«L’agent infiltré a outrepassé sa mission»

Homicide d’une retraitée à OnexJeudi, les deux camps ont plaidé. Pour la défense de l’homme accusé d’assassinat, les preuves recueillies sont irrégulières.

Me Lorella Bertani (parties plaignantes) et Me Eric Beaumont (défense). Deux styles que tout oppose.

Me Lorella Bertani (parties plaignantes) et Me Eric Beaumont (défense). Deux styles que tout oppose. Image: Patrick Tondeux

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Enfin, il y allait avoir des mots pour le défendre. Après trois jours d’audience durant lesquels les accusations du Ministère public se sont abattues sur la version du prévenu de l’assassinat d’une retraitée à Onex, la parole est passée à son avocat, jeudi, devant le Tribunal criminel. Comment défendre un homme que les preuves accablent? Comment convaincre les sept juges du Tribunal criminel qu’il n’a pas tué volontairement quand un enregistrement a permis à toute la salle d’entendre les menaces à huis clos de l’accusé et sa victime lui demandant de la détacher? Mais surtout, comment éviter la peine de prison à vie requise la veille par le procureur Endri Gega?

«Il relance, provoque»

«On n’a pas affaire à un terroriste comparable aux auteurs des tueries du Bataclan ou de Christchurch», plaide d’emblée Me Eric Beaumont. Mais l’avocat de la défense le concède: son client exerce une certaine fascination. «Sur moi, c’est vrai, mais aussi sur le Ministère public, dit-il. C’est ainsi qu’on est arrivé à requérir de telles peines.»

Sa défense s’articule autour de deux piliers: contester la méthode de l’agent infiltré et exploiter les interstices de doute qui entourent la mort de la retraitée.

Comme à l’ouverture du procès, Me Beaumont a protesté contre le mouchard envoyé dans la cellule du prévenu. «Une tromperie» illégale selon la défense, qui dénonce également le comportement de Paulo – c’était son nom de couverture – qui est allé jusqu’à devenir un proche de la famille de l’accusé. «Les enregistrements de leurs conversations montrent qu’il relance sans cesse et provoque mon client à commettre un délit (ndlr: le prévenu est également prévenu pour avoir organisé l’homicide de son beau-frère alors qu’il se trouvait en détention). Il a outrepassé son rôle.»

Quand sa plaidoirie se recentre sur le meurtre de la vieille dame, il s’agit d’instiller le doute dans une procédure complexe. Car il n’y a pas de preuve que les 40 000 euros retrouvés cachés dans la maison du prévenu au Portugal sont ceux qui ont été retirés par la victime le jour de sa mort. L’étranglement? «Il n’y a aucune certitude sur la cause du décès», plaide Me Beaumont, demandant aux juges de croire à la thèse de l’homicide accidentel formulée par son client.

«Vous ne savez pas aimer»

Comme attendu, les mots de la défense et le ton avec lequel ils sont prononcés tranchent avec ceux de la partie plaignante. Me Lorella Bertani parle fort et avec les tripes, occupe l’espace physiquement, interpelle le prévenu. La destruction de la vie de Nicole est «complète», la profanation est «totale». Cette routinière des procès criminels en a vu des assassins, «mais jamais avec autant de froideur. Votre âme est enfermée dans la noirceur la plus épaisse et la plus visqueuse. Vous ne savez pas aimer», lance l’avocate au prévenu qui, à maintes reprises durant ce procès, a refusé de répondre à ses questions.

L’utilisation d’un agent infiltré, Me Lorella Bertani ne la discute pas. «Ce dossier a toutes les preuves qu’il faut», assure-t-elle. Son long monologue décrit l’emprise d’un homme isolant sa victime. Le mobile, c’est l’argent. S’appuyant sur les expertises psychiatriques, son geste était «réfléchi et nullement impulsif», dit-elle. C’est quand Nicole lui a annoncé qu’elle souhaitait déménager qu’il aurait décidé de la tuer. Pour pouvoir continuer à la voler et la déposséder de ses économies.

Aujourd’hui, «il ne reste rien de cette vie réduite en débris», se désole Me Lorella Bertani. Elle demande au Tribunal de retenir l’assassinat sans aucune circonstance atténuante. Les sept juges ont désormais quelques jours avant de leur rendre leur verdict, mercredi, à 16 h.

Créé: 28.03.2019, 19h29

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