À peine née, Minds crée la polémique

Débat Tous saluent la volonté de favoriser la promotion de la santé mentale à Genève. Mais la création de cette association divise.

Le conseiller d’État en charge du Département de l’emploi et de la santé, Mauro Poggia.

Le conseiller d’État en charge du Département de l’emploi et de la santé, Mauro Poggia. Image: PIERRE ALBOUY

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Favoriser la promotion de la santé mentale à Genève: telle est la mission de la toute nouvelle association Minds. «La santé mentale était jusqu’ici abordée par des associations qui prennent en charge les personnes qui l’ont perdue. Minds a précisément pour but de créer une plateforme de réflexion et d’action en faveur de la prévention, que les autres acteurs du secteur n’offrent pas, ou offrent imparfaitement», motive le conseiller d’État en charge du Département de l’emploi et de la santé (DES), Mauro Poggia, impliqué dans cette nouveauté.

«Une personne sur deux»

«Le domaine de la santé mentale est toujours très axé sur la maladie. On ne pense pas assez que chacun peut entretenir et préserver sa propre santé mentale, comme on se soucie de sa forme physique, par exemple. Par ailleurs, on peut tous avoir des épisodes de souffrance psychique dans sa vie. Cela touche une personne sur deux», observe Anne-Marie Trabichet, conseillère en santé publique au Service du médecin cantonal. Elle quittera ce poste à la fin de juin pour prendre les commandes de l’association naissante, constituée d’un comité de quatre personnes issues d’horizons divers. «Nous voulons changer les mentalités. Initier une information grand public positive, déculpabilisante et non-stigmatisante sur la santé mentale et la souffrance psychique figurera ainsi parmi nos priorités», annonce la future directrice.

Noble ambition. Or à peine officialisée, Minds suscite déjà son lot de critiques. Et pas seulement à cause de son nom anglophone qui irrite certains. Des acteurs du secteur se disent frustrés et mal récompensés de la longue réflexion qu’ils ont menée, dès 2013, au sein d’un groupe de travail formé pour définir les lignes directrices de la santé mentale. «Nous nous sentons floués, explique un professionnel sous le couvert de l’anonymat. Mauro Poggia a profité de notre labeur pour créer Minds et mettre à sa tête une ancienne cadre de l’État. Après nos fructueux échanges, tout s’est déroulé en système clos, sans appel d’offres. Avec une belle subvention publique en prime au moment où les associations tirent de plus en plus la langue au niveau financier!» Ambiance. La subvention en question s’élève à 120 000 francs par an, précise Laurent Paoliello, porte-parole du DES. Jean-Dominique Michel, secrétaire général de l’association romande Pro Mente Sana, qui a participé à la réflexion, condamne «une méthode peu motivante pour le monde associatif. Les conditions de la création de Minds posent de sérieuses questions d’éthique et de bonne gouvernance, notamment en termes de conflit d’intérêts, de confusion des rôles, de transparence et de favoritisme. Invraisemblable que la direction soit réservée à la fonctionnaire qui a créé cette association et choisi les membres du comité qui allaient l’engager! En trente ans de métier, c’est la première fois que je vois l’État susciter la création d’une association privée, dotée d’emblée d’une subvention importante, pour assumer des tâches d’utilité publique.»

Combler un vide

«Je regrette ces critiques qui restent cependant minoritaires, réagit Anne-Marie Trabichet. Notre but n’est pas de prendre la place de qui que ce soit. Il existe déjà un tas de choses essentielles dans le secteur, qui bénéficient aussi du soutien de l’État. Nous voulons être complémentaires et valoriser l’existant. Il ne faut pas imaginer des luttes les uns contre les autres, mais au contraire s’appuyer sur nos expertises respectives pour renforcer les synergies et augmenter les possibilités du réseau.»

«Minds offre plus de flexibilité que l’instauration d’un nouveau poste à l’État. Si on n’obtient pas de résultats, on pourra plus facilement tirer la prise. Cette façon de faire s’inscrit dans la mouvance actuelle», vantent des défenseurs de la toute fraîche association. D’une manière générale, ils constatent un vrai manque dans la promotion de la santé mentale à Genève. «Je suggère aux personnes qui contestent le rôle de catalyseur joué par la Direction générale de la santé dans la constitution de Minds de voir plutôt le côté positif de l’arrivée de ce nouvel acteur, qui comble un vide reconnu, et de contribuer à la réussite de ses actions en s’y associant», encourage Mauro Poggia. «Il faut reconnaître au patron du DES d’avoir relancé un projet de politique cantonale de promotion de la santé là où son prédécesseur avait laissé un vrai champ de ruines», acquiesce Jean-Dominique Michel. L’affaire n’est pas terminée pour autant: la Cour des comptes a été saisie par un lanceur d’alerte anonyme. (TDG)

Créé: 28.06.2018, 18h08

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