Accusé de viol, il passe dix-neuf jours en prison pour rien

JusticeLa justice inculpe l’accusatrice et la soumet à une expertise psychiatrique

Image: Bonzon (Archives)

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L. a quitté le Brésil en 2007 pour tenter sa chance en Suisse. Quelques mois de sacrifices, pense-t-il. Histoire de mettre de l’argent de côté pour sa famille, ses deux enfants de 5 et 3?ans ainsi que pour terminer une maison depuis trop longtemps en chantier. Peu après son arrivée à Genève, le clandestin, né en 1977, déchante. Sans papiers, il vivote en aidant une paraplégique à Carouge, il travaille sur des chantiers, mange dans les cafétérias d’associations caritatives et passe ses nuits dans une cave d’immeuble dans le quartier de Vieusseux. C’est dans ce sordide sous-sol humide que survient le drame, en 2008.

Le 18 août, à 3?h?40 du matin, le clandestin a une relation sexuelle avec une femme qui l’accuse de viol. Du jour au lendemain, il se retrouve à Champ-Dollon. Près de trois semaines interminables dans une prison surpeuplée. A clamer inlassablement son innocence. «Cette femme m’accuse car elle voulait que j’évacue quelqu’un de son appartement, j’ai refusé, dira le sans-papiers. Je ne voulais pas de problèmes, car je venais d’arriver en Suisse.»

A l’issue de sa détention préventive, L. doit rester en Suisse dans l’attente de son procès: «Mes enfants m’appelaient régulièrement pour que je rentre», dit-il dans le cadre de la procédure.

Acquitté en deuxième instance en 2010, il obtient en janvier dernier 5000?francs de dédommagement de l’Etat pour détention injustifiée: «La procédure initiée à son encontre a engendré d’importantes souffrances, relève cette année la Chambre pénale d’appel et de révision. Mais il n’a pas produit de certificat médical faisant état des répercussions sur sa santé consécutives à la détention ou au sentiment d’injustice ressenti du fait de la procédure.» Las, écœuré, L. retourne dans son pays avec les poches bien moins pleines qu’il ne l’imaginait en 2007.

Pour son accusatrice, mise en prévention pour dénonciation calomnieuse, les ennuis débutent, car elle doit aujourd’hui se soumettre à une expertise psychiatrique. Un document requis le 30 avril dernier par le procureur Niki Casonato. «Cela afin de savoir si ma cliente a toute sa capacité de discernement et pour déterminer son degré de responsabilité dans cette affaire de dénonciation», confirme Me Philippe Eigenheer.

Défenseurs du clandestin brésilien, Mes?Saskia Ditisheim et Romain Jordan attendent, avec impatience, les résultats de l’expertise qui prendra plusieurs mois. «On minimise trop souvent l’impact qu’une dénonciation calomnieuse peut avoir sur un innocent. Il est nécessaire, pour la légitimité de la justice, qu’une plainte abusive expose son auteur a des poursuites pénales.» Et de relever les fortes souffrances de L.: «Certes, il a reçu une somme modeste pour son tort moral, mais les juges lui ont reproché de n’avoir pas produit une attestation médicale prouvant son traumatisme.»

Créé: 11.05.2012, 07h37

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