Pourquoi Annemasse perd ses clients genevois

Achats transfrontaliersLes commerçants de la principale zone de chalandise du Grand Genève souffrent. À cause de la faiblesse du franc, des travaux et de la hausse des tarifs des parcomètres.

À l’entrée de la rue du Parc, cet important rondeau sème la confusion.

À l’entrée de la rue du Parc, cet important rondeau sème la confusion. Image: Georges Cabrera

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Les commerçants d’Annemasse sont inquiets. C’est comme si le ciel leur était tombé sur la tête. Les bruyants travaux de réalisation du tram qui devrait relier, dans deux ans et demi, la douane de Moillesulaz au centre de la plus importante ville française de la couronne genevoise donnent la migraine aux habitants de la rue de Genève. Et des cheveux blancs aux commerçants. Ajoutez une forte hausse du tarif des horodateurs et des amendes, et un franc affaibli: vous avez tous les ingrédients pour faire naître une grogne. Présidente de la principale association de commerçants de la ville, Maïca Désormière indique que depuis que les travaux ont touché le centre et la gare et que les parcomètres font office de repoussoirs, «les chiffres d’affaires ont baissé de 30%». La force de l’euro pèse encore plus pour les enseignes qui s’appuyaient sur une clientèle helvétique. «Les commerces pratiquant les détaxes douanières ont enregistré une chute de leurs revenus encore plus importante, de l’ordre de 40 à 50%», ajoute la Française.

Des bouchons se forment, ici et là

Toute l’agglomération est en chantier. À Gaillard, à la rue de Genève comme dans la région de la gare d’Annemasse – où les travaux de création d’une nouvelle gare sont impressionnants – des bâtiments sont démolis, d’autres rénovés. Partout, les grues tournoient. Des bouchons se forment ici et là. Les commerçants grondent et tentent de multiplier les initiatives pour éviter l’hémorragie. À la Mairie d’Annemasse, Christian Aebischer, adjoint en charge des affaires commerciales, admet que «les commerçants souffrent, c’est évident. Mais nous tentons de les soutenir grâce à des campagnes d’information. Chaque dernier samedi du mois, deux heures de parking gratuites seront offertes aux automobilistes. Notre ville reste attractive avec ses 800 vitrines et ses 100 terrasses.»

La rue du Parc – qui pourrait être ces temps renommée «rue des Camions» – est méconnaissable. Un véritable gymkhana y attend les automobilistes qui tentent de gagner un parking souterrain, après avoir survécu à un rondeau aux indications confuses. Quant à celui qui existe sous la zone commerciale de Chablais Parc, nouveau centre d’achats de la ville, il ressemble à un véritable labyrinthe. Bien malin le consommateur qui peut dénicher la caisse de ce parking. Les automobilistes genevois se perdent entre les impasses et les rues devenues sans issue.

Les autres bourgades entourant le canton, de Ferney-Voltaire à Douvaine en passant par Saint-Genis et Saint-Julien, sont pour l’heure épargnées. Mais les commerçants de ces villes doivent faire face à la faiblesse du franc. En trois ans, la monnaie nationale a presque retrouvé le niveau atteint lorsque la BNS défendait un cours plancher à un euro pour 1,20 franc (lire notre graphique).

Commerce genevois stable

Rappelons que le 15 janvier 2015, le franc s’était renforcé du jour au lendemain, pour atteindre la parité face à l’euro. Ces années ont été très dures pour les commerçants genevois, qui assistaient impuissants à une fuite de leur clientèle en direction des zones commerciales de France voisine. «Je serai vraiment heureux le jour où l’euro vaudra 1,30 franc», lâche Stéphane Oberson, président de la NODE (Nouvelle Organisation des entrepreneurs), qui représente 1800 PME et indépendants surtout dans le domaine du commerce. La faiblesse du franc prend cependant l’allure d’un retour de balancier. Il est moins cher de déguster un burger à la place du Molard que dans la petite zone piétonne de Chablais Parc (lire notre graphique). Naturellement, du fromage au vin en passant par les médicaments ou toutes sortes d’autres produits, les prix avantagent encore beaucoup les commerçants français. Mais des différences s’estompent.

Les effets du cours de change ne se font pas encore sentir à Genève. «La tendance des ventes à Migros Genève est stable», résume une porte-parole du distributeur. Même constat chez Manor Genève. «Les commerçants sont aussi confrontés à la concurrence des ventes sur Internet», note Stéphane Oberson. De leur côté, ses collègues commerçants d’Annemasse prennent leur mal en patience. Pour tenir jusqu’au terme des travaux, à la fin de 2019.

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Créé: 19.04.2018, 19h39

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