Comment une affaire de harcèlement divise le SSP

SyndicatsLa section locale planche sur une résolution soutenant un de ses anciens employés. La centrale suisse empruntée.

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Les accusations de harcèlement portées par une dizaine de femmes à l’encontre d’un syndicaliste d’Unia courant décembre provoquent des secousses au sein du… Syndicat des services publics (SSP). C’est que l’homme y a longtemps travaillé et les souvenirs qu’il y a laissés semblent suffisamment bons pour que le comité de la région genevoise décide de le soutenir et planche sur une résolution dans ce sens.

Un coup monté

Le vote a eu lieu la semaine dernière après des discussions orageuses. Les arguments clé des partisans? Les éléments révélés par la «Tribune de Genève» seraient un coup monté contre un syndicaliste connu. Pour régler d’éventuels problèmes de sexisme au SSP, une structure interne pourrait parfaitement être mise en place. La section dresse aussi le procès d’une justice du «Far West».

«Le raisonnement sous-jacent de ce torchon (ndlr: la résolution), commente une source qui n’a pas sa langue dans sa poche, c’est que lorsqu’il y a une plaignante ou deux, les dénonciatrices sont des menteuses. Quand il y en a plus, ce sont des marionnettes.»

Présente durant la discussion, la présidente de la centrale suisse du SSP, Katharina Prelicz-Huber, a mis les pieds au mur et prévenu que le communiqué serait désavoué s’il venait à sortir. «La position du syndicat suisse est claire, résume le secrétaire général Stefan Giger: nous condamnons toutes les actions portant atteinte à l’intégrité des personnes, parmi lesquelles le harcèlement. L’affaire concerne Unia, car le SSP pour sa part n’a jamais été saisi de plaintes lorsque cette personne travaillait chez nous.»

La faîtière freine

Que diable se passe-t-il donc au SSP Genève? Les intéressés se murent dans le silence: «Nous avions décidé de ne rien dire! Manifestement, il y a quelque chose qui ne joue pas», souffle Albert Anor, un des animateurs de la résolution, quand on l’appelle, avant de mettre poliment fin à la conversation.

Même la centrale suisse marche sur des œufs: «Des discussions internes sont en cours au sein de la section genevoise au sujet d’un communiqué sur les questions posées par cette affaire, reconnaît Stefan Giger. Il n’y a pas de position officielle, mais des discussions vont se poursuivre. Une assemblée extraordinaire pourrait être convoquée après les vacances de février pour savoir s’il faut se prononcer sur le cas et dans quel sens. Si les soupçons envers l’intéressé sont confirmés par l’enquête interne d’Unia qui est en cours et doit rendre ses conclusions prochainement, je vois mal le SSP prendre position contre les mesures éventuellement prises. Après tout, nous estimons depuis 1991 que les questions de harcèlement doivent être traitées sérieusement par les employeurs.»

Communiqués cryptiques

En attendant l’assemblée, les camps s’activent. Mais c’est indirectement seulement qu’on peut suivre la partie. En début de semaine, le parti SolidaritéS, qui n’avait pas pipé mot sur l’affaire depuis décembre, s’est fendu d’un soudain communiqué, intitulé: «Actes de harcèlement au sein du mouvement syndical genevois». Après un long développement, le texte prévient: «Ce n’est pas en ignorant les enjeux du sexisme, sous prétexte de ne pas décrédibiliser les organisations auxquelles nous tenons, que nous en viendrons à bout.» Un avertissement cryptique au SSP, dont SolidaritéS est proche.

Le débat fait rage aussi au sein de la faîtière des syndicats genevois, la CGAS, qui instruit une demande de prise en charge financière des frais de justice des plaignantes. Une décision est attendue ces prochaines semaines.

À tous les niveaux, la situation est compliquée. Car, d’une part, les plaignantes ne sont pas toutes des inconnues des syndicalistes et, d’autre part, l’auteur des faits contestés a lui-même des proches dans le monde syndical. Questionné sur l’attachement de la section genevoise à son ancien collègue, Stefan Giger explique qu’il a «aidé beaucoup de monde à l’époque, dont une partie se trouve aujourd’hui dans nos comités internes». Il continue: «Je ne prends pas position sur les reproches faits à notre ancien employé, mais, globalement, je comprends bien qu’on ne croie pas aux critiques touchant une personne avec laquelle on a des liens personnels.»

Même les syndicats qui ne sont pas directement concernés suivent d’un œil ce débat: «Je suis cette affaire comme les Suisses suivent les affaires genevoises», confie Denise Chervet, directrice de l’Aseb (employés de banque). C’est-à-dire, probablement, avec une sorte de stupeur.

Créé: 31.01.2020, 17h50

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