Ana Roch, la Verniolane habitée par la Galice

Les Genevois d’ailleurs (4/6) Née à Genève de parents venus en Suisse dans les années 70, la présidente du MCG garde des souvenirs lumineux des vacances familiales au pays. Des liens qui l’ont aussi construite.

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Dans cette série consacrée aux rencontres entre deux cultures, Ana Roch représente une trajectoire différente. Car cette quadragénaire est une seconda, une enfant d’immigrés née en Suisse, plus précisément à Genève, en 1973. Son rapport au pays d’origine est fort, mais forcément différent de celui d’une personne qui a passé une partie de sa vie dans une autre région du monde avant de se déplacer en Suisse. Si Ana Roch est présidente du Mouvement citoyens genevois, il ne sera pas question ici de politique. Uniquement, et c’est autrement plus ambitieux, de ce qui fait que nous sommes ce que nous sommes.

D’entrée de jeu, Ana Roch tente du reste l’exercice de se définir: «Je dis toujours qu’en Espagne, je suis la Suissesse, et ici l’Espagnole. En réalité, j’estime que je suis Suisse d’origine espagnole.» Pour être précis, ses parents viennent de Galice, une région du nord-ouest de l’Espagne. Chère à son cœur, la Galice elle ne l’a connue qu’en vacances, mais pour des retrouvailles qui ont compté. «C’est là que la famille, éparpillée dans le monde, se retrouvait, explique-t-elle. Ce sont de merveilleux souvenirs qui, forcément, m’ont structurée. Une des valeurs que j’ai acquises de par mon origine, c’est l’importance centrale donnée à la famille. J’ai l’impression que cela est très méditerranéen.»

De ces séjours, elle aura aussi appris ce qu’est la vie dans la campagne. «Chez ma mère, c’était vraiment très rustique. Il n’y a pas eu de téléphone à la maison jusqu’au début des années 2000. Mais là-bas, on m’a enseigné à traire une vache et à m’occuper d’un cheval. Je ne suis pas certaine que je saurais cela si je n’avais pas cette origine.»

Malgré ces souvenirs, sa maîtrise de l’espagnol et un peu moins du galicien, Ana Roch n’a jamais eu le projet de revenir au pays. «Non, ce n’est pas quelque chose qui m’a travaillée, cela a toujours été clair que je voulais vivre à Genève.»

«La vie de travail» des immigrés

Pour ses parents, il en est bien entendu allé autrement. Le couple ne se connaissait pas avant Genève. C’est ici, le jour même de l’arrivée de son père, que la rencontre a eu lieu, dans un bal. De cette union, deux enfants sont nés: Ana en 1973 et, six ans plus tard, son frère. Pour le reste, ce fut «une vie de travail pour tous les deux», comme elle le dit elle-même. Parce qu’on était venu pour cela et qu’il fallait aussi aider la famille restée là-bas. Après quelques années comme aide-soignant, le père a monté son entreprise. Une entreprise dont Ana Roch s’apprête à prendre les rênes. Sa mère, elle, a travaillé trente ans aux Hôpitaux universitaires de Genève.

«Je pense que les dix à quinze premières années, mes parents ont eu le projet de revenir au pays, poursuit-elle. Même s’ils n’ont jamais eu de problème d’intégration, à part évidemment pour la langue. Le jour où ce rêve n’a plus existé, ils ont acquis la nationalité suisse, et par conséquent nous aussi, les enfants. C’était en 1986 je crois. Ce n’était pas rien, car à l’époque, il fallait encore renoncer à la nationalité espagnole.»

Une jeune fille un peu rebelle

Ana Roch se définit comme quelqu’un qui a dû prendre très tôt des responsabilités et qui, sans faire d’éclats, était une jeune fille un peu rebelle, qui savait ce qu’elle voulait. «Après le Cycle d’orientation, je désirais faire un apprentissage et m’émanciper, précise-t-elle. Les études m’ennuyaient. J’avais même décroché une place, mais ma mère a refusé de signer le contrat. Il faut comprendre que pour mes parents, il était très important de faire des études. Paradoxalement, ils nous disaient dans le même temps qu’il fallait savoir se contenter de ce que l’on avait.»

