L’aéroport de Lyon excite l’appétit de Genève

AviationUne entrée dans le capital des Aéroports de Lyon avec un consortium est à l’étude.

L'aéroport de Lyon Saint-Exupéry.

L'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Image: PATRICE BLOT

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Les grandes manœuvres ont commencé. Pour dégager des ressources, l’Etat français devrait ouvrir bientôt le capital de l’Aéroport de Lyon Saint-Exupéry à des investisseurs. Pourquoi pas nous? C’est la question que se pose le conseiller d’Etat Pierre Maudet en charge de l’Aéroport de Genève, qui sera bientôt saturé. Vendredi, la Tribune de Genève a appris que le conseiller d’Etat et le conseil d’administration de l’entreprise venaient de signer un mémorandum autorisant ce dernier à se pencher sur une entrée dans le capital de l’aéroport français. Interview.

L’Etat de Genève envisagerait d’entrer dans le capital de Lyon Saint-Exupéry. Vrai?

En partie. Vendredi matin, le conseil d’administration de Genève Aéroport a autorisé la signature d’un mémorandum pour entrer dans un consortium d’investisseurs désireux d’entrer dans le capital des Aéroports de Lyon (ADL), qui comprend l’aéroport Saint-Exupéry et celui de Bron. Baptisé Cube, il comprend notamment le groupe français BPCE (Banque populaire, caisse d’épargne) qui était à la recherche d’un partenaire ayant des compétences métier. Pour nous, ce projet s’inscrit avant tout dans une vision régionale. Mais plusieurs étapes restent à franchir: il faut faire un audit de la valeur d’ADL, participer à l’appel d’offres et le remporter. Nous ne savons encore si nous choisirons d’entrer dans le capital, ni à quelle hauteur, mais Genève et ses voisins collaborent déjà au sein de plusieurs infrastructures, comme le tunnel du Mont-Blanc, la CGN, le Ceva, alors pourquoi pas au sein d’un aéroport?

C’est une OPA ou les Français sont d’accords?

Genève Aéroport a été approché par le consortium Cube. L’Etat français devrait vendre bientôt 49,9% du capital d’Aéroports de Lyon. Cette opération nous permettrait d’approfondir les relations du Grand Genève avec le Grand Lyon. Il me semble que la proposition genevoise sera bien accueillie, notamment par les milieux politiques lyonnais: après tout, nous sommes un partenaire éprouvé. Et puis, il ne faut pas rater cette occasion unique qui nous est donnée de structurer la métropole régionale. Cette opportunité ne se représentera pas de sitôt. Il faut a minima examiner le dossier en détail.

En tant qu’investisseur, quel serait le profil de Genève Aéroport?

Nous ne sommes pas un investisseur spéculatif. Nous voulons avant tout apporter à ce consortium nos compétences d’exploitant confirmé. Nous collaborerons notamment dans la gestion du trafic hivernal, dans les relations avec les gestionnaires des espaces aériens que nous partageons. Chaque aéroport conservera sa gouvernance propre. C’est un pari sur lequel le Conseil d’Etat entend lancer le débat. En temps voulu, le Grand Conseil sera saisi d’un projet de loi afin de modifier la Loi sur l’Aéroport international de Genève. La discussion aura un aspect financier, mais sera aussi l’occasion de se positionner sur l’avenir de Genève Aéroport ou la collaboration régionale. Si Genève Aéroport ne participe pas, ce sera un autre aéroport européen, potentiellement concurrent de Genève.

Demain, Saint-Ex deviendra l’annexe de Genève Aéroport?

Ce n’est pas notre but. Nous travaillons dans une optique de collaboration, pas d’annexion. Nous sommes à un carrefour européen et, en travaillant ensemble, nous parviendrons à mieux définir quel trafic nous voulons attirer ou pas.

L’Aéroport de Genève pourrait accueillir 25 millions de passagers en 2030. Mais ce chiffre est mis en cause. Votre avis?

La concession fédérale, au bénéfice de laquelle nous exploitons l’aéroport, nous fait obligation de répondre à la demande de transport en mettant des infrastructures en face des volumes de trafic. Diverses études parviennent toutes, avec des modèles de calcul différents, à ces chiffres, que nous tenons pour fiables. Une collaboration avec Lyon nous permettrait d’anticiper les conséquences de cette hausse au lieu de la subir.

Il n’y a pas de limite à l’utilisation de Genève Aéroport?

Si, bien sûr. Nous ne pourrons jamais construire de deuxième piste, et nous n’étendrons jamais les horaires d’exploitation de la plate-forme. Mais en attendant 2030, et sans préjuger des mutations pouvant encore survenir dans l’aéronautique, nous nous devons d’optimiser l’existant. Ce n’est pas une fuite en avant vers le quantitatif. Si tel était le cas, nous accueillerions un autre opérateur à bas coût et multiplierions les vols à courte distance. Nous privilégions un développement qualitatif, avec toujours plus de vols long-courriers. C’est pour eux que nous construisons l’Aile Est. A terme, la question d’une meilleure répartition du trafic entre les aéroports régionaux (Annecy, Sion, Payerne) se posera. Mais ce n’est pas sur ces aérodromes que l’on fera atterrir de gros avions.

(TDG)

Créé: 19.06.2015, 19h22

(Image: Georges Cabrera)

Genève Aéroport bientôt saturé?

Depuis dix ans, l’Aéroport de Genève bat tous les records de croissance. Il a enregistré une hausse de 80% de ses passagers, et «de 86% de ses émissions CO2», relève l’association Noé 21 dans une étude consacrée au futur de Cointrin parue à la fin de mai dans le Matin Dimanche. Elle conteste en particulier les estimations de croissance du trafic aérien projeté pour 2030, qui font passer le nombre de passagers de 15 millions, actuellement, à 25 millions. De son côté, l’Aéroport s’en tient aux prévisions réalisées par l’entreprise Intraplan sur la base d’un mandat de l’Office fédéral de l’aviation civile. Apparemment, la hausse de la fréquentation serait absorbable sous réserves d’importants investissements chiffrés à 1,4 milliards. Et ensuite? Les autorités admettent que l’aéroport sera confronté à des limites physiques (lire ci-contre). Au parlement, les Verts ont repris la balle au bond. Ils réclament notamment au Conseil fédéral une nouvelle étude sur les perspectives de développement de l’aéroport de Genève à l’horizon 2030, comprenant divers scénarios et ont dans leur ligne de mire une réduction des investissements prévus.

En attendant, selon le rapport annuel 2014 de l’institution, l’Aéroport est une structure florissante, qui dessert 134 destinations dans le monde, les plus fréquentées étant les grandes villes européennes, notamment Londres, Paris, Amsterdam, Bruxelles, Lisbonne, et Madrid. L’an passé, il a réalisé un bénéfice de 88 millions pour un chiffre d’affaires de 404 millions.

En 2014, la plate-forme aéroportuaire fournit du travail à environ 10 000 personnes via la présence de plus de 200 entreprises. Easyjet est à l’origine d’environ 42% des vols, Swiss de 15,2%. Air France occupe la troisième position avec 4,7%. M.B.

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