Vidéo: les locataires de la Servette s'inquiètent pour leur avenir

GenèveRéunis lundi soir en assemblée, les habitants des bâtiments évacués ont exprimé leurs craintes quant à leur relogement. Une convention est âprement discutée.

Vidéo: Georges Cabrera

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Le sentiment qui dominait à la sortie, lundi soir, d’une réunion extraordinaire des locataires et des commerçants des numéros 89, 91 et 93, suivie par une cinquantaine de personnes? L’incompréhension.

«Je ne comprends toujours pas pourquoi nous sommes éjectés dans l’urgence!» confie un habitant. Un des nombreux commerçants touchés abonde dans son sens. Et de nombreuses personnes qui ont participé à la séance organisée par l’Asloca posent les questions qui dérangent: pourquoi la rue de la Servette n’est-elle pas fermée puisque ces immeubles menacent de s’effondrer? Pourquoi les autorités laissent-elles passer des piétons en dessous des échafaudages? Ou circuler le tram, qui s’arrête juste en face?

Avocat à l’Asloca, Christian Dandrès déplore fortement le silence de l’État. «Nous l’avons sollicité, tout comme les propriétaires. Je ne comprends pas qu’il n’intervienne pas. Il ne peut pas dire que c’est juste une affaire entre privés. Il y a une vraie situation d’urgence.»

Je n’aurai plus le temps d’aller chercher mes enfants à l’école pour le midi

Sandra Fernandes, Locataire

Du jour au lendemain, des vies ont basculé. Un exemple parmi tant d’autres? Celui de la famille Fernandes. Deux adultes et trois jeunes enfants habitent dans un 4 pièces et demie, au 89, rue de la Servette. «Pour nous, cela va être la galère. On nous a proposé un appartement à la rue Monthoux, aux Pâquis. Mais je ne vais plus avoir le temps d’aller chercher mes enfants à l’école pour qu’ils mangent le plus souvent possible à la maison», se désole Sandra Fernandes. Pourtant, cette locataire, qui travaille aussi comme concierge des numéros 89 et 91, et doit donc retrouver à la fois un logement et un travail, conserve son sourire. Elle se veut philosophe, dans son malheur.

«On va payer le double»

Son mari, nettoyeur, qui se lève souvent avant cinq heures du matin, a calculé que le logement proposé aux Pâquis lui ferait perdre plus d’une heure de trajet par jour. À 6 ans, 4 ans et 19 mois, leurs trois bambins ne réalisent naturellement pas ce qui leur arrive. Lundi, les aînés gambadaient dans la salle de la paroisse où s’est tenue la réunion, avenue Wendt.

Chaque cas est unique. Un couple, la trentaine, quitte vite la séance pour visiter un appartement. «Nous payons aujourd’hui 800 francs pour un 2,5 pièces. On s’attend à payer au moins le double désormais.» Un autre locataire doit se reloger temporairement rue des Vollandes, aux Eaux-Vives. Certains se résignent, d’autres veulent se battre.

Mercredi 2 octobre, le ciel est aussi tombé sur la tête de Maxime (prénom d’emprunt). Hier soir, il se trouvait dans le tram 14 à destination de son nouveau logement, situé Rive gauche, trimbalant une énorme valise comportant ses effets personnels. «Je suis jeune et j’habite seul dans mon appartement. Je ne suis pas le plus à plaindre! Mais je n’ai vraiment pas apprécié la manière dont la régie Brolliet nous a informés», lâche-t-il. Comme d’autres locataires ou commerçants, il évoque les difficultés à atteindre des responsables de cette régie. Porte-parole de La Foncière (propriétaire des 89 et 91, rue de la Servette) et de Brolliet, Marc Comina explique «qu’une personne a été engagée dès le 1er octobre à 100% pour s’occuper exclusivement de ces locataires».

