Vassalli: «L’Université de Genève soutient le Human Brain Project»

Neuroscience«Je serai très, très surpris que la pétition conduise à une remise en cause complète de l’HBP», confie le recteur de l'Université de Genève.

Le projet Cerveau humain a pour but de recréer par ordinateur les connexions d'un cerveau.

Le projet Cerveau humain a pour but de recréer par ordinateur les connexions d'un cerveau.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Plus de 400 chercheurs, parmi les plus grands noms des neurosciences européennes, remettent en cause publiquement le Human Brain Project (HBP). Dans une pétition mise en ligne lundi 7 juillet, ils alertent la Commission européenne sur les risques «d’échec majeur» de ce projet. Alors que plusieurs scientifiques appartenant à son institution ont signé cette lettre, Jean-Dominique Vassalli, recteur de l’Université de Genève (UNIGE) maintient son soutien au HBP.

Vous attendiez-vous à une telle fronde contre l’Human Brain Project? – Honnêtement, non. Avant que le projet soit accepté, il existait des résistances, notamment à Genève. Mais après la décision de la Commission, je pensais que la situation s’était apaisée. Je suis donc étonné par cette pétition. Sur le fond, je trouve très bien que le débat scientifique soit mené. Sur la forme, je trouve moyennement élégant de réagir publiquement via une pétition. Ce n’est pas de cette façon que le débat scientifique, qui est bénéfique en tant que tel, doit être mené.

Sur le fond, que pensez-vous des motivations des signataires? – L’intitulé de la lettre ne me choque pas. Que certains scientifiques soient opposés à un projet de recherche ou préfèrent aller dans d’autres directions est tout à fait naturel. La science fonctionne comme ça. A chaque fois qu’il y a des financements importants, certaines personnes pensent qu’il faut faire autrement, soutenir davantage telle recherche, plutôt que telle autre. Il existe d’ailleurs des précédents. Le Genome human project avait suscité le même type de controverse. Finalement, c’est un grand succès. En ce qui concerne l’institution Université de Genève, nous soutenons l’Human Brain Project. C’est une position mûrement réfléchie. Nous pensons que ce projet très ambitieux représente une véritable vision d’avenir.

N’est-il pas contradictoire que l’UNIGE soutienne le projet alors qu’une dizaine de ses scientifiques y sont opposés? – Non. Il s’agit de leur liberté d’expression. Je l’ai d’ailleurs dit aux signataires: c’est votre avis, l’Université en a un autre. Mais les signataires genevois doivent bien réfléchir. Ils sont peut-être manipulés par des personnes qui ont des intérêts financiers à ce que la Suisse perde son leadership sur l’HBP. Des intérêts parfois très différents s’additionnent.

Si cette pétition devait aboutir à la fin de l’HBP, quelles seraient les conséquences pour l’UNIGE? – Je serai très, très surpris que cette pétition conduise à une remise en cause complète de l’HBP. La Commission va peut-être revoir certains points, mais je ne pense pas que cela ira plus loin. Si malgré tout, l’HBP devait sombrer, la perte de financement ne toucherait pas l’Université de Genève. Nous sommes voisins de ce projet, pas partenaire. Notre soutien est motivé uniquement par des raisons scientifiques: nous croyons au potentiel de cet ambitieux projet.

Depuis le vote du 9 février, la Suisse et l’Union européenne entretiennent des relations tendues. Était-ce le bon moment pour lancer une telle fronde?
– Le timing me semble particulièrement mauvais. Dans un contexte où une partie de la population Suisse, mais également européenne, rejette l’Europe, je serai affligé qu’un échec de l’HBP remette en cause la réussite majeure que constitue l’Europe scientifique. Nous avons construit ensemble le CERN, l’ESA (European Space Agency), l’ESO (European Southern Observatory) et bien d’autres programmes scientifiques majeurs. C’est un sacré succès! Nous aurions tort de le sacrifier parce que, si l’Europe fonctionnait aussi bien que sa science, nous aurions beaucoup moins de problèmes.

Développement dans nos éditions imprimées, internet et iPad du 9 juillet.

Créé: 09.07.2014, 11h32

Jean-Dominique Vassalli: «L’intitulé de la lettre ne me choque pas. Que certains scientifiques soient opposés à un projet de recherche ou préfèrent aller dans d’autres directions est tout à fait naturel. La science fonctionne comme ça. A chaque fois qu’il y a des financements importants, certaines personnes pensent qu’il faut faire autrement, soutenir davantage telle recherche, plutôt que telle autre. Il existe d’ailleurs des précédents. Le Genome human project avait suscité le même type de controverse.»

Articles en relation

L'ex-site Merck Serono accueille les scientifiques au compte-gouttes

Projet cerveau «Remplir le Campus Biotech prend du temps», se défend le recteur de l'Université Jean-Dominique Vassalli. Plus...

Pétition contre le Human Brain Project

Recherche Des scientifiques, dont des Genevois, contestent les options prises par un projet à un milliard d’euros qui doit s’installer à Sécheron. Plus...

Le Human Brain Project menacé par le coup de froid avec l'UE

Science Le monde académique s’inquiète d’une mise à l’écart du nouveau programme-cadre européen qui englobe une partie du Human Brain Project. L’accord n’est pas signé et paraît compromis. Plus...

Le projet de l'EPFL pourrait bien recevoir plus que prévu

Human Brain Project Le financement du Human Brain Project (HBP) pourrait dépasser les attentes. Le président de l'EPFL Patrick Aebischer estime que le projet pourrait bien recevoir plus de 100 millions par année. Plus...

L’EPFL touche son pactole pour le cerveau. Genève y a sa part

Lausanne C'est officiel: le projet Human Brain Project, dirigé par la haute école fédérale, est l'un des deux gagnants désignés par l'Union européenne. Plus...

Le HBP en bref

Les acteurs
Piloté par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, le Human Brain Project réunit une centaine de partenaires – universités, hôpitaux, instituts, entreprises, etc. – dans le monde, principalement en Europe.
L’ambition
Mieux comprendre le cerveau humain grâce à des modélisations et des simulations informatiques. La recherche est divisée en treize sous-projets, comme la création de bases théoriques (coordonnée depuis l’EPFL), de réseaux de superordinateurs (en Allemagne), la collecte d’informations médicales (CHUV), de données sur le cerveau de la souris (Espagne, Ecosse).
Le budget
1,2 milliard d’euros sur dix ans (1,42 million de francs), dont environ 500 millions d’euros provenant directement des fonds publics européens, sous forme de soutien à un projet phare dans le domaine des technologies futures et émergentes. Le reste est censé venir des institutions, pays et partenaires, notamment industriels, du projet. (BB)

Info Lecteur – Témoin de l’actu? Informez-nous!

Info Lecteur

Vous avez été témoin d’un événement sortant de l’ordinaire? Mieux: vous l’avez photographié ou filmé? N’hésitez pas et partagez-le avec tous les lecteurs de TDG.ch! Envoyez-nous vos informations par e-mail à info.lecteur@tdg.ch ou par MMS avec la mention "TDG PHOTO", photos ou vidéos au 8000(CHF 1.50 par MMS). Plus...

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...