À 100 mètres au-dessus des Cheneviers

DémolitionÉchafaudage et monte-charge ont été installés pour préparer la déconstruction à venir de la cheminée historique de l’usine d’incinération. Visite vertigineuse avec William.

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Dites simplement«tétradécagone», ce mot de cruciverbiste qui se pratique habituellement assis, le dictionnaire ouvert sous les yeux. Ce mercredi matin, sous la pluie arrosant le site des Cheneviers, le même mot savant s’utilise debout, en désignant du doigt la structure à 14 faces qu’il qualifie. Soit un échafaudage totalement inédit déployé verticalement sur 54 étages de deux mètres chacun, c’est-à-dire au final, après un bon mois de construction, 108 mètres de hauteur.

À bonne distance, sans quitter la terre ferme, on a un peu l’impression que des poils ont poussé sur les flancs imberbes de la cheminée historique de l’usine d’incinération, celle que l’on voit de partout, de l’avion, du TGV, de la péniche sur le Rhône et, bien sûr, des routes du Mandement qui convergent vers ce chantier hautement – c’est le cas de le dire – sécurisé, l’un des plus importants dans l’histoire des Services industriels.

Verticalité souveraine

Cette balise en dur, plantée au bord du fleuve depuis maintenant quatre décennies, vit ses dernières semaines de verticalité souveraine. Elle perçait les nuages à basse altitude; à la fin de l’été, elle aura disparu de notre horizon familier.

À la dynamite? Pas exactement. Cette étape sensible de la déconstruction en cours de Cheneviers II exige une longue phase préparatoire. Le génie de la démolition est à pied d’œuvre. Car cette gaine de tubulaires enchâssant la cheminée jusqu’à son sommet est complétée par un monte-charge, essentiel pour acheminer les hommes et le matériel sur ce site haut perché qui perdra peu à peu de sa taille sous l’effet des engins grignoteurs, des marteaux piqueurs et d’une pelle-mécanique miniature filoguidée. Ce robot sera lui-même sécurisé par une grue de levage, déjà acheminée sur zone, dont le déploiement complet atteint 125 mètres de hauteur.

Guide opérationnel

Pour prendre la mesure ascensionnelle d’une fiche technique à couper le souffle, on profite du monte-charge, mis en mode lift pendant deux jours, afin de permettre à l’ensemble du personnel – près de 150 collaborateurs – de faire une ultime visite panoramique de leur lieu de travail. Joli geste, voulu par le directeur de Cheneviers IV, Mathias Goretta, parfait dans le rôle du guide opérationnel, mais aussi du coach attentif au vertige de chacun, inégalement partagé sur la plate-forme de cette cabine semi-ouverte.

Le photographe se régale, le localier ne quitte pas des yeux le liftier. Il se prénomme Willliam, son sourire aimable fait oublier le vide comme l’évocation de son parcours professionnel: «Je suis né en Colombie, j’y ai fait mes études de droit avant de devenir avocat pénaliste.» Le voici aujourd’hui opérateur machiniste en grande hauteur, un rouage essentiel dans le dispositif à venir.

Briques réfractaires

«Au poids, la cheminée fait 1000 tonnes; au mètre linéaire, 10 tonnes, résume Mathias Goretta. Du béton armé et, à l’intérieur des briques réfractaires, réparties en deux boisseaux parallèles. Il s’agira pour nous de découper des rondelles de 14 à 17 tonnes chacune. Une fois sciés, ces tronçons cylindriques seront repris par la grue de levage. La déconstruction de la cheminée durera jusqu’à fin août au moins.»

Le ciel peut se montrer collaborant ou pas. S’il envoie une petite pluie fine, c’est bien; elle fera office de douche naturelle et rabattra les poussières; s’il se fâche, c’est moins bien. La foudre obligera tout le monde à redescendre. Pour le dire dans l’autre sens, avec les mots de l’ingénieur civil: «Toutes nos montées sont dépendantes de la météo.» Et de William, liftier très qualifié. (TDG)

Créé: 13.06.2018, 18h09

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