À quand un «Me Too… At Home»?

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Le mouvement «Me Too» a mis au centre des préoccupations sociales la question de la violence sexuelle et du harcèlement à l’encontre des femmes. Il a aussi libéré la parole pour de nombreuses femmes. En cela, ses conséquences seront sans doute durables. Cependant, pour notre association, qui combat depuis plus de quarante ans la violence conjugale, les effets tangibles de «Me Too» se sont révélés quasiment inexistants. Pourquoi?

Il faut clouer une fois pour toutes au pilori le scandale de la violence dans les couples

Bien qu’elle ait de plus en plus souvent droit de cité, bien qu’elle fasse l’objet d’interventions plus conséquentes de la part de la police ou de la justice, bien qu’elle soit reconnue par des conventions internationales, comme celle du Conseil de l’Europe dite d’Istanbul, la violence conjugale demeure souvent cachée. Ou plus exactement inavouée, voire inavouable. En effet, les relations au sein d’un couple sont complexes. Même maltraitée, la femme reste souvent attachée à son partenaire, quand elle n’en est pas dépendante économiquement. Et puis la violence sexuelle, comme la violence physique, n’est en général que la dernière étape d’un processus qui s’installe sournoisement et qu’on aurait pourtant avantage à identifier avant qu’il ne dégénère.

Car il faut le rappeler ici: en Suisse, deux femmes en moyenne meurent chaque mois sous les coups de leur conjoint ou partenaire. Or, ces meurtres – que malheureusement on n’identifie pas toujours comme les ultimes conséquences d’une escalade – auraient des chances d’être évités si l’on était attentif aux étapes du cycle de la violence en couple. Les coups, la contrainte sexuelle et le viol, voire le meurtre, sont le plus souvent l’aboutissement de violences psychologiques – la victime est injuriée, humiliée, menacée, isolée – de violences économiques, physiques ou sexuelles moins «définitives».

Certes, les victimes des violences dans le couple peuvent aussi être de sexe masculin. Selon l’Office fédéral de la statistique, les hommes représentent le 24% des personnes lésées par la violence entre partenaires. Il s’agit dans leur cas avant tout de violences psychologiques. Mais si l’on considère les violences graves au sens du Code pénal, les chiffres se passent de commentaires: 84,6% des homicides, 67,5% des tentatives d’homicides, 84% des constats de lésions corporelles graves, 95% des plaintes pour violences sexuelles, concernent des femmes.

Le mouvement «Me Too», on l’ignore généralement, est né il y a douze ans déjà à New York, lancé par la militante Tarana Burke. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’il a pris l’ampleur que l’on sait, à la suite de l’affaire Weinstein. Alors, on se dit que l’espoir n’est pas perdu de voir naître un jour un «Me Too… At home». Un vaste mouvement d’opinion qui clouerait une fois pour toutes au pilori le scandale de la violence dans les couples. Un scandale dont aujourd’hui encore une femme sur cinq est victime chez nous au cours de son existence.

(TDG)

Créé: 09.01.2019, 18h23

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