À Genève, le scrutin est plus ouvert que jamais

Élections fédéralesVoici les quatre raisons qui font que, dans le canton, un vent nouveau soufflera sur le renouvellement, le 20 octobre, de l’Assemblée fédérale.

Les Genevois désigneront le 20 octobre leurs douze conseillers nationaux. Le jeu est particulièrement ouvert car le canton a un siège de plus qu'en 2015 et peu de sortants se représentent.

Les Genevois désigneront le 20 octobre leurs douze conseillers nationaux. Le jeu est particulièrement ouvert car le canton a un siège de plus qu'en 2015 et peu de sortants se représentent. Image: Keystone

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Championne de la stabilité politique, la Suisse n’est pas réputée pour ses résultats ébouriffants au soir des élections. Le suspense est pourtant un peu plus grand à Genève concernant le scrutin fédéral qui se déroulera le 20 octobre (élection du Conseil national et 1er tour pour le Conseil des États), puis le 10 novembre (second tour pour les États). Car plusieurs facteurs pourraient modifier la donne par rapport à 2015.

1. Ceux qui partent créent un appel d’air

Le premier élément est l’ampleur du renouvellement des élus genevois à Berne. Il y a bien sûr les retraits des deux conseillers aux États sortants, Liliane Maury Pasquier et Robert Cramer (tous deux de gauche), mais aussi les départs de cinq élus genevois sur onze au National: Manuel Tornare et Carlo Sommaruga (PS), Guillaume Barazzone (PDC), Hugues Hiltpold et Benoît Genecand (PLR). Les sortants partant habituellement avec un avantage sur les nouveaux, ce coup de sac ouvre largement le jeu. Reste à déterminer au profit de qui. Sur la ligne de départ, 193 candidats sont prêts à bondir: ils sont 176 à briguer un siège au National, répartis sur 28 listes, et 15 aux États (10 listes).

2. Le siège de toutes les convoitises

Pour corser les prédictions, Genève a hérité d’un siège supplémentaire au Conseil national en raison de sa croissance démographique. Ce douzième siège change la proportion de suffrages à obtenir pour en conquérir un: en 2015, nous avions un total de 1'125'792 suffrages. Divisé par le nombre de sièges + 1 (11+1). Nous obtenons 93'817, soit le 8,33 % des suffrages. En 2019, le même total des suffrages divisé par le nombre de sièges + 1 (12+1) donne 86'600, soit le 7,69 % des suffrages. Actuellement, les onze sièges sont occupés par trois socialistes et trois PLR, une Verte, un PDC, un MCG et deux UDC.

+4%, c'est la progression de suffrage des Verts obtenus le 15 avril 2018 lors de l'élection du Grand Conseil genevois. Le parti est alors devenu le troisième parti du parlement derrière le PLR et le PS.

Dernière consultation pouvant donner des indications sur l’évolution de la cote d’amour des partis, l’élection du Grand Conseil a donné les résultats suivants: Ensemble à Gauche 7,83% (-0,92%), Verts 13,6% (+4%), PS 15,3% (+ 0,97%), PLR 25,18% (+2,8%), PDC 10,71% (+ 0,11%), UDC 7,32% (-3,02%), MCG 9,43% (-9,8%), Genève en marche 4,10%, PBD 0,52%.

Le siège supplémentaire pourrait donc revenir aux Verts ou à Ensemble à Gauche, les premiers parce qu’ils ont le vent en poupe, le second parce que la formation était très proche d’avoir un élu en 2015. Il sera également intéressant de vérifier où en est le MCG, s’il parvient à stabiliser son électorat ou s’il va continuer à s’amoindrir. Si la seconde hypothèse se vérifie, le siège de Roger Golay serait menacé. L’UDC genevoise devrait en revanche ne pas perdre trop de plumes, tant les élections fédérales lui conviennent particulièrement bien. Ce qui n’est pas le cas tant du MCG que d’Ensemble à gauche, faute d’une véritable assise nationale.

3. Impact ou pas de l’affaire Maudet

Déjà bien servis au National, le PLR et le PS devraient rester stables. Affaiblis par les divisions internes dues à l’affaire Maudet, les libéraux-radicaux semblent tout de même assez solides pour ne pas trop reculer.

Il risque d’en aller autrement concernant l’élection au Conseil des États. Ce n’est pas que le tandem formé par Hugues Hiltpold (PLR) et Béatrice Hirsch (PDC) ait un quelconque défaut, mais le tremblement de terre Maudet additionné à la tentative avortée de divorce de l’Entente de la part du PDC laisseront vraisemblablement quelques traces dans les urnes.

