À la Praille, le logement social qui fait jaser

Fact checking«62% de logements sociaux à la Praille, c’est trop», disent les opposants à la loi PAV soumise au vote dimanche. Qu'en est-il vraiment?

Image: Lucien Fortunati

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Dimanche, les Genevois votent sur le PAV, le secteur Praille-Acacias-Vernets. Les opposants font campagne en brandissant le nombre de logements qu’il est prévu de réaliser. «62% de logements sociaux, c’est trop, disent-ils. La classe moyenne est spoliée.» Ce qui laisse entendre qu’on n’y logera que des pauvres. Il convient de revenir sur ces chiffres et ce vocabulaire.

La loi soumise au vote ne parle pas de logements sociaux, mais de logements d’utilité publique (LUP). Ce terme a fait son apparition dans la législation en 2007 et reste ambigu. Un LUP est défini de trois manières: le taux d’effort du locataire (le loyer par rapport au revenu) est contrôlé; le taux d’occupation aussi; enfin, un LUP appartient à un propriétaire sans but lucratif. Mais rien n’est dit sur le niveau des loyers. Dans les faits, les LUP sont soit des HBM (habitations bon marché), soit des HM (habitations mixtes).

Au PAV, il y aura 24% de HBM. Celles-ci sont destinées aux plus bas revenus. Pour obtenir un cinq-pièces, une famille (deux adultes et deux enfants) ne doit pas gagner plus de 102 500 francs par an, selon des chiffres fournis par l’Office cantonal du logement. Et elle devra le quitter si elle gagne plus de 174 000 francs par la suite.

Le reste des LUP sera des HM, soit 38%. Ici, deux catégories de locataires se répartissent ces HM de manière plus ou moins égale. Pour accéder à la première, la même famille ne doit pas gagner plus de 133 000 francs annuels. On ne lui impose en revanche aucune limite de revenu par la suite.

Dans la deuxième catégorie, la famille peut accéder au logement avec un revenu de… 248 000 francs! Et là encore, sans limite de revenu par la suite. Dans ce cas, elle n’est pas subventionnée.

Ce chiffre surprend. Et notamment Christophe Aumeunier, de la Chambre genevoise immobilière. «Mes calculs, fondés sur les directives de l’État, me donnent un chiffre de 125 714 francs. Ont-ils introduit des nouveautés inconnues des professionnels de l’immobilier à ce jour? Je ne le sais pas.»

L’Office du logement confirme le montant de 248 00 francs, en spécifiant qu’il s’agit d’un maximum. «Mais quoi qu’il en soit, les revenus d’entrée dans cette catégorie de HM sont importants et peuvent effectivement dépasser les 200 000 francs», assure sa directrice, Marie-Christine Dulon.

Outre ces 62% de LUP, il y aura 26% d’appartements en loyer libre et 12% d’appartements à vendre (PPE) sur des droits de superficie. Mais attention. Ces proportions ne s’appliquent qu’aux terrains appartenant à l’État en zone de développement, soit 88% de cette zone.

La marge de manœuvre sera plus grande pour les privés ainsi que dans le secteur de l’Étoile. Les propriétaires pourront y créer davantage de PPE et d’appartements en loyer libre, ce qui, globalement, devrait réduire la part de LUP. Dans quelle mesure? Impossible de le savoir avec exactitude. L’État a calculé des potentiels maximaux dont la faisabilité est contestée par les opposants à la loi. (TDG)

Créé: 06.06.2018, 19h50

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