Un an après le départ d’Eric Stauffer, le nouveau MCG peine à se faire entendre

Politique Depuis le départ d’Eric Stauffer, le MCG s’est normalisé. Un tournant délicat.

Le 10 décembre 2013, le Conseil d'Etat prête serment devant le grand conseil réuni à Saint-Pierre. En premier plan, Mauro Poggia; derrière lui, Eric Stauffer.

Le 10 décembre 2013, le Conseil d'Etat prête serment devant le grand conseil réuni à Saint-Pierre. En premier plan, Mauro Poggia; derrière lui, Eric Stauffer. Image: Laurent Guiraud

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Il y a près d’une année, Eric Stauffer, «président d’honneur» et cofondateur, en 2005, du Mouvement citoyens genevois (MCG), claquait la porte de son parti avec fracas. Candidat à sa présidence, il avait été battu par Ana Roch, simple élue municipale à Vernier. Depuis, «l’ex» siège en tant que député hors parti au parlement. De son côté, le MCG poursuit sa route. Vendredi, il a réélu sa présidente et renouvelé les instances du parti. Sans drames. Quant à Eric Stauffer, il semble s’être (provisoirement) fait à son sort… Mais qu’en est-il vraiment?

«Au MCG, tout va bien»

Au MCG, c’est une affaire classée. Un an après la démission d’Eric Stauffer, «tout va bien, assure Ana Roch. Nous allons ouvrir les candidatures pour le Grand Conseil. A l’interne, l’ambiance est très bonne. Nous avons deux initiatives fédérales en route, deux autres à Onex et Carouge. Notre ligne politique n’a pas changé: nous allons où nous voulons aller pour défendre le bien commun.» Tout va bien, assure aussi le conseiller national Roger Golay. «On prédisait un cataclysme au MCG suite au départ d’Eric Stauffer; il n’en est rien. Nos membres augmentent, les députés font leur travail. Enfin, notre conseiller d’Etat, Mauro Poggia, est apprécié, à la différence d’un Oskar Freysinger en Valais.»

La députation fait son travail? Des chiffres confortent l’affirmation. Entre 2016 et 2017, les élus MCG ont même déposé plus de textes parlementaires qu’entre 2015 et 2016. Mais depuis 2013, la députation a pourtant perdu des plumes. Outre Eric Stauffer, le MCG a vu deux élus la quitter: Marie-Thérèse Engelberts et Carlos Medeiros. Par ailleurs, même s’il a été remplacé, Jean Sanchez, l’ancien numéro 2 de la police, a démissionné dans la foulée de l’affaire Stauffer. Quant au député Ronald Zacharias, représentant de l’aile droite du parti, proche des milieux immobiliers, il s’est mis sur la touche de la direction. Depuis mai dernier, la ligne du MCG a aussi évolué. Très ancré à droite durant la période Stauffer, le parti s’allie plus volontiers avec la gauche depuis son départ. Au grand désarroi de l’Entente et de l’UDC.

Tout va bien, vraiment, au MCG? A l’interne, les échos sont mitigés. «On avait avant un dictateur. Maintenant, on a plusieurs petits chefs et des clans», explique une source. «Le bureau directeur vit dans la paranoïa d’un retour d’Eric Stauffer». Le député Zacharias dit la même chose autrement quand il soupire: «Aujourd’hui, on manque de soldats et il y a trop de stratèges. Mais, côté positif, le départ d’Eric Stauffer a libéré la parole de certains députés.»

Une formule usée?

A l’extérieur du parti, on note une diminution de l’influence du MCG. Sans aller jusqu’au diagnostic de l’ancien député (PLR) Renaud Gautier, qui évoque un parti repris «par des vermisseaux qui ne font rien et qu’on n’entend pas», l’UDC Eric Bertinat évoque «la pointe émoussée du MCG», notamment au Conseil municipal de la Ville de Genève. Et il ose la comparaison: «Le MCG est avec Eric Stauffer comme le Genève-Servette Hockey Club avec Chris McSorley. Ça a bien marché, mais il faut trouver des forces neuves et ce n’est pas facile.»

Même constat au PS. «Le père est parti, observe le conseiller administratif de Vernier Thierry Apothéloz. Du coup, le MCG est désorienté et moins visible. Or c’est un parti clanique qui se renforce si on l’attaque mais s’affaiblit de l’intérieur si rien ne se passe.» Au Grand Conseil, l’ambiance s’est toutefois singulièrement allégée entre les partis depuis la mise sur la touche d’Eric Stauffer. «Mais les élections approchant, on va voir resurgir la thématique antifrontalière du MCG», assure le PDC Bertrand Buchs.

