Antonio Hodgers décrète un moratoire sur la zone villas

AménagementLes petits immeubles remplacent de plus en plus les villas. Une évolution que le magistrat ne veut plus.

La zone villas se transforme, comme ici, avec des habitats groupés au Grand-Lancy.

La zone villas se transforme, comme ici, avec des habitats groupés au Grand-Lancy. Image: Lucien Fortunati

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Antonio Hodgers a décidé de geler la densification de la zone villas. La mesure entre en force immédiatement, comme il l’a indiqué ce matin lors d’une conférence de presse. «Dès aujourd’hui, nous n’accorderons plus de dérogations à la densité comme le prévoit l’article 59 de la loi sur les constructions», a déclaré le chef du Département du territoire.

Cette mesure ne concerne pas les 11% de la zone villas que l’État veut déclasser pour l’urbaniser. Elle touche la densification rampante à l’œuvre dans le reste de la zone et rendue possible depuis une loi de 2013.


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La fin de la maison individuelle

Cette mesure va sans doute réjouir les habitants qui se plaignent de la transformation de la zone villas. Car la maison familiale au milieu du jardin est révolue. Désormais, on construit des villas contiguës ou des petits bâtiments de trois étages, de «l’habitat groupé» dans le jargon des architectes. «J’appelle cela des immeubles couchés», ajoute Antonio Hodgers.

Cette évolution modifie en profondeur le caractère de la zone villas. Les bâtiments sont massifs, bordés de places de parc et de couverts à voitures. Les espaces verts sont réduits au minimum et fortement domestiqués, les arbustes remplacent les arbres, les espaces publics sont inexistants.

«Zone villas dénaturée»

«C’est très minéral, les sols sont imperméabilisés, les parkings très nombreux et les communes ne perçoivent aucune taxe pour équiper ces secteurs qui deviennent saturés de trafic, poursuit le magistrat. L’esprit de la zone villas est dénaturé.»

Cette évolution tire son origine d’une loi votée entrée en vigueur en 2013. Comme il était prévu de déclasser plusieurs secteurs de la zone villas pour en faire des immeubles, les milieux immobiliers ont proposé de relever la densité en vue d’une «densification raisonnable». Cela permettait à la zone villas de faire sa part dans l’effort collectif de production de logements, tout en sauvant sa peau.

La loi prévoit donc que l’Office des autorisations de construire peut donc autoriser des densités deux fois plus élevées pour autant que la commune soit d’accord.

Appel d’air

Cette disposition va très vite déployer ses effets, créant un vrai appel d’air. Du jour au lendemain, les propriétaires voient leurs droits à bâtir doubler. Pourquoi alors se contenter d’une villa quand on peut entasser de nombreux logements? Les promoteurs se sont rués sur ce marché.

Les chiffres sont éloquents. En cinq ans, le nombre de dossiers pour de tels projets a augmenté de 30% et le nombre de logements concernés a triplé. «160 hectares ont ainsi été consommés ces dernières années», note Antonio Hodgers.

Bonnes pratiques

Pour contrer le phénomène, le Conseil d’État a édicté un guide des bonnes pratiques en 2017, en collaboration avec les communes. Ce dernier n’a pas déployé assez d’effets, notamment parce qu’il demande de se référer aux plans directeurs communaux, dont la plupart n’ont pas encore été révisés.

Le moratoire durera donc le temps que les communes adoptent leur plan et qu’une analyse globale soit faite. Ce gel pourrait durer un à deux ans, estime le conseiller d’État.

La mesure ne concerne pas les dossiers dont l’instruction a déjà commencé, note le département.

Créé: 28.11.2019, 11h41

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