À Vésenaz, l’État démolit contre l’avis des experts

Immobilier La Commission des monuments et des sites défend le maintien de la maison Decroux. En vain.

La maison Decroux, construite en 1870, borde de près la route 
de Thonon. Elle devrait être détruite.

La maison Decroux, construite en 1870, borde de près la route de Thonon. Elle devrait être détruite. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Depuis cent cinquante ans, la maison Decroux surplombe la route de Thonon, juste avant d’arriver à Vésenaz, sur la droite en montant depuis la ville. On ne la voit guère, cachée qu’elle est par une forte végétation. On ne la verra bientôt plus. L’État a autorisé sa démolition, une décision que la justice vient de confirmer, comme on peut le lire dans son arrêt rendu au début d’avril.

Fallait-il conserver cette vieille demeure? C’est l’avis de la Commission des monuments, de la nature et des sites, la puissante CMNS, appuyée par la conservatrice cantonale.

Construite en 1870, la maison Decroux n’a pas laissé de trace de son concepteur. En revanche, l’architecte Alphonse Perret y a ajouté des bow-windows en 1905. Dans les années 70, on y a réalisé des travaux sans trop de scrupules pour ses décors et la partition de ses pièces, ce qui l’a dénaturée.

La CMNS lui a toutefois trouvé des qualités, liées à sa substance mais aussi à son emplacement, marquant la limite de la densification du Vieux-Vésenaz.

L’État s’est dit «peu convaincu» par ces arguments. D’ailleurs, l’architecte cantonal, après une visite sur place, a considéré sa valeur comme «mineure». En avril 2017, le Département du territoire a donc autorisé la démolition, tous les autres préavis étant favorables, y compris celui de la Commune de Collonge-Bellerive.

Il faut préciser que ce bien immobilier appartient à l’État, qui y logeait une association de réinsertion d’anciens détenus. Il pense le remettre à un promoteur dans le cadre d’un échange de terrain. Un projet d’immeuble est en cours. La CMNS a d’ailleurs demandé qu’il soit redimensionné afin qu’il soit à l’échelle des bâtiments voisins.

L’autorisation de démolir a été attaquée par un voisin, qui ne souhaitait pas subir les nuisances des travaux. Saisi, le Tribunal administratif de première instance a auditionné un membre de la CMNS. Qui s’est montré plus que nuancé. La maison, a-t-il dit, n’est plus habitable étant donné sa forte proximité avec la route. Une mise à l’inventaire lui paraissait mal aisée. C’est surtout la dépendance qui présente une certaine valeur, mais elle est située sur une autre parcelle. Le TAPI a rejeté le recours.

Le voisin a attaqué cette décision au motif qu’elle violait l’article 106 de la loi sur les constructions concernant les villages protégés. Là encore sans succès puisque la Cour de justice a confirmé l’arrêt de première instance.

Selon elle, et quand bien même la demeure présente un intérêt, celui-ci doit être relativisé. Car c’est, selon elle, à l’aune de l’article 106 que la cause doit être jugée. Or, le voisinage immédiat de la bâtisse comprend des immeubles «résolument modernes très éloignés des exigences fixées par la CMNS».

En clair, le caractère de village protégé ayant été altéré, le Département pouvait se distancier du préavis de la CMNS. La Cour a donc rejeté elle aussi le recours, laissant la voie libre à la démolition. Très surpris par l’argumentaire de la justice, l’avocat du recourant annonce que l’affaire sera portée devant le Tribunal fédéral.

Créé: 08.05.2019, 19h22

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