Anne Emery-Torracinta manie le style direct pour refaire l’école

Bilan du Conseil d'Etat (8/8)La cheffe du DIP est une bosseuse sans langue de bois. Mais les  professionnels déplorent qu’elle les  consulte trop peu.

Anne Emery-Torracinta, ici avec une apprentie, veut augmenter les places d'apprentissage en 2015.

Anne Emery-Torracinta, ici avec une apprentie, veut augmenter les places d'apprentissage en 2015. Image: Pierre Albouy

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On dit de son prédécesseur, Charles Beer, qu’il a légué la paix scolaire. Il y a un an, Anne Emery-Torracinta reprenait un Département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP) apaisé, après des années de tensions et de critiques, politiques comme populaires. Aujourd’hui, la paix s’effrite: certaines actions de la magistrate socialiste ont ravivé le courroux des professionnels. Mais surtout, les coupes prévues par le budget 2015 vont la forcer à tailler dans les effectifs.

Bosseuse au franc-parler

Il n’a fallu que quelques mois à la nouvelle cheffe du DIP pour occuper le devant de la scène. Elle lance rapidement une série de mesures, comme pour mieux prendre en main ce dicastère mammouth et se distancer de son prédécesseur.

Elle retire notamment le projet de refonte de la loi sur l’instruction publique (LIP) de Charles Beer pour le remanier. Des députés lui diagnostiquent même une «réformite aiguë». «C’était un peu le choc!» se souvient Salima Moyard, élue socialiste et présidente de la Fédération des associations de maîtres du cycle (Famco). Cette politique de rupture a séduit le MCG Jean-François Girardet, «cela a montré une ouverture dans la remise en question des dossiers».

En mai, la magistrate affronte son premier écueil: pour absorber la hausse d’effectifs d’élèves à la rentrée, il faut des postes en plus, et donc des moyens supplémentaires. Elle parvient à obtenir 2,2 millions. Ce ne sera pas sa seule «victoire»: le mercredi matin d’école et l’introduction de l’anglais au primaire démarrent sans anicroche. «Elle a aussi commencé à redresser la barre de l’OMP (qui chapeaute l’enseignement spécialisé) où des tensions sont régulièrement dénoncées», ajoute Laurent Vité, président du Syndicat des maîtres du primaire (SPG). Enfin, elle a empoigné le dossier de l’Institut universitaire de formation des enseignants (IUFE), quitte à se mettre à dos l’Université en critiquant le système en place.

Ce style direct plaît aux députés. Tous louent son franc-parler. «Elle est respectée et appréciée au Grand Conseil, rapporte Salima Moyard. Elle connaît ses dossiers, c’est une bosseuse, et elle ne manie pas la langue de bois.» Un avis partagé par les députés PLR Jean Romain et Vert Jean-Michel Bugnion. Pour Jean-François Girardet, «elle reste une maîtresse dans sa posture, avec son besoin de convaincre pour passer un message. Mais la révision de la LIP nous a permis de constater sa capacité d’écoute et de dialogue.» Une magistrate qui vient du sérail, un atout? Affirmatif, pour Jean Romain. «Anne Emery-Torracinta connaît ce milieu de l’intérieur. Elle a un côté plus pragmatique que ses prédécesseurs.» L’ancienne enseignante sait aussi qu’il faut soigner ses troupes. Alors elle leur envoie une newsletter et visite chaque mardi une école. Elle a même organisé des «portes ouvertes» de son bureau…

Mépris des partenaires

A contrario, cette expérience du sérail lui a aussi joué des tours. «Au début, elle donnait l’impression de n’avoir besoin de personne, poursuit la présidente de la Famco. Nous avons ressenti un manque d’ouverture au dialogue avec les partenaires. Après le lui avoir signifié, cela s’est atténué. Je pense que c’était dû au stress.» Une remarque partagée par Marzia Fiastri, de l’Union du corps enseignant secondaire, pour qui ce mépris est toutefois toujours d’actualité. «Elle ne consulte qu’après-coup et peine à utiliser l’expertise extérieure.» Et de citer en exemple la réforme du postobligatoire, l’une des mesures les plus impopulaires prise par la magistrate, qui a suscité l’ire des parents, enseignants et élèves. «Les associations n’ont pas été consultées, on nous a annoncé ces changements de but en blanc.» Laurent Vité aussi déplore d’avoir été mis devant le fait accompli lorsque la cheffe du DIP réalloue les heures de préparation d’activités extrascolaires des maîtres de sport en heures d’enseignement.

Chantiers à concrétiser

La magistrate est désormais attendue au tournant. Jean Romain craint qu’elle ne donne pas suite à certaines décisions du Grand Conseil. «Nous avons voté pour que les directeurs du primaire consacrent du temps à enseigner et accepté que la formation des enseignants du primaire passe de quatre à trois ans. Or, la magistrate ne semble pas vouloir aller dans ce sens. J’ai peur qu’il nous faille monter le ton d’un cran pour qu’elle tienne compte de nos décisions.» Elle envisage en effet plutôt de réduire drastiquement le nombre de directeurs, et ce projet fait déjà grincer des dents. Du côté des associations professionnelles, on attend du concret. «Les chantiers sont ouverts mais il faut encore du travail et des moyens pour les résultats, rapporte Salima Moyard. Quid de l’accueil continu, des réformes à l’IUFE, de l’école inclusive?» Jean-Michel Bugnion ajoute: «L’école inclusive est difficile à concrétiser, on peine à comprendre ce que la magistrate entend par ce concept…».

Enfin, on oublie parfois que dans le DIP, il y a aussi la culture et le sport. La maîtresse a-t-elle mis au coin ces thématiques? «En un an, elle s’est attelée au plus urgent, et c’est l’instruction publique!» conclut Jean Romain. (TDG)

Créé: 22.12.2014, 21h05

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