Elle accouche dans le taxi, plainte contre la Maternité

Naissance rocambolesqueAlors que le directeur des HUG lui envoie fleurs et mot d’excuses, le service juridique, lui, ne reconnaît aucune faute.

Carola, 33 ans, et le petit Julien dans ses bras.

Carola, 33 ans, et le petit Julien dans ses bras. Image: LAURENT GUIRAUD

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Une mère de 33 ans qui avait accouché dans un taxi après avoir été renvoyée de la Maternité (nos éditions du 26 mars 2018) a porté plainte contre les HUG pour lésions corporelles simples, voies de fait et faux dans les titres. L’accouchement rocambolesque avait eu lieu le 11 mars 2018; la plainte date du 8 juin.

Carola, la plaignante, y explique comment elle s’est rendue à la Maternité à 4 h 30 du matin en signalant qu’elle souffrait de contractions et de douleurs «insoutenables», et comment elle a été renvoyée chez elle malgré une perte de sang. Une infirmière et une sage-femme l’assuraient qu’elle n’allait pas accoucher avant une semaine. Mais cette mère qui avait déjà donné naissance à deux garçons sentait bien que c’était imminent.

Elle avait raison. Deux ou trois heures après son retour à la maison, elle s’est retrouvée «hurlant de douleur» après avoir perdu le liquide amniotique. Elle a pris un taxi avec ses deux fils adolescents pour retourner à la Maternité. Elle n’a pas eu le temps d’y parvenir. À 11 h 50, le petit Julien est né dans le taxi.

Selon la jeune femme, la prise en charge aux HUG a été catastrophique. Une soignante a tiré le nouveau-né vers elle sans remarquer qu’il était toujours attaché au cordon ombilical, causant à cette mère des souffrances supplémentaires. L’expulsion du placenta a été un cauchemar. Son stress, sa douleur, sa détresse n’ont, selon ses dires, jamais été pris en compte.

Le directeur se dit «navré»

Plus grave encore, le rapport de consultation des HUG du 11 mars 2018 ne serait pas correct puisqu’il ne mentionne pas la perte de sang. Carola a demandé que le document soit modifié, ce qui a été refusé par les HUG. D’où la plainte pour faux dans les titres. Le plus étrange dans cette affaire est que le directeur général des Hôpitaux universitaires, Bertrand Levrat, a envoyé un mot d’excuses à Carola et un beau bouquet après avoir lu ses déboires dans la «Tribune de Genève».

«Chère Madame, lui écrit-il, en premier lieu, je tiens à vous présenter mes excuses au nom des HUG pour la mésaventure que vous relatez dans la presse aujourd’hui. Je suis navré que votre accouchement se soit passé dans ces conditions et vous adresse, ainsi qu’à Julien, mes meilleurs vœux de santé pour la suite…»

Mais le directeur des affaires juridiques de l’Hôpital a fait savoir le 30 mai 2018 que les HUG refusaient de modifier le rapport de consultation du 11 mars et n’entraient pas en matière sur une solution à l’amiable.

Depuis ces événements, Carola consulte une psychologue deux fois par semaine. Cette dernière fait état d’un stress post-traumatique «sévère», qui s’exprime par un état d’alerte et d’insécurité perpétuel, un trouble anxieux, un trouble du sommeil et bien d’autres symptômes. «Les HUG devront reconnaître leur comportement fautif et leur responsabilité dans cet état de stress post-traumatique sévère dont souffre ma cliente, réagit son avocate, Me Saskia Ditisheim. On ne peut que s’étonner de l’inadéquation dont ont fait preuve certains membres du personnel de la Maternité. J’attends d’eux une remise en question pour que ce genre d’événement ne se reproduise plus et pour que les femmes accouchant aux HUG puissent avoir confiance au cours d’un des moments les plus cruciaux de leur vie!»

Ce n’est pas de leur faute

Les HUG indiquent qu’ils n’ont encore reçu aucune communication officielle au sujet de la plainte. Selon eux, «il n’y a pas eu d’erreur commise. La patiente n’était pas en travail et son terme n’était pas atteint, le retour à domicile s’est fait avec son accord». Ils ajoutent qu’«un suivi particulier a été donné à cette patiente et l’équipe médicale lui a offert de s’entretenir avec elle à plusieurs reprises».

Par ailleurs, «l’absence de responsabilité institutionnelle n’a empêché ni les équipes ni le directeur général d’exprimer leur sympathie et leurs regrets pour les circonstances de l’accouchement. Le bouquet de fleurs et un mot manuscrit personnel du directeur général illustrent l’expression d’une empathie humaine. Nous aurions tous évidemment préféré que les circonstances de la naissance soient différentes.» Mais pour l’Hôpital, ces circonstances sont dues «à un ensemble de facteurs» et «ne résultent pas d’une erreur des HUG». (TDG)

Créé: 10.08.2018, 17h48

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