À ces potentiels défauts d’unité de l’électorat de l’Entente, il faut ajouter le fait que la droite ne fait à nouveau pas front commun. L’UDC présente en effet Céline Amaudruz, ce qui diminue de facto les chances du duo de PLR/PDC et laisse davantage la voie libre à celui formé par Lisa Mazzone (Verts) et Carlo Sommaruga (PS).

4. Une poussée verte est attendue

Ce scénario d’une nouvelle victoire de la gauche aux États (elle occupe les deux sièges depuis douze ans) est encore conforté par le fait que tous les sondages annoncent une progression en Suisse des Verts ainsi que des Vert’libéraux. Ce qui est la conséquence très vraisemblable des mobilisations en Suisse et dans le monde en réaction au réchauffement climatique (lire ci-dessous).

Au niveau national, le dernier sondage Tamedia donne les Verts en progression de 3,1% par rapport à l’élection de 2015 et de 2,6% pour les Vert’libéraux. À l’opposé, les quatre grands partis sont en recul. La fourchette va de –1,5% (l’UDC) à –0,8% (le PS et le PLR). On est donc loin d’un effondrement. La réputation de grande stabilité de la politique en Suisse a encore de beaux jours devant elle.

NB. Par rapport à une version initiale, l'article a été amendé sur les pourcents nécessaires pour décrocher un siège suite à l'agrandissement de la délégation genevoise.


«Les Verts pourraient devancer le PDC»

Le politologue Pascal Sciarini, professeur de science politique à l’Université de Genève, explique pourquoi les Verts devraient sensiblement progresser lors des prochaines élections fédérales.

Pourquoi les écologistes ont-ils autant le vent en poupe en Suisse?

Le grand changement par rapport à 2015, c’est que la thématique de l’environnement est devenue l’une des préoccupations principales des Suisses. On constate dans les résultats de tous les sondages d’opinion que les enjeux environnementaux ont gagné en importance. Ce n’est toutefois pas le thème placé en tête de liste, qui est celui de la santé et du coût des primes pour les ménages. La montée en puissance de la problématique environnementale s’explique par les nombreuses manifestations contre le réchauffement climatique organisées par les jeunes. Et plus globalement par l’augmentation des préoccupations concernant cette thématique. Il y a maintenant une prise de conscience assez générale de ce qu’on appelle l’urgence climatique et, par conséquent, de la nécessité de prendre rapidement des mesures. Or les deux partis les plus proches de ces thèmes sont les Verts et les Vert’libéraux. Ce sont donc eux qui devraient le plus bénéficier de cette dynamique lors des élections.

Pourquoi d’autres partis ne profiteraient-ils pas de la préoccupation principale des Suisses: le montant des primes d’assurance maladie?

Parce qu’il n’est pas sûr que cette thématique ait un impact sur l’élection. Il faudrait en effet pour cela qu’un parti précis puisse bénéficier des inquiétudes que suscite cette question. Ce qui n’est pas évident. Par contre, la question de l’environnement est, elle, clairement liée aux Verts ou aux Vert’libéraux.

Avec la progression qu’ils devraient enregistrer, les Verts pourraient-ils prétendre à un siège au Conseil fédéral?

Il se peut bien que ce parti dépasse effectivement, ce 20 octobre, les 10% de voix pour ce qui est du Conseil national. Car les projections laissent espérer aux écologistes un gain de plus de 3 points de pourcentage par rapport à 2015. Et comme un nouveau recul du PDC n’est pas exclu, il est possible que les Verts dépassent le PDC. Cela pourrait donc déboucher, le cas échéant, sur une discussion concernant la composition du Conseil fédéral au sujet du septième siège. Je pars toutefois de l’idée que les Verts ne l’obtiendront pas.

Pourquoi?

D’une part parce qu’il faut prouver dans la durée qu’on est une force politique importante pour accéder au Conseil fédéral. D’autre part parce que le PDC pourra faire valoir qu’il va rester une force importante, voire la plus importante, au Conseil des États, l’autre Chambre de l’Assemblée fédérale. Ainsi, les démocrates-chrétiens pourront mettre en avant que, globalement, ils restent plus forts que les Verts.

E.BY

Créé: 06.10.2019, 17h39

Evolution du nombre de candidates et candidats au Conseil national, par partis

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