Adapter les devoirs pour éviter les inégalités

ÉcoleAu primaire, Neuchâtel a réduit le volume de travail à domicile. Genève teste la classe inversée et les devoirs différenciés.

«Comme démontré dans plusieurs études, l’utilité des devoirs est avérée», rapporte Pierre-Antoine Preti.

«Comme démontré dans plusieurs études, l’utilité des devoirs est avérée», rapporte Pierre-Antoine Preti. Image: ODILE MEYLAN

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Pour leur rentrée, les élèves neuchâtelois ont eu droit à une bonne nouvelle: le canton a allégé le volume de devoirs. Ceux-ci sont désormais limités à dix minutes par jour pour les enfants de 3P et de 4P (6 ans et 7 ans). La mesure a ravivé un vieux débat sur les apports pédagogiques du travail à domicile, sur leur suppression et sur leur poids dans les inégalités entre élèves. L’an passé, Vaud annonçait le lancement d’une réflexion globale sur la question des devoirs. Et à Genève?

Le sujet revient régulièrement sur le devant de la scène. Une directive fixe la durée des devoirs selon les degrés. Une demi-heure par semaine en 3P, puis une augmentation jusqu’à trois heures hebdomadaires en 8P. Pour le Département de l’instruction publique (DIP), pas question de les supprimer. En 2016, une école à Vernier a bien tenté de mettre fin aux devoirs; elle a dû les rétablir.

Car le DIP défend la pertinence du travail à domicile. «Comme démontré dans plusieurs études, l’utilité des devoirs est avérée, rapporte Pierre-Antoine Preti, porte-parole du DIP. Ils offrent à l’élève un espace d’appropriation et de consolidation des apprentissages enseignés, contribuent à lui apprendre à organiser son travail ainsi qu’à développer des capacités transversales (gestion d’une tâche, acquisition d’une méthode de travail, etc.). Si l’apprentissage devient automatique, inconscient, l’élève est davantage disponible pour des activités plus complexes. Les devoirs participent à ce processus.» Enfin, les devoirs offrent à l’enfant un feed-back sur ses apprentissages.

Le porte-parole précise encore que la question n’est pas de supprimer les devoirs mais de réfléchir au type donné pour s’assurer qu’il permette à l’élève de consolider ses acquis, «d’être mis dans une posture d’exploration».

Facteurs d’inégalités

Du côté des enseignants, les devoirs ne font pas l’unanimité. Selon Francesca Marchesini, présidente du syndicat des professeurs du primaire (SPG), «certains maîtres demandent leur suppression, d’autres les trouvent nécessaires pour l’apprentissage d’une certaine autonomie, la révision et la gestion des tâches». Elle-même se dit partagée sur la pertinence du travail à domicile. «Cela dépend des enjeux qu’on lui donne. Il peut être un outil de consolidation et un moyen de renforcer le lien entre les familles et l’école, en montrant ce qui est fait en classe. Mais les devoirs peuvent aussi devenir des facteurs creusant les inégalités entre les élèves.»

Tous les enfants, en effet, ne peuvent pas compter sur l’aide d’un parent ni ne bénéficient d’un environnement calme propice à l’apprentissage. Or, un élève qui présente déjà des difficultés à suivre en classe en aura aussi à la maison, d’autant plus s’il n’a personne pour le soutenir. C’est ce que pointe Anne Thorel Ruegsegger, secrétaire générale de la Fédération des associations de parents d’élèves de l’enseignement obligatoire (Fapeo). Elle plaide pour une «baisse drastique» des devoirs, qui induisent «des inégalités sociales et fragilisent encore plus les élèves qui ont des difficultés d’apprentissage». Elle estime également que les devoirs ne doivent pas être le seul moyen pour les parents de savoir ce que l’enfant apprend à l’école. «C’est la communication avec les enseignants qui doit faire ce lien. Il faut peut-être plus de documents, vulgarisés, expliquant les objectifs de l’année, les matières enseignées.»

Surveillés ou différenciés

Puisque le DIP veut maintenir les devoirs, comment éviter de creuser les inégalités entre élèves? La réponse du département prend la forme de devoirs surveillés. Les élèves dont les parents en font la demande peuvent bénéficier d’un espace où ils sont encadrés pour faire leurs devoirs. Ainsi, au primaire, tous les établissements organisent des devoirs surveillés, indique Pierre-Antoine Preti. «Cela permet de proposer un espace sous la supervision d’un adulte. En outre, l’accent est mis sur l’organisation du travail.»

Pour la présidente de la SPG, il faut accorder plus de moyens à l’encadrement en classe et adapter le contenu des devoirs. «Ils devraient être davantage différenciés. En fonction des difficultés identifiées par le maître et l’élève, on donnera plus d’exercices de conjugaison, de maths. Cela a plus de sens.»

Une autre voie est testée par le DIP dans certaines écoles: la classe inversée. Les notions basiques sont transmises à la maison par le biais de vidéos par exemple; les plus complexes abordées en classe. «Le numérique peut apporter une aide et une plus-value pédagogique, soutient le porte-parole. En sciences notamment, ce qui est complexe est fait en classe – avec le maître – et les activités moins poussées peuvent être réalisées à la maison.»

Créé: 04.09.2019, 06h49

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