Finalement, après un échec à l’Ecole de commerce, la jeune fille le fera, son apprentissage d’employée de commerce. Elle deviendra ensuite maîtresse d’apprentissage, puis complétera sa formation. «Je n’en veux pas à mes parents, dit-elle. Ils ne pouvaient pas faire autrement. Mais cela, je ne le reproduis pas avec mes deux enfants.»

On l’aura compris, la valeur travail est centrale dans sa famille. La transmission est réussie: Ana Roch est assurément une bûcheuse, active dans de multiples domaines, notamment dans le monde associatif. Côté suisse, le respect de l’ordre, la propreté, l’organisation ont été intégrés par les parents et font partie du patrimoine de la Verniolane. «En réalité, j’ai l’impression que les valeurs véhiculées par ma famille sont assez helvético-compatibles, conclut-elle. En Suisse, on est peut-être un peu plus sérieux et ponctuel. Ah si, il y a une chose. En Espagne, les gens ont tendance à parler vraiment fort…»

(TDG)

Créé: 05.07.2017, 19h27

Pour illustrer ses deux attaches, Ana Roch a choisi un album de photos de souvenirs de Galice et un trousseau de ses clés genevoises. (Image: Steeve Iuncker-Gomez)

«Genève? Mais c’est simplement chez moi»

Ana Roch n’a pas eu à se creuser longtemps la tête pour savoir ce qu’est Genève pour elle: «La première idée qui m’est venue spontanément, c’est que c’est là où je suis née, où j’ai grandi et je me suis construite, lâche-t-elle. Genève, c’est tout simplement chez moi.»

Alors, pour matérialiser cette appartenance, elle a choisi de poser pour notre photographe avec un album photos de souvenirs de la Galice et un trousseau de clés. En réalité l’un de ses trousseaux, tant elle cumule les responsabilités et les engagements. «Il y a la clé de ma maison, de chez mes parents, de mes associations ou le badge du local du MCG, explique-t-elle. Cela illustre mieux qu’un long discours mes liens avec Genève.»

La politicienne et cheffe d’entreprise apprécie sa ville notamment parce qu’elle n’est pas trop grande. «J’ai besoin de la proximité avec les gens. Les métropoles comme Madrid, Barcelone ou New York, j’ai du plaisir à les visiter mais je ne pourrais pas y vivre. C’est aussi pour cela que j’aime tant les Avanchets. Pour moi, c’est comme un village.»

Elle s’est installée dans ce quartier de Vernier très multiculturel avec ses parents lorsqu’elle avait 9 ans. «Au début, cela a été un choc car j’avais grandi en Vieille-Ville. Les Avanchets, c’est un microcosme, un lieu où tout le monde se connaît et où l’on a à disposition tout ce qu’il faut pour vivre. A un point tel que ce n’est parfois qu’à l’adolescence que les jeunes découvrent qu’il existe autre chose en devant sortir du quartier.»

Et la mauvaise réputation du lieu? «L’image négative qui lui colle à la peau est fausse, répond-elle. Je n’ai jamais eu peur de me balader le soir aux Avanchets. Comme partout ailleurs, il y a parfois des problèmes, mais pas davantage.»

Ana Roch a beau avoir déménagé à Vernier Village, elle reste très impliquée aux Avanchets dans la maison de quartier, l’Eclipse, et le club de football. «Les liens qui se créent ici sont très forts, conclut-elle. Il y a une identité incroyable.»
E.BY

La Galice

Situation La Galice est l’une des communautés autonomes de l’Espagne. Elle est située au nord-ouest du pays, adossée au Portugal, baignée par l’océan Atlantique et la mer Cantabrique.

Population Elle compte 2,7 millions d’habitants pour une superficie équivalant aux trois quarts de la Suisse (29 574 km2). On estime que près de la moitié des Espagnols venus en Suisse sont originaires de cette terre d’immigration.

Langues Les deux langues officielles sont le castillan et le galicien.

Capitale Si Saint-Jacques-de-Compostelle est la capitale politique, La Corogne est celle de la province.
E.BY

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