À Genève, les délits de fuite se comptent par centaines

CirculationDeux chauffards ont fui après avoir provoqué de violents accidents ce week-end. L’un d’eux est toujours recherché.

Terreur sur le pont de la Coulouvrenière, samedi soir, ponctuée par un délit de fuite. La police en a recensé plus de 1100 sur 3728 accidents en 2017.

Terreur sur le pont de la Coulouvrenière, samedi soir, ponctuée par un délit de fuite. La police en a recensé plus de 1100 sur 3728 accidents en 2017. Image: MAGALI GIRARDIN

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Genève s’est réveillée avec les stigmates d’un week-end agité sur ses routes. Il y a d’abord eu cette Porsche folle, samedi à 20 h 30, entre le pont de la Coulouvrenière et Plainpalais. Un scooter et une voiture percutés, le bolide dans le décor et un homme qui s’échappe de l’habitacle. Rattrapé, il a été entendu par la police puis a été mis à disposition du procureur. De nombreuses violations graves de la Loi sur la circulation routière (LCR) ainsi que la mise en danger des usagers de la route lui sont reprochées.


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La nuit n’est pas terminée qu’une nouvelle embardée a lieu. Il est 5 h 30 dimanche matin. Poursuivant la fête entamée lors d’un mariage en France voisine, le conducteur d’une Audi RS 3 de location brûle un feu rouge au boulevard Helvétique, percute une voiture, accélère et détruit six véhicules stationnés sur le côté. Les blessés se comptent ici au nombre de cinq, aucun ne se trouve dans un état grave. L’automobiliste n’a pas encore été interpellé, informe le Ministère public.

Taux de fuite: 36%

Outre le fait d’avoir causé d’importants dégâts et des blessures, les deux conducteurs ont eu une attitude similaire: ils ont fui. Si les deux délits de fuite du week-end ont choqué et fait grand bruit, déguerpir après un accident est une pratique toujours plus courante à Genève. Les statistiques (voir ci-dessous) révèlent un phénomène massif et croissant: rien qu’en 2017, la police a enregistré 1185 délits de fuite (tous véhicules confondus). Soit plus de trois par jour. Ramené au nombre total d’accidents de la circulation dans notre canton – 3278 en 2017 – le taux de fuite atteint 36%. Un chiffre considérable. «De nombreux cas concernent des accrochages sans gravité dans les parkings, précise Chloé Dethurens, porte-parole de la police cantonale. D’ailleurs, certains automobilistes ne se rendent pas compte du dommage qu’ils ont causé.»

Le professeur de droit et avocat Yvan Jeanneret a réalisé sa thèse précisément sur le délit de fuite. D’emblée, il décrit les réalités très différentes qui entrent dans cette catégorie. «Le délit de fuite, au sens commun du terme, recouvre généralement une violation des devoirs en cas d’accident. Dans la majorité des cas, des dégâts matériels ont été provoqués et donnent lieu à une contravention qui peut grimper jusqu’à 10 000 francs. C’est seulement lorsqu’il y a des blessés ou des morts que la fuite des conducteurs impliqués devient un délit de fuite au sens juridique du terme.»

Dans tous les cas, la Loi sur la circulation routière contraint chaque conducteur à s’arrêter en cas d’accident. Si des dommages matériels ont été provoqués, il doit immédiatement avertir le lésé ou la police – «la carte de visite laissée sur le pare-brise ne suffit pas!» rappelle Me Yvan Jeanneret. Si l’accrochage fait des blessés ou des morts, les personnes impliquées doivent immédiatement avertir la police. S’y soustraire peut conduire les juges à infliger une peine privative de liberté de trois ans au plus et l’autorité administrative à prononcer un retrait du permis de conduire de trois mois au moins.

Le portrait-robot du fuyard

Au-delà de la touchette dans un parking, que se passe-t-il dans le cerveau de celui qui s’enfuit? «La peur, la panique, le stress», énumère le professeur Yvan Jeanneret. «Les cas les plus fréquents concernent des personnes en état d’ébriété ou ayant consommé des stupéfiants», ajoute le spécialiste de la LCR. En l’occurrence, le conducteur aggrave son cas. «En agissant de la sorte, il se rend coupable de dérobade, à savoir qu’il s’est soustrait aux mesures visant à déterminer son incapacité de conduire.»

Les récents auteurs de délits de fuite confirment les observations du professeur de droit. Ajoutons à leur portrait-robot qu’ils sont de sexe masculin, jeunes et avec une nette préférence pour les voitures puissantes.

L’histoire récente met en lumière une autre réalité: celui qui fuit fait rarement florès. Le taux d’élucidation des enquêtes qui sont confiées au Groupe technique de recherche de véhicules de la police atteint 90%.


Ces fuyards qui ont défrayé la chronique

La route genevoise recèle de délits de fuite. Il y a les milliers de petits accrochages au quotidien que les auteurs ont décidé de ne pas affronter. Mais lorsque l’accident cause de graves blessures ou la mort, l’évasion prend une dimension autrement plus grave. Elle remet en question la notion de responsabilité.

À l’automne 2015, il est tôt un samedi matin quand un automobiliste percute un cycliste sur la route du Pont-Butin. La victime est projetée à sept mètres de l’impact et meurt sur le coup. Le volant se trouvait entre les mains d’un jeune de 26 ans, ivre. En mai, il a été condamné à trois ans de prison, dont six mois ferme. Il n’est pas seul, puisque ses trois passagers ont également été condamnés pour violations des obligations en cas d’accident. Même s’ils n’avaient aucun contrôle sur la voiture, ils auraient dû appeler la police immédiatement.

Autre drame dans les mémoires, le rodéo des Charmilles a coûté la vie à un père de famille, fauché par une voiture en 2013. Dans cette affaire, un autre conducteur participant au rodéo et son passager ont dû répondre de leur fuite. Tous deux ont assisté à la scène avant de quitter les lieux. Pour cela, l’omission de porter secours a été retenue contre eux.

Que dire des quatre jeunes Russes pleins aux as et de leur virée au volant de bolides de luxe à Bellevue en 2009? Après un choc avec une voiture venant de face (son conducteur sera grièvement blessé), seul un chauffard reste sur place, blessé. Les autres sont bien revenus sur les lieux de l’accident, mais très brièvement, avant de s’envoler à bord d’un jet privé vers une destination éloignée de la justice genevoise. L.D.S.

(TDG)

Créé: 23.10.2018, 07h13

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