ce développement me convient pour autant qu’on ne touche pas à la zone agricole. Il n’y aura donc plus de déclassements massifs, les potentiels de construction se situent dans le secteur Praille-Acacias-Vernets – le PAV– ainsi que dans la zone villas. Cela dit, je ne pense pas que «small is always beautiful». Si on arrête de construire à Genève, le nombre de frontaliers va exploser et ce n’est pas souhaitable. Personnellement, j’assume donc une Genève métropole, mais qui doit être verte, c’est-à-dire sobre et économe. Et il faut appréhender cette question de l’écologie dans sa globalité. Je préfère un expatrié anglais qui s’installe ici et se déplace à vélo plutôt que celui qui reste à Londres et vient chaque semaine à Genève en avion.

Créé: 25.05.2019, 07h56

Densifier, mais à quel prix? Épisode 11

Pour lutter contre la pénurie de logements, Genève construit à tout-va. Mais la densité et la qualité des nouveaux quartiers suscitent des critiques. Onzième et dernier volet de notre série publiée chaque samedi depuis le 16 mars.

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