Affaire Ramadan: la cheffe de l’École dit n’avoir «rien à cacher»

PolémiqueAnne Emery-Torracinta ne compte pas ouvrir une enquête interne pour analyser des failles de l’institution.

La conseillère d’État Anne Emery-Torracinta a organisé lundi la deuxième conférence de presse en quatre mois consacrée aux abus de professeurs à Genève.

La conseillère d’État Anne Emery-Torracinta a organisé lundi la deuxième conférence de presse en quatre mois consacrée aux abus de professeurs à Genève. Image: Laurent Guiraud

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État d’urgence au Département de l’instruction publique (DIP). Sa cheffe, Anne Emery-Torracinta, a avancé à ce lundi une conférence de presse consacrée à un premier bilan du plan d’action contre les abus à l’école (lire ci-contre). Elle répond ainsi à la fronde de plusieurs féministes genevoises, signataires d’une lettre réclamant désormais l’ouverture d’une enquête sur les «dysfonctionnements de l’institution qui n’a pas su protéger les élèves» du professeur Tariq Ramadan, en poste de 1984 à 2004, au Cycle des Coudriers puis au Collège de Saussure.


Lire aussi l’éditorial: Le DIP et l'affaire Ramadan: une gestion calamiteuse


Surprise de l’émotion que suscite encore le témoignage de quatre anciennes élèves genevoises dénonçant des abus de cet enseignant entre les années 80 et 90, la conseillère d’État a rappelé sa «compassion» pour elles, avant de tenter d’éteindre un feu rampant.

Rien entendu, rien vu

Les possibilités d’action du DIP sont limitées, répète la magistrate. «Ni Tariq Ramadan ni les personnes en poste à l’époque des faits dénoncés dans la Tribune de Genève ne sont encore en place.» Et de défendre sa secrétaire générale, mise à mal par les signataires. «Je rappelle que Marie-Claude Sawerschel n’a été doyenne du Collège de Saussure qu’à partir de 2002.» Elle a donc côtoyé deux ans le professeur de philosophie Tariq Ramadan. Avait-elle entendu parler de problèmes liés à son comportement? «Si j’avais eu connaissance de faits comme ceux dénoncés publiquement, je n’aurais jamais pu rester inactive», répond-elle pour la première fois face aux médias, assurant n’avoir «même pas entendu parler de rumeurs».

Anne Emery-Torracinta relève encore que les quatre anciennes élèves ne se sont pas manifestées auprès du DIP ni auprès du centre LAVI d’aide aux victimes. Impossible donc de «retrouver des traces des faits dans leurs dossiers».

La conseillère d’État assure toutefois ne pas être restée les bras croisés. «Le DIP a procédé à un examen interne. Rien dans le dossier de Tariq Ramadan ne confirme ou n’infirme les faits reprochés. Par contre, nous avons eu confirmation d’un des cas cités dans la presse, qui n’a pas été nié par la direction du Collège de Saussure de l’époque.» Dans les années 90, un élève avait découvert que Tariq Ramadan entretenait des relations sexuelles avec deux camarades. Il avait dénoncé ces actes interdits à une doyenne, laquelle avait alerté le directeur. Vingt ans après, le retraité a affirmé dans nos colonnes avoir alors confronté Tariq Ramadan aux accusations, qui les avait niées. Sur ce cas, Anne Emery-Torracinta se fait plus claire: «On peut imaginer que les faits sont réels même s’ils n’ont pas été remontés à la hiérarchie. La direction du Collège de Saussure de l’époque a failli.»

«Des gens ont étouffé des choses»

Pourquoi ne pas s’intéresser davantage à ce ratage? Chercher à savoir si le professeur Ramadan, tant adulé et craint à la fois, a été couvert? En somme, faire l’examen du passé pour mieux construire le présent? «On ne prenait pas autant au sérieux les abus par le passé. Si la victime ne portait pas plainte, on ne faisait rien. Des gens ont étouffé des choses parce qu’on les banalisait. Heureusement, cela a changé. Je n’ai rien à cacher. Je veux bien rassurer, mais qu’est-ce qu’on veut montrer?» questionne la magistrate.

Les temps n’ont pas vraiment changé, craignent les signataires. D’autres affaires d’abus touchant du personnel scolaire ont été récemment dénoncées. Sur ce volet, les procédures étant en cours, la magistrate ne peut s’exprimer.

Mais comment explique-t-elle les suspicions persistantes à l’encontre du DIP formulées durement par les signataires de la lettre? «Il y a une forte émotion que je partage. Mais dire qu’il y a une omerta institutionnelle, c’est inacceptable. Nous n’avons pas trouvé de traces écrites des faits dénoncés.» Et de s’étonner de l’envoi d’une telle missive en pleine période électorale.

Une enquête sur les dysfonctionnements anciens de l’institution reste possible, sur décision du Conseil d’État. Cette mesure permettrait de lever toute suspicion. Après des réponses évasives, la magistrate finit par lâcher furtivement: «Oui, il est possible de le faire. Nous allons y réfléchir.» (TDG)

Créé: 12.03.2018, 18h45

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Cinquante appels

Le Département de l’instruction publique (DIP) a dressé lundi un premier bilan de la ligne téléphonique mise en place en janvier. Sur cinquante appels reçus en deux mois, 21% concernent des cas d’abus sexuels, essentiellement entre élèves, 18% de harcèlement scolaire. Un seul cas d’abus sexuels commis par un professeur dans les années 80 a été dénoncé. Les faits sont prescrits. «Même si les situations remontées ne sont pas celles auxquelles on s’attendait, il est extrêmement utile que toutes les victimes puissent être entendues et orientées», exprime la cheffe du DIP, Anne Emery-Torracinta.

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