Amendées pour avoir dessiné un clitoris

GenèveDeux féministes ont réalisé ce croquis à la craie au Jardin anglais pour montrer cet organe méconnu.

«La structure anatomique interne du clitoris est méconnue», souligne Nesrine Ghulan, membre du collectif l’Escouade.

«La structure anatomique interne du clitoris est méconnue», souligne Nesrine Ghulan, membre du collectif l’Escouade. Image: DR

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Un clitoris dessiné à la craie sur la voie publique. C’était il y a un mois au Jardin anglais, face au Jet d’Eau. Ses auteures, deux membres du collectif féministe l’Escouade, disent avoir réalisé ce «croquis artistique» dans une visée pédagogique. «Le clitoris a longtemps été le grand oublié des manuels scolaires, souligne Nesrine Ghulan, l’une des dessinatrices. Sa structure anatomique interne est méconnue.» Mal leur en a pris: leur œuvre à peine terminée, les deux jeunes femmes se sont fait verbaliser par des agents de la police municipale pour avoir utilisé le domaine public sans autorisation. Elles viennent de recevoir chacune une amende de 100 francs. Le collectif dénonce «une répression excessive» qui questionne le droit à la liberté d’expression.

«Nous avions choisi la craie précisément parce que ça s’efface très facilement, précise l’étudiante en études genre à l’Université de Genève. Je suis persuadée que ce n’est pas l’utilisation du domaine publique qui posait problème, mais le message du dessin. Pourtant, tous les passants ont très bien réagi.» Que répond la police municipale? Sanctionne-t-elle de la même manière les enfants qui crayonnent sur les routes que les deux militantes? «Les agents sont intervenus auprès de ces deux contrevenantes car elles avaient oblitéré une partie du cheminement public sur la promenade du Lac avec un vélo afin de protéger leur dessin, outre le fait que les deux intéressées dessinaient sur le domaine public», répond Christine Camp, cheffe de service de la police municipale.

Ces explications peinent à convaincre au sein du milieu féministe. «La police, c’est le bras armé de la société patriarcale, analyse Coline de Senarclens, un des fondatrices de la Slutwalk (ndlr: la marche des salopes) suisse. On ne parle pas et on ne montre pas de clitoris. Mais c’est une erreur politique. Cela prouve qu’il y a encore un vrai tabou à ce sujet.» Directrice de l’Institut des études genre de l’Université de Genève, Lorena Parini doute en effet que les deux jeunes femmes se seraient fait verbaliser si elles avaient dessiné «une jolie fleur». Elle dénonce «une ville corsetée» dans laquelle il n’y a plus d’«espaces alternatifs».

Au-delà du dessin et de la sanction, Alessandra Cencin, chercheuse à l’Institut lausannois des humanités en médecine, relève que si cet enjeu de la visibilisation du clitoris n’est pas nouveau, il est toujours nécessaire de mieux faire connaître son anatomie: «Peu de gens savent qu’au-delà de leurs différences externes, le clitoris et le pénis sont constitués des mêmes tissus qui participent à l’orgasme. Cela remet en question l’opposition classique entre les deux sexes.» (TDG)

Créé: 28.05.2018, 19h36

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