L'accusation contre Erwin Sperisen se fissure de toute part

Troisième procèsDeux principaux témoins à charge, enquêteurs au Guatemala, se montrent confus et ne se souviennent plus de grand chose

À la barre, l’un des témoins à charge et sa traductrice. Au fond, le premier procureur Yves Bertossa.

À la barre, l’un des témoins à charge et sa traductrice. Au fond, le premier procureur Yves Bertossa. Image: Patrick Tondeux

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Le dossier d’accusation à l’encontre d’Erwin Sperisen n’a jamais été bien solide mais mardi, après les dépositions totalement confuses de deux principaux témoins à charge, on se dit qu’elle ne tient plus qu’à un fil. Et on se demande quelle pourra bien être la teneur du réquisitoire du premier procureur Yves Bertossa. Lui sera-t-il possible, demain mercredi, de continuer à requérir la prison à vie sur des bases aussi fragiles?

Les deux hommes entendus par la Chambre pénale d’appel et de révision font partie de la CICIG, commission internationale contre l’impunité au Guatemala laquelle, plusieurs années après les faits, a enquêté sur les exécutions sommaires de trois prisonniers ayant fui une prison nommée le petit enfer, ainsi que sur l’élimination hors cadre légal de sept détenus ayant pris le pouvoir dans le pénitencier de Pavon. Ces événements ont eu lieu en 2005 et 2006.

«Devait savoir ou savait?»

Ce n’est pas la première fois que ces deux témoins font une déposition devant la justice genevoise. Ils ont déjà été entendus par le procureur Bertossa et par le Tribunal criminel en 2014. Le premier d’entre eux est inspecteur de police en Espagne. Il soutient qu’Erwin Sperisen, après son arrivée à la tête de la police nationale du Guatemala en 2004, a chargé son bras droit de constituer un groupe criminel qui s’adonnait au nettoyage social et qui avait des ramifications jusqu’au sommet de l’État. Cet escadron de la mort, selon ce témoin, s’était lui-même baptisé «les éléphants démolisseurs». Deux autres groupes du même type existaient déjà «depuis des décennies» avant l’arrivée d’Erwin Sperisen: «Nous pensons que logiquement, le bras droit d’Erwin Sperisen (Javier Figueroa) chef de ce groupe, rapportait tout à son supérieur hiérarchique.»

Pour la juge Alessandra Cambi, «toute la question est là. Bien sûr que du point de vue logique ce bras droit devait en parler à son chef. Mais avez-vous des éléments concrets qui lient M. Sperisen à ce groupe?» Le témoin: «M. Sperisen devait savoir ce qui s’y passait». La juge: «Devait savoir ou savait?» Le témoin: «Devait savoir». À noter que le fameux Javier Figueroa a été pour sa part acquitté par un tribunal autrichien.

L’inspecteur parle aussi de témoins lui ayant relaté avoir vu Erwin Sperisen dans des lieux compromettants. Avocat de la défense, Me Giorgio Campa voudrait savoir le nom de certains de ces témoins. L’inspecteur espagnol de s’en souvient plus. Il précise que d’ailleurs il ne pourrait pas les communiquer, la sécurité de ces hommes devant être protégée.

Détenus et policiers ripoux

A-t-il d’autres éléments concrets liant Erwin Sperisen aux crimes reprochés? lui demande la présidente de la Chambre d’appel. Non. La juge peine à comprendre les avantages que le prévenu aurait pu tirer de la constitution de ce groupe criminel. Des éventuels gains sur le plan financier ont-il été détectés? Non. Aucune investigation n’a été menée à ce sujet. Même un homme ayant appartenu au soi-disant escadron de la mort d’Erwin Sperisen n’a jamais fait mention d’Erwin Sperisen, admet le témoin. Les quelque 200 personnes entendues au cours de son enquête étaient des détenus, des policiers ripoux ou des policiers en service. Certains d’entre eux étaient auditionnés en prison, d’autres dans des bars, des restaurants ou encore des stations-service. L’inspecteur constate qu’à la fin de son enquête qui a duré plus de deux ans, il lui a été impossible d’établir qui a exécuté les sept prisonniers de Pavon.

Le deuxième témoin appartient, lui, à la garde civile espagnole. Les témoins qu’il a entendus l’ont été de manière «informelle». Il ne prenait pas de notes et les dirigeait vers le Ministère public s’il estimait qu’ils étaient intéressants. Devant le Tribunal criminel, il avait affirmé en 2014 que des relevés téléphoniques reliaient Erwin Sperisen aux assassins des trois détenus de la prison petit enfer. Mardi, les réponses à ce sujet étaient floues et évasives. En fait, ces relevés téléphoniques n’existent pas ou plus. Pour le reste, et malgré les questions insistantes du procureur, il ne se souvient de rien.

Le procès se poursuit avec le réquisitoire mercredi après midi du Ministère public.

Créé: 17.04.2018, 19h54

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