Veggie-Pride: Les anti-viande sortiront les griffes

ManifestationVégétariens et véganes marcheront samedi sur Genève pour prôner l'abolition de la viande. Rencontre avec des militants farouches.

Quelques militants sur l'Eco-site Mamajah à Bernex, où se déroulent plusieurs conférences sur le végétarisme de jeudi à lundi.

Quelques militants sur l'Eco-site Mamajah à Bernex, où se déroulent plusieurs conférences sur le végétarisme de jeudi à lundi. Image: Laurent Guiraud

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«Abolition mondiale de la viande!», pourra-t-on lire sur les banderoles des militants de la première Veggie Pride helvétique ce samedi. Le ton est donné, le message est explicite. Les végétariens et véganes (voir définition ci-contre) de Suisse et d’Europe défileront dès 13h de la Place des Nations au Parc des Bastions pour faire entendre leur ras-le-bol face à l’exploitation des animaux. Qui sont ces militants farouches? Des anti-viande fanatiques ou des précurseurs d’une nouvelle façon de penser? Nous les avons rencontrés.

Les «vraies raisons» du végétarisme

«Des milliards d’êtres vivants sont torturés pour notre simple plaisir gustatif. Aucune raison ne peut justifier ce massacre», dénonce Véronique Kancess, mère au foyer végétarienne et activiste à Genèvanimaliste. «J’étais le premier à pointer du doigt les végétariens, avant de me rendre compte de ce qu’implique la consommation de viande pour les animaux, confie Julien Bonnet, assistant social végétarien. Le problème de la plupart des gens, c’est qu’ils refusent de voir la réalité en face». La Veggie Pride a-t-elle donc pour vocation d'ouvrir les yeux des gens? «Non, répond Laurene Martin, jeune végane lausannoise apprentie infirmière, pour qui la manifestation est l’occasion d‘évoquer les «vraies raisons» du végétarisme: «Pour éviter de passer pour des gens agressifs, on dit être végétarien pour notre santé, ou par souci écologique ou parce qu’on n’aime pas la viande. Mais s’il fallait dénoncer l’esclavage d’enfants dans une usine, ne serait-ce pas scandaleux de se cacher derrière des raisons écologiques?», tonne-t-elle.

«Hitler était végétarien»

Tous évoquent moqueries et stigmatisation des carnivores: «Tu sais que Hitler était aussi végétarien? Et la carotte, elle crie pas quand tu la croques? Combien de fois on doit entendre ce genre de commentaires…», grince Jérôme Dumarty, végane et organisateur de la Veggie Pride. Selon lui, beaucoup de personnes seraient «empêchées d’être végétariennes de peur d’être raillées». Les militants ont trouvé un nom à cette «pression sociale»: La «végéphobie», qu'ils comparent à l’homophobie, bien qu'ils concèdent qu'aucune agression ni meurtre de végétariens n’est à déplorer.

Une chose est sûre, les carnivores ne sont pas les bienvenus à la manif de samedi. Qu’en est-il des profanes sympathisants, comme les mangeurs de viande bio occasionnels? «On ne peut pas s’associer à des gens qui tolèrent le fait de manger des animaux», tranche l’un des organisateurs, Anou Sarukhanyan. Les végétariens qui ne mangent pas de viande pour des raisons de santé seront aussi privés de Veggie Pride.

La pomme de discorde

Le militants, adeptes de l’anti-spécisme – courant philosophique qui considère les espèces animales comme ayant la même valeur-, ne sont pas tous d’accord sur l’application pratique de leur mission principale, à savoir ne pas participer au massacre des animaux. Marie Delout, en charge de la communication de la Veggie Pride, expose quelques «désaccords» internes: «Les végétariens reprochent aux véganes d’être extrémistes, les véganes reprochent aux crudivores-frugivores de se soucier de leur santé et pas des animaux. Les frugivores contestent, mais rejoignent toutefois les véganes pour reprocher aux végétariens de soutenir indirectement l’industrie de la viande. Certains véganes ne viendront pas à la Veggie Pride parce qu’il y aura des végétariens!»

Chats et chiens végétariens

L’anti-spécisme pose toutefois quelques problèmes pratiques. Faut-il renoncer aux animaux domestiques? Dans le groupe, les avis divergent: Ceux qui sont contre le justifient «à condition que l’on puisse leur accorder la liberté qu’ils ont dans la nature (accès au jardin pour un chat par exemple)». Achèteraient-ils alors des boîtes pour chat au poulet? «Il existe des croquettes végétariennes avec tous les nutriments nécessaires» conclut Jérôme. Autre cas épineux: la vie d’un être vivant étant sacrée, faut-il interdire l’avortement? «Non, car une naissance non désirée induirait de plus grande souffrances», soutient le végane.

Hans-Ueli Huber, directeur de la Protection suisse des animaux, (une société qui milite pour de meilleures conditions d’élevage), même s’il soutient la démarche des véganes, pointe du doigt quelques incohérences: il est irréaliste de se passer des animaux à l’échelle mondiale. Certaines populations n’ont pas les moyens de se passer de l’utilisation des animaux, pour labourer les champs par exemple».

Positive, Véronique est sûre que dans «50 ans au plus tard, nous serons tous végétariens». D’ici-là, les militants croiseront encore beaucoup de farouches défenseurs de steaks.

Ci-dessous, le clip de promotion des organisateurs de la Veggie Pride:

(TDG)

Créé: 16.05.2013, 16h37

Définitions et chiffres

Végétarien: personne qui ne mange ni viande ni poisson

Végétalien: Un régime qui exclut tout produit d’origine animale comme les œufs, le lait, le miel

Végane: personne végétalienne qui boycotte les produits provenant de l’exploitation des animaux (cuir, laine, produits testés sur les animaux)

Crudivore: personne qui ne consomme que des aliments crus (céréales bannies). Il existe des crudivores carnivores et des végétariens ou végétaliens (aussi appelés frugivores)

Entre 4 et 9% de la population suisse actuelle est végétarienne, estime Corinne Kehl, nutritionniste et enseignante à la Haute École de Santé de Genève.

9% de la population se déclarait «quasiment végétarienne» en l’an 2000, selon l’Office fédéral de la santé. La consommation de viande ayant globalement baissé, cette proportion est à revoir à la hausse.

Tout en louant les qualités du végétarisme (qui seraient globalement en meilleure santé que les omnivores), Corinne Kehl met en garde contre les produits végétariens industriels contenant «des graisses de moins bonne qualité». Quant aux véganes, elle se montre plus méfiante: «Il faut des connaissances pointues en diététique pour manger végétalien sans mettre sa santé en danger».

La diététicienne rappelle la condamnation en France de parents végétaliens jugés coupables d’avoir provoqué la mort de leur fille de 2 ans.

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