À Thonon, entre plage et châteaux

Les villes du Léman Express (1/5)Touristique mais pas trop, méconnu de nombreux Genevois, le chef-lieu du Chablais français vaut une visite patrimoniale et balnéaire.

Le château de Ripaille est sans conteste le monument le plus notable de Thonon.

Le château de Ripaille est sans conteste le monument le plus notable de Thonon. Image: Lucien Fortunati

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Les Genevois connaissent-ils Thonon, leur presque voisine? Demandez autour de vous. Pour bien des habitants du bout du lac, la capitale du Chablais français se résume à un contournement sur le chemin des stations alpines. Au portail du domaine de Ripaille, l’hôtesse confirme: «On a beaucoup de Suisses venus par bateau de Lausanne, mais pas tellement de Genevois.»

C’est un tort que redressera peut-être dès décembre le Léman Express avec ses trains directs. Un changement que les Thononais anticipent. «Ça sera un plus, les routes vers Genève sont si encombrées», juge Guy, un «Chablaisien pur sucre» selon ses termes, attablé au Bar des Courriers. Ne craint-il pas un envol des prix, notamment pour le logement? «C’est déjà cher. La proximité de la Suisse fait que ça construit beaucoup!» «C’est horrible, ils entassent les constructions les unes sur les autres, poursuit Alain, à la table voisine. Et pourtant, il y a peu d’offre. On trouve facilement un boulot, mais pour se loger, c’est difficile.» L’arrivée imminente du Léman Express fait-elle déjà grimper les prix? On pose la question dans une agence immobilière, à une centaine de mètres de là. «Pas encore, répond l’agent entre deux téléphones. Les gens attendent de les voir rouler, ces trains. Mais il y aura un impact, c’est sûr.»

Arrivé par le train, pas vraiment aguiché par les villas et immeubles tristounets aperçus au bord des voies, on rejoint très vite de la gare le centre historique, qui ne manque pas de charme. D’abord, il fait bon y flâner car en matière de piétonnisation, Thonon a quelques millénaires d’avance sur Genève. Quelques arcades nous font de l’œil: il y a matière à faire un peu de shopping mais de façon générale, à moins d’un coup de chance, il ne faut pas s’attendre à des prix massacrés en comparaison avec ceux qu’on trouve dans les échoppes genevoises.

Cachet sans chichi

Et qu’en est-il du contenant? On ne tombe pas sur le Parthénon à tous les coins de rue et le centre tend à multiplier les édifices pseudo-pittoresques à toits pentus des années 1980. Mais on croise tout de même, aux abords de la Grande-Rue, des curiosités. Il y a cette jolie façade d’une demeure patricienne sur la rue Chante-Coq, laquelle vous mène au couvent de la Visitation dont la chapelle abrite un Centre d’art contemporain. Tout près, deux sanctuaires forment un couple étrange. Néogothique, la basilique Saint-François-de-Sales s’imbrique en biais dans son aînée, l’église Saint-Hippolyte, à l’étonnant plafond baroque. Sa crypte, du XIIe siècle, semble belle mais était inaccessible lors de notre visite.

D’autres belles demeures jouxtent l’Hôtel de Ville qui surplombe le lac. L’une abrite le Musée du Chablais (avec notamment une exposition sur la contrebande). On rejoint la berge par un parc qui dévale sous les remparts (on prendra le funiculaire pour remonter: aller simple à 1 euro 10). Le hameau portuaire a beaucoup de cachet. Il jouxte le secteur le plus touristique de la ville, avec ses restaurants aux grandes terrasses. Détonnant dans ce cadre, le très décrépi hôtel Belle Rive est ceinturé de palissades et couvert de graffitis. Ce paquebot naufragé est apparemment squatté. Mais c’est aussi ce qu’on peut aimer à Thonon: bien que station thermale et touristique, la ville n’en a pas l’aspect ripoliné et factice.

Une ville d’eau

En longeant la rive vers l’est, on rejoint rapidement la plage municipale, vaste pinède qui propose plusieurs piscines, dont un bassin olympique et un toboggan (avec tunnel) d’une centaine de mètres et bien sûr des accès au lac, par des gradins ou des échelles (entrée à 4,5 euros).

D’autres possibilités aquatiques s’offrent au visiteur. Il y a le centre thermal qui exploite des eaux de source dans la ville haute (à 900 mètres de la gare, entrée à 19 euros). Ou alors, et c’est gratuit, la très longue plage de galets qui fait suite aux piscines municipales et qui se faufile entre le lac et l’interminable muraille du domaine de Ripaille. On peut s’y offrir une très longue promenade (ponctuée d’une baignade gratuite) à condition de ne pas craindre de croiser un coin naturiste. Les plus courageux pousseront jusqu’à la réserve naturelle de l’embouchure de la Dranse.

Créé: 15.07.2019, 08h02

Trésor d’architecture et de nature

Juste au-dessus de la piscine, un chemin mène au monument le plus remarquable de Thonon. Caractérisé par ses quatre tours latérales (rescapées parmi les sept qui existaient à l’origine), le château de Ripaille a été voulu par un homme qui a pesé lourd dans l’histoire genevoise. Amédée VIII de Savoie, comte devenu duc, s’y retire en 1434 pour y fonder un ordre religieux après avoir perdu sa femme et fait bâtir l’édifice actuel. Troquant le mysticisme contre le pouvoir qu’il laisse à son fils, il n’en sera toutefois pas longtemps dégoûté puisque, cinq ans plus tard, il est nommé rien moins que pape. Abandonnant plus tard le pontificat, il finira sa vie prince-évêque de Genève, assurant que ce titre reste à jamais dans la zone d’influence de sa famille. C’est ainsi que la cité du bout du lac constituera jusqu’à la Réforme, durant un siècle, une sorte de protectorat savoyard.
La saga princière de la dynastie savoyarde est narrée dans une des salles du château. Mais l’intérieur du bâtiment vaut la visite pour un autre motif: le curieux télescopage temporel qu’il présente. Le domaine a en effet été racheté en 1892 par un riche couple d’industriels alsaciens, Frédéric et Valentine Engel-Gros, qui y a entrepris une rénovation au goût du jour. Les murailles médiévales abritent ainsi un étonnant décor de style Art nouveau, témoin du luxe dont s’entourait alors la très grande bourgeoisie. On notera l’immensité des salles de bains séparées dont les maîtres de maison s’étaient dotés. Ne ratez pas la sortie par les douves couvertes de végétation.
Les amateurs de chlorophylle pousseront la visite plus loin, en rejoignant l’accès (gardé mais gratuit) à l’immense domaine muré de Ripaille, un lieu qui se veut essentiellement contemplatif (jogging et fumée y sont par exemple interdits). Entre prairies et forêts, on peut y prendre un long bain de verdure et gazouillis, au bénéfice d’une sérénité presque absolue (lors de notre visite, on y a croisé une seule personne en une heure). Un belvédère au fond du parc offre un point de vue sur le Léman. L’arboretum du site propose un cours de rattrapage intensif aux cancres en botanique. M.M.

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