L’aéroport coûte 50 millions par année en frais de santé

ImpactUne étude a mesuré l’impact du trafic aérien sur la santé des riverains. Des coûts qui vont augmenter.

La forte progression du trafic aérien inquiète les communes. Le nombre de voyageurs devrait passer de 16 à 25 millions en 2030.

La forte progression du trafic aérien inquiète les communes. Le nombre de voyageurs devrait passer de 16 à 25 millions en 2030. Image: Laurent Guiraud

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Un avion qui vous réveille et vous met les nerfs à vif, combien ça coûte? Et quelle est la facture d’un air, vicié par le kérosène, qui vous prend les bronches? Une étude répond à ces questions. Elle a mesuré l’impact sur la santé de l’aéroport, transformé en valeur monétaire. Résultat: le coût sanitaire du trafic aérien se monte à 52 millions de francs par année. Il atteindra 72 millions en 2030, à cause de l’évolution du trafic.

Cette étude est une première. Et son existence représente une victoire pour les communes proches de l’aéroport, réunies dans l’ATCR (Association transfrontalière des communes riveraines de l’aéroport). «Elle nous permettra de faire une meilleure pesée d’intérêts lors des discussions sur l’avenir de l’aéroport», commente Yvan Rochat, conseiller administratif Vert de Vernier.

Conflit d’intérêts

La forte progression du trafic aérien inquiète les communes. Le nombre de voyageurs devrait passer de 16 à 25 millions en 2030, avec davantage de vols de nuit. La Confédération utilise ces chiffres pour fixer le dimensionnement de l’aéroport dans le futur, en cours de discussion. C’est dans ce conflit d’intérêts que les communes ont réclamé cette étude sur la santé. Le Conseil d’Etat a accédé à la requête et en a financé la moitié. «Nous avons ainsi une étude partagée et non orientée», se réjouit Daniel Raphoz, le maire de Ferney-Voltaire.

On imagine qu’il n’est pas aisé de mesurer l’impact d’un aéroport sur la santé. L’étude, complexe dans sa méthodologie, a été pilotée par une équipe de l’Université de Genève et de l’association Equiterre et se déploie sur 250 pages, à consulter sur le site de l’ATCR.

Elle relève que 26 000 personnes sont aujourd’hui exposées «de manière problématique» au bruit. Ce chiffre va passer à 29 000 en 2030. Cette hausse cache des évolutions divergentes. La journée, le nombre de personnes concernées va diminuer de 18%. En revanche, le nombre de personnes perturbées durant la nuit va augmenter de 47%.

L’impact sur la santé se mesure notamment en années de vie perdues, sorte de cumul de toutes les pathologies causées par les nuisances. La pollution de l’air est ainsi responsable de la perte de 209 années de vie, sur un bassin de 300 000 personnes. A l’avenir, on passera à 381 années perdues. Pour le bruit, ces données sont moindres. La perte actuelle se monte à 28 années et passera à 34 années. Ces chiffres ne semblent guère spectaculaires. «Peut-être, mais on constate très nettement que l’accroissement du trafic va empirer les conditions sanitaires des riverains», note Yvan Rochat.

L’étude a aussi réalisé un sondage auprès des habitants, sans mentionner qu’il portait sur l’aéroport. Les riverains ne se sentent pas plus malades et n’avalent pas plus de somnifères. En revanche, ils sont plus nombreux à penser qu’ils habitent dans un endroit bruyant et pollué.

100 millions de gagnés

A l’inverse, l’étude a aussi mesuré les effets bénéfiques de l’aéroport. Elle estime que la croissance du trafic devrait faire croître le produit intérieur brut (PIB) de 0,2% par année, soit un gain annuel de 100 millions de francs.

Que dit le Conseil d’Etat de cette étude? Nous n’avons pas réussi à joindre Pierre Maudet, en charge de l’Economie. Mauro Poggia, ministre de la Santé, n’en a pas encore pris connaissance. «Cela dit, les nuisances sont une donnée connue qu’il faut prendre en compte. Nous devons réussir à ne pas affaiblir notre aéroport tout en réduisant le plus possible les impacts sur la santé des riverains.» (TDG)

Créé: 18.10.2016, 20h18

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