Une aide rend les chantiers habités moins pénibles

ConstructionLes rénovations ou surélévations créent souvent des nuisances pour les locataires. L’État et les SIG offrent un plan pour faciliter la vie des résidents pendant les travaux.

Découverte d’un chantier dans un immeuble situé 66-72, rue de Montchoisy et doté d’environ 80 appartements avec Isabelle Jacobi, architecte de formation qui gère les différents travaux des Rentes Genevoises.

Découverte d’un chantier dans un immeuble situé 66-72, rue de Montchoisy et doté d’environ 80 appartements avec Isabelle Jacobi, architecte de formation qui gère les différents travaux des Rentes Genevoises. Image: Laurent Guiraud

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Les chantiers habités suscitent beaucoup de stress. «Nous vivons un véritable enfer», dénonçaient même les époux Pax, dans nos éditions du 8 février. Leur immeuble de Champel connaît, il est vrai, une vaste réhabilitation, à laquelle s’ajoute une surélévation. Plus récemment, des habitants de Vieusseux ont souffert de travaux… illégaux destinés à aménager des combles («Tribune de Genève» du 29 octobre). Or, le sort des locataires affectés par de tels chantiers pourrait bientôt s’améliorer grâce à la prestation d’assistant à maîtrise d’usage (AMU), initiée en 2017 par l’État et les Services industriels de Genève (SIG).

Actuellement en phase pilote dans plusieurs projets de rénovation, cette nouveauté doit permettre de faciliter la vie des habitants (lire ci-contre). Et en particulier celle des aînés qui pâtissent encore plus de telles nuisances quand leur mobilité est réduite.

Rentes Genevoises ravies

«L’AMU tombe sous le sens, estime Antonio Hodgers, président du Conseil d’État. Le parc immobilier des années 60 à 80 connaît d’importants travaux pour se mettre aux normes en matière de consommation énergétique. Ils sont nécessaires, mais longs et très intrusifs pour les locataires. L’AMU assure une présence régulière pour qu’ils se déroulent correctement, dans le respect du quotidien de celles et ceux qui doivent les subir.»

«Ces travaux sont nécessaires, mais longs et très intrusifs pour les locataires»

Antonio Hodgers, président du Conseil d’État

Une expérience a été menée, durant le 2e semestre 2017, lors d’un chantier réalisé par les Rentes Genevoises dans un immeuble situé 66-72, rue de Montchoisy et doté d’environ 80 appartements. «Il a fallu soit remplacer, soit rénover toutes les fenêtres pour les rendre conformes aux nouvelles normes énergétiques, tout en conservant leur aspect originel… avec de sérieuses exigences patrimoniales. Car ce bâtiment du début des années 30 est l’œuvre de Maurice Braillard», explique Isabelle Jacobi, architecte de formation qui gère les divers chantiers des Rentes Genevoises. La moitié des fenêtres a ainsi dû être transportée dans un atelier pour être refaite à l’identique. «Elles ont dû être remplacées durant trois semaines par des panneaux translucides, ajoute la spécialiste. Mais cet inconvénient a été globalement bien accepté grâce à un travail d’accompagnement des habitants. Cela a permis de créer une dynamique positive entre les différents acteurs, dont les locataires et le propriétaire. Le rôle de la concierge, de l’architecte mandaté et des ouvriers a aussi été déterminant.» Responsable du projet AMU pour les SIG, Nicolas Velebit abonde: «Cette prestation offre une oreille attentive aux inquiétudes et aux souhaits des habitants durant les travaux et permet de lever les éventuelles tensions entre eux et les autres acteurs impliqués. Le propriétaire et la régie ressentiront ainsi moins d’appréhension à lancer un projet de rénovation et les habitants seront plus disposés au dialogue et à la bonne utilisation de leur bâtiment.»

Locataires compréhensifs

Monique Sylla Balestra (81 ans), domiciliée dans cet immeuble Braillard depuis fin 2014, a longtemps vécu à Montréal. De retour à Genève, elle a été séduite par l’édifice. Et les récents travaux n’ont pas entamé son enthousiasme: «Nous n’en avons pas trop souffert grâce à une bonne organisation. Et puis, des séances régulières d’information ont permis de nouer des contacts entre nous.»

Certains ont certes critiqué le bruit et la poussière, ajoute l’octogénaire, «mais vous trouverez toujours des protestataires. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs!»

Domicilié dans cet élégant bâtiment depuis trois ans et demi, Philippe Ruegg (60 ans) salue, lui aussi, l’apport de l’AMU: «Il y a toujours des nuisances lors des chantiers. Grâce à cette prestation facilitatrice, nous n’avons toutefois pas connu de gêne excessive.» Et cet architecte-urbaniste de vanter les belles grandes fenêtres des lieux: «Elles ont été très bien rénovées. Avant, nous avions froid avec la bise. Aujourd’hui, c’est nettement mieux au niveau de l’isolation et nous n’avons rien perdu sur le plan esthétique. Les poignées ont notamment pu être préservées. Du beau travail.» Philippe Ruegg vante également «les liens intergénérationnels qui se sont créés. Cette année, nous avons fêté tous ensemble la Fête des voisins sur le toit de l’immeuble. Les Rentes Genevoises ont apporté la viande et le vin.» Isabelle Jacobi de conclure: «Les locataires ont développé un projet pour se réapproprier la toiture et l’utiliser de façon collective. Nous les avons aidés à construire leur rêve. La vue sur la rade est si belle! Nous allons juste surélever les barrières par mesure de sécurité. Au final, nous sommes heureux d’avoir pu nous montrer comme des propriétaires à l’écoute des habitants. Au début, j’étais dubitative mais l’AMU est vraiment un bel outil d’apaisement.»

Créé: 04.12.2018, 07h23

Impliquer les habitants dans les travaux

La prestation d’assistant à maîtrise d’usage (AMU)est issue d’un rapprochement entre l’État et le programme SIG-éco21 (GEnergie 2050). Après deux ans de phase pilote, son lancement officiel est prévu début 2019. Objectifs: améliorer la qualité des rénovations en optimisant la performance énergétique des bâtiments et inciter plus de propriétaires à se lancer dans de tels projets.

Offrir également une meilleure qualité de vie aux usagers, en instaurant une dynamique d’implication de leur part. Des réunions sont ainsi régulièrement programmées entre les habitants, le propriétaire, la régie, le maître d’œuvre et l’AMU. Elles ont lieu toutes les cinq à six semaines entre 19 h et 21 h. Et cela avant, pendant et après les travaux.

Certaines rencontres réunissent uniquement les locataires et l’AMU pour dessiner les contours des mesures à adopter dans la perspective de mieux vivre ensemble. Exemple de thèmes traités: points infos travaux, économies d’énergie, aménagement du bâtiment, cohabitation.

Pour chaque chantier, les usagers sont accompagnés d’un binôme: un AMU responsable de projet (issu d’une association ou d’un bureau indépendant) et un AMU FASe, soit un collaborateur de la Fondation pour l’animation socioculturelle.

L’AMU, responsable de projet, doit avoir des connaissances dans la direction de travaux de rénovation, la fibre en matière d’économies d’énergie et de développement durable, être enfin expérimenté en gestion de projet. L’AMU FASe est, quant à lui, expert en animation et en démarche participative.
L.B.

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