«L’aéroport va être l’otage de batailles politiques»

VotationSerge Dal Busco explique pourquoi le Conseil d’État ne soutient pas l’initiative soumise au peuple le 24 novembre.

Serge Dal Busco: «Nous allons limiter les décollages de nuit, après 22 heures, qui sont dus à des retards sur l’horaire. Pour cela, nous allons introduire des quotas.»

Serge Dal Busco: «Nous allons limiter les décollages de nuit, après 22 heures, qui sont dus à des retards sur l’horaire. Pour cela, nous allons introduire des quotas.» Image: LUCIEN FORTUNATI

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L’aéroport tient le haut de l’affiche cet automne. Le 24 novembre, les Genevois sont appelés aux urnes pour trancher entre deux propositions concernant la plateforme aéroportuaire. Il y a d’abord l’initiative «Pour un pilotage démocratique de l’aéroport». Lancée par une vingtaine d’associations et de partis, elle exprime le ras-le-bol de riverains de l’aéroport et la volonté de juguler ses émissions polluantes.

La majorité de droite du Grand Conseil n’a pas voulu de l’initiative et lui a opposé un contre-projet, qui a les faveurs du Conseil d’État. Les deux textes s’en tiennent à des principes assez vagues, sans mesures très précises. Elles expriment deux visions différentes de l’avenir du trafic aérien. Responsable de tutelle de Genève Aéroport, le conseiller d’État Serge Dal Busco explique pourquoi les préférences du gouvernement vont au contre-projet.

Le Conseil d’État ne veut pas de l’initiative. Pourquoi?

Sur le fond, le Conseil d’État souscrit tout à fait aux préoccupations que traduit cette initiative. Une partie de la population subit fortement les nuisances, nous le comprenons fort bien. Mais l’initiative n’est pas la bonne solution en matière de gouvernance.

C’est-à-dire?

Actuellement, le Conseil d’État travaille avec le conseil d’administration de l’Aéroport. Nous sommes soucieux d’avoir un développement équilibré de l’aéroport qui mette l’accent sur la diminution des nuisances et une approche qualitative, plutôt que quantitative, de la desserte. C’est ainsi que nous avons conclu ce printemps une convention d’objectifs. Si l’initiative passait, la situation deviendrait beaucoup plus compliquée. Le Grand Conseil aurait la haute main sur l’aéroport et ce dernier deviendrait l’otage de batailles partisanes. Ce n’est pas souhaitable en termes de gouvernance et d’efficacité.

Pour le moment, l’efficacité s’est surtout traduite par une explosion du trafic aérien.

L’impact environnemental de l’aéroport, en termes de bruit ou d’émission de CO2, est à son pic et nous avons l’ambition de le réduire. Après avoir atteint un maximum en 2017, le niveau de bruit a baissé en 2018 et la tendance se poursuit cette année. Le Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA) impose une réduction des nuisances. Il est prévu qu’en 2030, le niveau de bruit retrouve celui du cadastre 2009, qui correspond en fait à la réalité de l’an 2000. Cela signifie que 4500 personnes vont sortir des courbes de bruit et seront moins affectées.

Pour des milliers de gens, cela ne va presque rien changer.

Il est vrai que des personnes resteront à l’intérieur de ces courbes. Je comprends qu’elles puissent en avoir assez. Mais l’aéroport a les avantages de ses inconvénients en étant proche de la ville.

Certains réclament tout de même de maîtriser sa croissance.

Nous voulons limiter les nuisances qu’il génère. Il n’y aura plus de décollages à l’horaire après 22 heures et nous voulons limiter ceux qui sont dus à des retards. Pour cela, nous admettrons une tolérance par l’introduction de quotas et, au-delà, les compagnies seront soumises à de fortes pénalités. Cette approche novatrice, nous l’avons obtenue à la suite de négociations très serrées avec l’OFAC (ndlr: Office fédéral de l’aviation civile). Pour obtenir ces avancées, il nous paraît plus opportun de laisser au Conseil d’État ces prérogatives plutôt qu’au Grand Conseil. Cette solution, préconisée par le contre-projet, nous paraît plus équilibrée.

Ce qui ne serait pas le cas avec le Grand Conseil?

Nous avons l’immodestie de penser que le Conseil d’État est mieux placé pour équilibrer les différents intérêts. Il y a bien sûr la question des nuisances. Mais il faut les mettre en perspective avec ce que la desserte de l’aéroport apporte à l’économie du canton et à la Genève internationale. Nous ne pouvons pas renoncer à cet outil fondamental. Genève, sans l’aéroport, ce serait catastrophique.

Les vols d’un week-end pour Barcelone, c’est important pour notre économie?

Le parlement fédéral va introduire des taxes et je soutiens totalement cette démarche, qui va contribuer à réduire les vols d’agrément. Avec les mesures que nous prenons contre le bruit et en faveur du renouvellement de la flotte, nous nous engageons dans un cercle vertueux qui répond aux attentes des Genevois.

Votre parti, le PDC, a pris position pour l’initiative, d’ailleurs en votre absence.

J’avais un autre engagement très important. Le comité directeur et les députés sont opposés à l’initiative, mais il est vrai que l’assemblée en a décidé autrement.

Créé: 12.10.2019, 09h19

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