Grosse chute médiatique

Une certitude: le MCG mobilise moins les médias. Entre 2015 et 2016 ainsi qu’entre 2016 et 2017, les articles consacrés au parti ont diminué de presque 40% dans la Tribune de Genève. De 50% dans Le Temps.

Et c’est grave? «Est-ce vraiment être flamboyant que d’être dans la presse à cause d’un verre d’eau? réagit Ana Roch. (…) Nous sommes présents dans la presse, mais pour nos projets utiles. Pas pour du vent et sans esclandre.» «Il faut laisser à Eric, qui dormait devant les rédactions avec son sac de couchage, une capacité de communication hors du commun, admet Roger Golay. Mais parfois cela ratait et de toute façon, ce n’est pas lui qui organisait le travail.» Reste à savoir ce qu’en pensent les électeurs du parti.

A un an des élections cantonales, bien malin qui peut prédire l’avenir du MCG. Pour les uns, comme le municipal PLR Simon Brandt, il est compliqué: «Sa force était de mobiliser un électorat de gauche sur des positions de droite, ce qui a manqué sur la troisième réforme de l’imposition des entreprises par exemple.» Par ailleurs, avec ou sans Eric Stauffer, le parti n’a pas progressé lors des élections municipales de 2015, ce qui marque un signe d’affaiblissement. Pour d’autres, comme Roger Golay, le MCG va garder son rang. Mais l’avenir dépendra aussi de son alliance avec l’UDC. Et, qui sait, des éventuelles manœuvres à venir du député Stauffer.

(TDG)

Créé: 20.03.2017, 18h22

Une direction de parti un peu moins centralisée

Le MCG? Avant le départ d’Eric Stauffer, le parti fonctionnait autour d’un trio. Dans le rôle du «mégaphone», le président d’honneur, cofondateur du parti en 2005 et ex-conseiller administratif d’Onex, Eric Stauffer. Dans l’ombre, le député, puis conseiller national Roger Golay, garant de la ligne «ni gauche, ni droite» que cet ex-fonctionnaire de police incarne sans effort. Plus tard, le député François Baertschi, secrétaire général a rejoint l’équipe, et plus tard le futur conseiller d’Etat Mauro Poggia. La disparition du «patron» du parti a provoqué une nouvelle redistribution des cartes. La Verniolane Ana Roch s’est imposée à la présidence. Le conseiller national Roger Golay est toujours là, mais le bateau cantonal vogue sans lui. Avec Ana Roch, c’est le secrétaire général et député François Baertschi qui tient la barre. Pour exister à l’extérieur, le parti doit s’appuyer sur son conseiller d’Etat Mauro Poggia. Quelques députés sortent du bois. La semaine passée, le discret Jean-Marie Voumard a été élu au Bureau du parlement. M.BN

Un député hors parti encore assez actif...

Eric Stauffer? Jadis omniprésent lors des séances du parlement, le député s’est fait plus discret depuis qu’il a démissionné du MCG. Désormais hors parti, il ne siège en outre plus dans les commissions parlementaires. Hasard ou conséquence? L’ambiance des séances plénières et, paraît-il, celle des commissions où il siégeait, est devenue plus paisible…
Depuis son éviction, le député a déposé quelques textes intéressants. L’un d’eux qui devrait être accepté, souhaite mieux encadrer les rémunérations des conseillers administratifs. Un autre pourrait faire parler de lui: il demande la reprise par l’Etat du contentieux résultant du non-payement des primes maladies de base par les assurés. Toute cette activité semble indiquer que le député n’a pas renoncé à la politique. De fait, depuis sa démission du MCG, Eric Stauffer a tenté deux ou trois fois, directement ou indirectement, de revenir dans son ancienne formation. Il a également approché le PLR… et l’UDC… Le député garde dans sa manche une troisième carte: l’été passé, il annonçait à demi-mot le lancement d’un nouveau parti. Jusqu’ici la piste ne s’est concrétisée, mais tout reste possible. Si cette carte était jouée, son succès serait incertain: pour obtenir des sièges au parlement, un parti doit décrocher au moins 7% des suffrages. Au minimum, si elle rate, l’option pourrait dépouiller le MCG de quelques sièges. M.BN

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