L’ancien «carrefour paysan» veut devenir une ville de culture

Des bobos dans mon village 2/5Saint-Genis-Pouilly, dans le Pays de Gex, a dû faire face à l’arrivée d’une population urbaine et consommatrice de spectacles.

Avec le Théâtre du Bordeau, Yoran Merrien (à g.), programmateur, et Gilles Catherin, adjoint au maire, espèrent séduire les anciens comme les nouveaux habitants.

Avec le Théâtre du Bordeau, Yoran Merrien (à g.), programmateur, et Gilles Catherin, adjoint au maire, espèrent séduire les anciens comme les nouveaux habitants. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Saint-Genis-Pouilly est une ville pressée. Pressée de grandir, d’accueillir et de prendre toute sa place dans le théâtre du Grand Genève. Avec 6000 nouveaux habitants entre 2010 et 2018 – pour une population totale de 14 000 âmes –, 1100 logements construits lors des quatre dernières années, un lycée international flambant neuf et des projets plein la tête, la cité affiche ses ambitions. Et puis il y a le Théâtre du Bordeau. Le bâtiment moderne à la large façade de verre ne passe pas inaperçu en plein cœur de la ville. «C’est un symbole fort de notre évolution, de ce que nous sommes en train de construire», se félicite Gilles Catherin, adjoint au maire et délégué à la Culture.

Car depuis 2007 et l’inauguration de la salle de spectacle, Saint-Genis-Pouilly n’a cessé d’avancer vers un objectif bien défini: se faire un nom comme ville de culture. «Dans le Pays de Gex, c’est un rôle historiquement associé à Ferney-Voltaire et Divonne, confie Yoran Merrien, programmateur des lieux. Mais en arrivant avec une offre plus moderne, nous savions qu’il y aurait une place à prendre.» Et Yoran sait de quoi il parle, lui qui a officié à Divonne-les-Bains avant de prendre ses fonctions à Saint-Genis-Pouilly. L’enfant de la région – formé par ailleurs au Forum Meyrin – est arrivé avec une ligne directrice forte dans ses valises: être contemporain, ouvert à tous et reconnu du Grand Genève.

Public de Paris ou Lyon

Pour ce faire, la saison 2019-2020 reviendra sur la catastrophe de Tchernobyl en marionnettes, rendra hommage au cinéma avec des artistes de cirque ou retracera les mouvements migratoires en danse hip-hop (l’intégralité de la programmation sur saint-genis-pouilly.fr/agenda). Des affiches qui peuvent parfois sembler loin de l’esprit grand public recherché. «Nous devons aussi être capables de séduire de nouvelles populations issues bien souvent de milieux urbains, analyse Yoran Merrien. Ces gens peuvent venir de Paris, Lyon, et sont habitués à une certaine offre en matière de loisirs. Nous devons y répondre pour être plus qu’une cité-dortoir.»

Et le maire adjoint de poursuivre la démonstration quelques centaines de mètres plus bas, au niveau du quartier en devenir de la Porte de France Nord. À l’entrée de la ville, juste après le rond-point du CERN, la zone accueillera 444 logements entre 2020 et 2021. Des immeubles qui rejoindront dans la zone le lycée international, la maison de santé et la piscine prévue pour le début de l’année 2020. «Il n’y a pas si longtemps, Saint-Genis était un carrefour paysan, lâche Gilles Catherin, songeur. Aujourd’hui, nous sommes devenus une ville.»

Le nouveau quartier de la Porte de France participe à la croissance de Saint-Genis-Pouilly.

Devant le lycée, une professeure d’espagnol interpelle l’élu. Elle souhaiterait que le théâtre et ses acteurs se déplacent, rendent visite à ses élèves pour ne pas se couper d’eux. Elle craint l’apparition d’une culture à deux vitesses. Même défi un peu plus loin, au cœur du quartier «sensible» Jacques Prévert. Avec 26% de logements sociaux, contre 15% en moyenne dans le Pays de Gex, Saint-Genis-Pouilly et son maire, Hubert Bertrand, assument le statut de commune de gauche dans un bastion de droite.

«La culture est un facteur d’intégration certain, insiste Yoran Merrien. Mais nous avons toujours besoin de plus d’éducateurs, de médiateurs, pour faire comprendre aux populations défavorisées que l’art est concernant et que les problématiques que nous traitons ne leur sont pas étrangères.» Pour la Mairie, il existe des initiatives concrètes capables de dresser des ponts, à l’image des résidences d’artistes au sein du collège – actuellement la compagnie de danse Tensei – ou des aides financières visant à attirer les jeunes au théâtre.

Quoi qu’il en soit, la croissance ne se fait pas sans heurt. La gentrification peut s’avérer excluante et une partie de la population – souvent plus concernée par le développement urbain que par la politique culturelle – ne se retrouve pas dans le mouvement perpétuel de la ville frontalière, souvent qualifiée de «chantier permanent».

Une scène du Grand Genève

Une critique entendue par l’élu qui lui oppose le besoin en habitations dans une région dynamique: «Si chaque nouveau logement trouve rapidement preneur, c’est que nous ne faisons pas tout faux. Et puis la densification fait partie de nos engagements auprès du Grand Genève en vue d’accueillir le tram.» Et parce que la culture semble avoir un temps d’avance, Yoran rappelle que Saint-Genis a su trouver sa place comme ville étape de grands festivals genevois tels qu’Antigel et La Bâtie. «C’est une belle reconnaissance de notre travail. Aujourd’hui, nous avons même des abonnés de Chêne-Bourg.»

Derrière nos deux guides du jour, se dresse maintenant le Park Jean Monnet. Un nouveau quartier aux allures de petite ville, qui accueille 663 appartements. Devant un grand bâtiment en forme de paquebot se dresse le Centre culturel Jean Monnet. Un projet en cours vise à transformer l’ancienne ferme gessienne du XVIIe siècle en une salle de concert de 1000 places.

Créé: 23.07.2019, 07h04

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