Convention négociée

«Des solutions de relogement temporaire ont été trouvées pour tous», ajoute Marc Comina. Cette opération concerne une septantaine de personnes habitant 25 logements.

Les locataires se sont aussi réunis pour obtenir des précisions sur une convention qui sera signée par l’Asloca et La Foncière. Ce document devra notamment fixer le délai durant lequel le propriétaire prendra en charge le relogement dans les appart-hôtel. Elle devra aussi prévoir ce qui se passe si les gens partent avant ou après ce délai. Des indemnités sont prévues pour compenser en partie l’éventuel surcoût du loyer du futur logement. Mais pendant combien de temps? Six mois? Un an? Deux ans? La bagarre entre défenseurs des locataires et des propriétaires s’annonce rude.

Autre point qui doit figurer dans la convention: le déménagement des affaires des locataires. Hier, les personnes sont restées sur leur faim. Christian Dandrès s’impatiente: «il faut boucler cette convention cette semaine. Les gens doivent savoir ce qui les attend.» Une autre convention doit être négociée avec les commerçants des immeubles 89 et 91. Ils sont une dizaine en tout. Des petits entrepreneurs qui, du jour au lendemain, voient leur outil de travail disparaître.

Créé: 07.10.2019, 23h07

Dans un état «proche d’une ruine depuis 55 ans»

Le constat est accablant. Il émane des ingénieurs qui ont analysé la solidité des trois immeubles de la Servette. À lire l’expertise, on perçoit qu’ils ont été atterrés par leur découverte. Ce sont les dalles de béton qui posent problème, autrement dit les planchers sur lesquels (et sous lesquels) vivent des gens depuis un demi-siècle. Le verdict fait froid dans le dos: «L’état des dalles peut être considéré comme proche d’une ruine, et cela depuis la construction de l’immeuble en 1964.»

Les locataires apprécieront. Cela fait cinquante ans que l’immeuble aurait pu leur tomber sur la tête. L’usure du temps n’y serait pour rien, selon le bureau Ingeni, auteur de l’étude. «Aucune transformation significative ni aucune dégradation dans le temps n’ont altéré cette situation.» On a bien affaire à un défaut de fabrication. Pourquoi découvre-t-on cette situation aujourd’hui? Il faut savoir que les trois immeubles concernés font l’objet d’une surélévation. Pour les 89 et 91, couverts d’échafaudages, ces travaux sont en bonne partie réalisés. En cas de surélévation, on vérifie la solidité des poteaux, donc la structure verticale qui soutient les étages, et celle-ci a d’ailleurs été renforcée. Mais on ne vérifie pas la résistance des dalles.

Pour l’immeuble où loge la Migros et le McDo, le No 93, les choses se sont présentées différemment. Le propriétaire étant étranger, il ne peut pas réaliser de logements dans la surélévation en raison de la Lex Koller. Il a donc pensé à des bureaux. Comme ceux-ci présentent des charges plus importantes, il a fallu contrôler la solidité des dalles. Avec les carences que l’on sait. Et comme les dalles s’étendent tout le long des trois immeubles, construits en même temps, le problème a pris de l’ampleur.

Le rapport pointe deux défauts: le béton, dont «la résistance est bien en deçà du standard normatif», et les armatures, mal disposées et pas assez nombreuses. Ingeni a mandaté un deuxième bureau, qui est arrivé peu ou prou au même constat: «Le coefficient de sécurité est inférieur à 1.» En clair, les dalles ne peuvent pas supporter de charges supplémentaires. Et les ingénieurs se disent que «les nombreux galandages qui divisent les espaces pourraient partiellement soulager les dalles». Les galandages étant les parois fines, faites en plâtre ou en briques…

Les ingénieurs ont donc recommandé de vider les immeubles «dans un délai court mais raisonnable». C’était le 26 septembre. Ne voulant pas prendre de risques, les propriétaires ont donc mis en branle l’évacuation. La manière de remettre le bâtiment en état est encore à l’étude.
C.B.

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