Amer, un ténor du PS genevois démissionne

PolémiqueLe député Jean-Charles Rielle dénonce «le clientélisme d’un clan qui a pris les commandes du parti».

«La force d’un collectif, c’est sa diversité de genre, d’âge et de niveau socio-culturel».

«La force d’un collectif, c’est sa diversité de genre, d’âge et de niveau socio-culturel». Image: Laurent Guiraud

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«C’est avec tristesse et détermination que je vous fais part de ma démission du Parti socialiste genevois et donc de sa Section Ville de Genève.»

C’est en ces termes que le député Jean-Charles Rielle vient d’écrire à ses camarades pour leur annoncer son départ qui sera officialisé jeudi, lors du Grand Conseil. Il précise qu’il poursuivra son travail parlementaire comme député indépendant. «Par rapport aux électrices et électeurs qui m’ont fait confiance et attribué leurs suffrages, je respecterai mes engagements socialistes de gauche. Dans ce sens, je vais demander, comme les statuts suisses le prévoient, mon affiliation directe au Parti socialiste suisse», indique-t-il dans sa lettre de démission.


Lire également L'éditorial: «PS: combien de divisions?»

Mais comment se fait-il que cet éléphant du PS démissionne après trente ans de bons et loyaux services? «Je ne le fais pas de gaieté de cœur. C’est un moment très douloureux après un si long engagement. Mais le clientélisme pratiqué par un petit clan qui a pris les commandes du parti me répugne. Cela fait une année que j’essaie vainement d’appeler à l’aide. Je suis à bout», nous a récemment expliqué ce sexagénaire, la voix chancelante, dans un café de Plainpalais.

Clientélisme? «On fait adhérer des jeunes au PS à qui on propose vite des activités dans des associations ou des fonctions dans le parti. Dans le même temps, on fait comprendre aux anciens qu’ils feraient bien de s’en aller... La force d’un collectif, quel qu’il soit, c’est sa diversité de genre, d’âge et de niveau socio-culturel. Là, tout ce qui semble compter, c’est son propre tremplin politique.»

Rappel à l’ordre

«J’ai toujours servi mon parti avec rigueur, enthousiasme et désintérêt. Je n’ai jamais reçu quelques centimes pour mon travail bénévole (associations et fondations). Je ne peux accepter que certains camarades me manifestent de l’irrespect.»

C’est une lettre nominative datée du 18 novembre, envoyée à quatre députés (Nicole Valiquer Grecuccio, Xhevrie Osmani, Emmanuel Deonna et Jean-Charles Rielle), pourtant «dûment excusés», les rappelant à l’ordre pour quatre réunions de députés, qui a mis le feu aux poudres. Suite à ce camouflet, les élus mis en cause ont riposté en saisissant le président Gérard Deshusses s’interrogeant sur les «multiples absences de dernière minute d’autres élus socialistes dans les commissions parlementaires, avec la perte des jetons de présence qui s’ensuit». Ils ont aussi voulu faire toute la lumière sur les absences au sein du comité directeur.

«Ces demandes ont été balayées, déplore le démissionnaire. Seule une circulaire a été envoyée aux membres de la direction en date du 18 octobre pour un rappel à l’ordre après une réunion où seules quatre personnes étaient présentes, ce qui avait contraint le comité à ne pas pouvoir traiter des points importants!»

Kast quitte la direction

Seraient-ce ces problèmes qui ont poussé l’ancienne députée et ancienne présidente du Parti, Carole-Anne Kast, à démissionner du Comité directeur? «Le positionnement systématique du Bureau sur les aspects de forme uniquement, en escamotant, voire niant, les aspects de fond, aggraverait les tensions, indique la conseillère administrative d’Onex. Ce d’autant plus que deux personnes du Bureau sont députés et donc partie intégrante du conflit.» (Lire ci-dessous.)

Il s’agit d’une grosse perte au moment où le parti semble avoir de la peine à tenir un cap. Avec pour conséquence de mauvais résultats aux récentes élections nationales, les Verts leur ayant coupé l’herbe sous le pied. «Avec l’arrivée de Lisa Mazzone, les Verts se sont nettement repositionnés à gauche. Pas surprenant qu’ils flirtent avec nos électeurs, relevait ce jour-là le nouvel élu national et avocat de l’Asloca Christian Dandrès. Nous devons donc impérativement tenir des discours clairs pour que les plus faibles voient qui assure leur défense. Cela paie toujours pour le PS quand les profils sont marqués à gauche.» Et lorsque ce parti n’écarte pas des élues aussi populaires que Sandrine Salerno et Carole Anne-Kast (refus de double mandat au printemps 2018).

