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Une autre affaire au collège empoisonne le cœur du DIP

Un cas d’abus dénoncé récemment au Collège de Saussure crée de vives tensions au sein de l’Instruction publique.

Le Collège de Saussure, déjà au centre du scandale de l’affaire Ramadan, est dans la tourmente avec un autre cas sensible.
Le Collège de Saussure, déjà au centre du scandale de l’affaire Ramadan, est dans la tourmente avec un autre cas sensible.
P Gillieron

L’affaire Tariq Ramadan n’est pas la seule à empoisonner le Département de l’instruction publique (DIP), en mode panique depuis l’accusation d’«omerta institutionnelle» portée dimanche par un groupe de personnalités genevoises (lire ci-contre). Une dénonciation récente visant un professeur, qui a été suspendu, embarrasse de plus en plus la hiérarchie. La secrétaire générale du DIP se trouve en première ligne.

L’affaire? Une ancienne élève du Collège de Saussure, qui a témoigné dans nos colonnes en décembre, affirme avoir subi un comportement inapproprié de son professeur, via des échanges de messages sur l’application WhatsApp. L’adolescente s’était confiée à son petit ami, mais pas à un répondant scolaire. L’histoire remonte à 2013, alors que la directrice du Collège de Saussure n’était autre que Marie-Claude Sawerschel, devenue depuis la secrétaire générale du DIP.

Avec le recul, la jeune femme a décidé de se confier en décembre au DIP, tout comme d’autres anciennes élèves. L’affaire a été suffisamment prise au sérieux pour qu’une procédure administrative soit lancée et le fonctionnaire suspendu. Le Conseil d’État a ouvert une enquête administrative à son encontre le 7 février, confiée à une juge du Tribunal administratif de première instance. Les premières auditions ont eu lieu la semaine passée, selon nos informations. L’avocat de l’enseignant confirme «l’existence d’une enquête administrative», sans en dire davantage.

Deux camps se font face

En plus de bouleverser tous les protagonistes, cette affaire suscite une vive émotion au sein du Collège de Saussure. Mais pas seulement. Ces révélations ont déclenché de fortes tensions au niveau de l’état-major du département. Deux camps semblent se faire face: les partisans du professeur et les défenseurs des plaignantes. Le problème semble profond, complexe et porte davantage sur une question de valeurs que sur des conflits de personnes. L’ambiance est devenue délétère, décrivent plusieurs fonctionnaires. Un incident illustre l’atmosphère de crise. À la demande de l’enquêtrice indépendante, le DIP lui a adressé une liste de noms de plaignantes et de témoins. Or, selon plusieurs sources, cette liste a été réduite, alors que les témoignages ne seraient pas hors sujet. Pourquoi cet écrémage? Sur quels critères les noms ont-ils été enlevés? Qui en a décidé ainsi? Certains se demandent quel rôle la secrétaire générale joue dans cette affaire et si le DIP peut donner toutes les garanties afin que l’enquête se déroule de manière impartiale.

Autant de questions que nous avons posées hier au DIP. Son porte-parole, Pierre-Antoine Preti, répond en rappelant la Loi sur l’instruction publique et la Loi sur le personnel de l’administration cantonale. «Lorsqu’un collaborateur de l’État enfreint ses devoirs de service ou de fonction, le Conseil d’État ordonne l’ouverture d’une enquête administrative qu’il confie à une personne qui a les compétences requises, dans la règle, un magistrat du pouvoir judiciaire.» Et d’ajouter: «Le rôle de l’enquêteur est d’établir un contexte de faits de manière indépendante et de rendre un rapport au Conseil d’État, lequel peut prononcer une sanction administrative.»

«Je suis choqué!»

Les craintes internes quant à l’indépendance de l’enquête seraient-elles donc infondées? Observateur attentif et coutumier des enquêtes administratives, Me Robert Assaël bondit à la lecture de ces éléments. «Je suis choqué! Le DIP est en conflit d’intérêts total. Il doit se retirer.» Il décrypte l’enjeu d’une telle procédure. «Certes, une enquêtrice nommée par le Conseil d’État est indépendante, mais elle se base essentiellement sur les éléments apportés par les parties, dont le DIP dans ce cas. La question centrale est de savoir quel est l’intérêt du département. Que le professeur ne soit pas sanctionné? Si c’était le cas, alors cela pourrait rejaillir sur la directrice du Collège de Saussure de l’époque, qui pilote aujourd’hui le DIP.»

Une partie a bien sûr le droit de citer les témoins qu’elle souhaite et d’écarter les moins pertinents. Attention au risque inverse: «Le DIP se doit de ne rien cacher. Il serait gravissime que l’institution n’ait pas transmis tous les témoignages à l’enquêtrice.» L’avocat parle carrément d’«une violation juridique crasse» et perçoit une certaine «opacité». Il regrette l’émergence de deux camps. «Il ne devrait n’y en avoir qu’un: celui en faveur de la manifestation de la vérité.»

Cette affaire actuelle n’est pas étrangère à la colère du groupe de personnalités genevoises ayant réclamé une enquête sur les dysfonctionnements du DIP autour de l’affaire Ramadan. L’espoir étant que les erreurs du passé ne se reproduisent plus.

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