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L'agriculture est un patrimoine genevois

Grâce aux archives d’un vieux domaine troinésien, les noms anciens du matériel et des produits du terroir reviennent nous charmer.

Une aquarelle de Paul-Henri Decrue (1812-1894) évoquant les paysans genevois avec la Tour Maîtresse et Saint-Pierre dans le fond.
Une aquarelle de Paul-Henri Decrue (1812-1894) évoquant les paysans genevois avec la Tour Maîtresse et Saint-Pierre dans le fond.
BIBLIOTHEQUE DE GENEVE

Le vibrant message d’une paysanne de Troinex, publié dans nos colonnes le 23 avril sous le titre "Agriculture d’ici: la chérirez-vous après?" rappelle l’importance du patrimoine agricole genevois. Pas seulement en temps de crise sanitaire, comme en ce moment, mais à longueur d’année, un peu partout dans la campagne si bien préservée de notre beau canton. Une terre que des femmes et des hommes d’ici et d’ailleurs font fructifier depuis des siècles.

Sans quitter Troinex, commune restée partiellement agreste malgré sa proximité avec la vie urbaine, retournons vers le passé des fruits et légumes genevois. Cela grâce aux archives d’un vieux domaine auxquelles nous avons eu accès. Les noms anciens du matériel et des produits du terroir y sont énoncés. Quels sont-ils? Au chapitre des fruits, la variété des arbres présents en 1805 est pleine de poésie. Ceux-ci produisent des renettes (pommes reinettes) jaunes, vertes ou grises, des pommes corpendues blanches ou rouges, de la virgoulée (poire), de la rambour (pomme d’hiver), de la poire cuisse dame, de la pomme calvile et de la poire cramoisine, de la cerise noire, de la prune rouge, de l’échasserie et de la colmar (poires), de la crassane et de la rougelotte, de la beurré gris et de la mouillebouche. Une bonne poire très fondante celle-là.

À la fin du XVIIIe siècle, le propriétaire du domaine emploie un granger, comme on dit ici à cette époque. C’est-à-dire un métayer. Celui-ci cultive la terre pour le propriétaire, qui lui fournit les outils, les bêtes et le logis. Il est payé en nature et à la tâche pour des activités précises, comme en témoignent les comptes du nommé Siebenthal en 1798. Il inscrit 167 journées occupées à battre 835 gerbes de blé, douze journées pour faire le bois pour le four, trois journées pour battre le trèfle, une journée et demie pour vendanger le rouge, enfin la paie d’un ouvrier de moisson engagé pendant trois semaines.

Que signifie "battre le trèfle"? Le trèfle est cultivé pour en nourrir les animaux. C’est un fourrage récolté lors de la première pousse printanière. Après cela, si le paysan le laisse repartir et monter en graine, il pourra le récolter dans la deuxième partie de l’été. Une fois séché et battu dans un moulin, il ne reste que les graines. De quoi replanter son trèfle pour la saison suivante.

Le contrat du granger, signé en 1795 pour huit ans, nous renseigne sur le matériel agricole utilisé en ce temps-là: "[…] ledit granger reconnaît avoir reçu à son entrée audit domaine, trois chariots, deux charrues avec leurs équipages et deux herses […]; plus quatre bœufs avec leurs équipages et une jument […]." La herse est un instrument en forme de grille pourvue de dents, tiré par une bête de somme pour préparer la terre avant les semailles. Les charrues, elles, servent à labourer la terre après la récolte. Les bœufs sont les tracteurs de l’époque. Quand ce contrat est signé, les terres de Troinex se trouvent sur territoire français depuis 1792, date de l’annexion de la Savoie par la France. Avant cela, elles étaient savoyardes. Elles ne feront partie du nouveau canton de Genève qu’en 1816. L’année suivante, Veyrier et Troinex se séparent, formant deux communes distinctes.

Dans une lettre concernant les employés de la ferme, le propriétaire de 1795, cherchant à attirer son fils dans cette campagne, lui explique que "la Tournier ne saurait vous convenir, c’est un très mauvais sujet, je voudrais avoir un prétexte pour la renvoyer de suite, nous en avons engagé une pour le 22 février qui paraît un fort joli sujet, d’ailleurs je ne crois pas qu’une gouvernante de campagne put vous servir de cuisinière, étant obligée d’être beaucoup dans la campagne, et absente pour aller vendre". Aller vendre, c’est-à-dire descendre en ville proposer des produits de la propriété dans les marchés de la ville, notamment celui des Rues-Basses qui a donné son nom à la rue du Marché.

Jaques André Baraban se laissera fléchir par son père; il sera le premier maire de Troinex en 1817 et le restera jusqu’en 1824. Les archives de son bien ancestral regorgent de termes oubliés, comme le verbe esdarbonner, qui signifie aplatir les taupinières, les hutins, des vignes cultivées en cordons bas suspendus à des arbustes, les teppes, des terres au sol herbeux laissé en friche, les tattes broussailleuses ne valent pas mieux. Quant aux objets de la ferme, un inventaire de 1689 leur attribue volontiers ce qualificatif: "une meschante quaisse de sapin", "un meschant coffre de sapin avec un meschant banc de sapin", "quatre meschantes faucilles pour moissonner", "deux douzaines de meschantes escuelles de bois". C’est au caractère très ordinaire de ces ustensiles que se réfère cet adjectif. Le blanc et rouge de la propriété le sont-ils aussi? Il s’en produit à Troinex en quantité. Le blanc réservé au maître et le rouge partagé entre lui et son granger, auquel incombe le vignolage.

Trois as de l'agriculture

Trois Genevois actifs dans l’élevage et l’agronomie ont marqué le XIXe siècle. L’aîné est Charles Pictet de Rochemont, le négociateur des frontières du nouveau canton de Genève après la chute de Napoléon. Ce militaire né en 1755 devient en 1792 gentleman farmer à Lancy. L’actuelle mairie est alors sa maison de campagne. Il y veille sur un grand domaine voué à l’élevage du mouton mérinos. Les premiers spécimens proviennent d’un élevage créé par Louis XVI à Rambouillet pour la reine Marie-Antoinette. Chouchoutés pour leur laine, qui sert à fabriquer des schalls renommés, et pour la vente, ils sont 9600 sur le territoire genevois en 1806. En 1809, 900 de ces bêtes prennent le chemin de la Russie pour y être acclimatées.

Du mouton, passons au cochon. Un heureux projet mené à bien par Charles Martin, né en 1790, un Genevois ayant fait sa pelote dans les filatures de coton d’Angleterre. Une fois rentré chez lui, il se consacre à l’amélioration de la race porcine. Par le biais de la Classe d’agriculture de la Société des arts, Martin fait entrer en 1830 à Genève un couple de cochons dont les meilleures maisons s’arracheront la progéniture. "Les produits de cette race, en chair et en graisse, sont superbes et laissent loin derrière elle celle du pays", constate l’ancien syndic Micheli en 1833. Ironie du sort, c’est une demoiselle Labouchère que Charles Martin épouse en 1839.

Augustin-Pyramus de Candolle, né en 1778, est un botaniste qui a sa place dans l’histoire de l’agriculture. Par ses voyages et ses observations sur les plantes, la qualité de sols et le climat, il propose des solutions qui intéressent les cultivateurs. "La botanique le conduisait ainsi à proposer les améliorations les plus utiles à l’agriculture", souligne le naturaliste belge Charles Morren dans sa notice sur le botaniste genevois publiée en 1843.

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