Fiscalité de la discorde

Le vote sur la fiscalité des entreprises (RFFA) a aussi laissé des traces: les socialistes qui soutenaient ce projet feraient payer leur refus aux 11 députés - sur 17 - qui se sont opposés à cette réforme fiscale. La «Tribune de Genève» a ainsi appris que la mésentente au sein du groupe des députés a atteint de telles proportions qu’ils ont organisé des réunions concurrentes pour préparer les séances du Grand Conseil!

Fin novembre, le député et président de l’Asloca, Alberto Velasco, a en outre reçu une lettre d’avertissement «pour le mettre en demeure d’être un bon et fidèle camarade!» Dans un article du «Temps» paru début novembre, il s’en prenait aux «camarades bobos dévoyés et clientélistes, oublieux de l’histoire du parti ouvrier, trop occupés à briguer des postes confortables de fonctionnaires ou dans l’appareil du parti». Des propos qui ont déplu à la direction.

Pour rappel, le certes bouillant mais expérimenté Alberto Velasco est l’objet d’une plainte pénale émanant d’un camarade de parti ayant depuis lors démissionné, avec pour témoin à charge un autre député PS. Bonjour l’ambiance au caucus de la fraction socialiste du Grand Conseil...


C.-A. Kast quitte le comité du parti

Si la démission de Jean-Charles Rielle est un coup dur pour le PS, celle de Carole-Anne Kast du comité directeur du parti en est un autre. Dans une lettre que la «Tribune de Genève» s’est procurée, la conseillère administrative d’Onex et ancienne présidente explique son départ en pointant du doigt divers problèmes: la gestion du recrutement et des ressources humaines du parti, l’absence de conséquences tirées du débat interne sur l’harmonisation fiscale, la ligne politique floue de la campagne des fédérales. Le tout dessine le portrait d’une formation profondément divisée, gérée d’en haut sans concertation, mais paradoxalement sans leadership.

La partie la plus renversante de la lettre porte sur la crise de la députation, dont on apprend qu’elle s’est divisée durant des semaines en deux groupes séparés, chacun tenant des réunions parallèles... Sur ce point, «l’absence de positionnement du Bureau, de mise en œuvre de tentative de solution (audience des personnes concernées, demande de positionnement des personnes concernées, absence du président au caucus, etc.) est très problématique», constate la magistrate.

Elle explique, en substance, les difficultés de la députation par l’addition de conflits personnels, politiques, accentués par des problèmes de positionnement éthiques. «Pour plusieurs camarades, dont je suis, dit-elle, la prise de responsabilité au sein du parti doit être accompagnée par la conviction que l'on est la bonne personne, au bon endroit, au bon moment. On postule parce que l'on pense que c'est la meilleure solution pour le collectif. Bien sûr, on peut se tromper. Mais on ne postule pas à un poste parce que ça nous intéresse, ça nous sert, ça nous est utile, ça nous donne une visibilité en vue d'une campagne. Sur cette dimension, ce sont deux visions de l'engagement politique qui s'affrontent, quasi philosophiques, et c'est une des raisons qui rend ce conflit si difficile à résoudre.» M.Bn

Créé: 09.12.2019, 19h34

L’essentiel

Grand Conseil Jean-Charles Rielle siégera désormais comme indépendant.

Critique Carole-Anne Kast dénonce le fonctionnement de la direction.

Président Circulez, répond le responsable du PS.

La réponse du président

Questionné sur les principaux éléments de cet article, Gérard Deshusses, le président du PS genevois, évoque des querelles internes «qui n’ont rien d’idéologiques». Le départ de Jean Charles Rielle? «Je n’ai pas reçu sa lettre.» L’avertissement à Alberto Velasco? «On n’attaque pas des camarades dans la presse.» Le retrait de Carole-Anne Kast: «Elle est très prise par les élections municipales et le Rassemblement pour une politique sociale du logement.» M.BN

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