Une voie verte en devenir

MobilitéL’axe de mobilité douce de 22 km se fraie un chemin difficile. Sa réalisation totale sera lente.

Le segment oriental de la voie verte doit prendre place au-dessus de la tranchée couverte du CEVA, entre Annemasse et les Eaux-Vives. Le reste du tracé doit se frayer un chemin à travers la ville et la banlieue ouest, jusqu’au Pays de Gex.

Le segment oriental de la voie verte doit prendre place au-dessus de la tranchée couverte du CEVA, entre Annemasse et les Eaux-Vives. Le reste du tracé doit se frayer un chemin à travers la ville et la banlieue ouest, jusqu’au Pays de Gex. Image: DR/CEVA

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Une autoroute à vélos et piétons qui reliera Annemasse à Saint-Genis en traversant le canton et la ville de Genève. C’est la promesse de la voie verte d’agglomération, un projet dont la naissance s’avère poussive. Au départ, il était prévu d’en démarrer le chantier au plus tard l’an dernier. Mais elle n’existe encore que sur le papier, même si des tronçons cyclables déjà réalisés pourront y être intégrés.

La manne fédérale de 12,8 millions de francs, conditionnée à un lancement du chantier encore en 2014, est-elle menacée? «Ces exigences se sont rapidement assouplies en regard de la complexité des montages des dossiers, rassure le département présidentiel. Aujourd’hui, seule l’extinction du fonds d’infrastructure en 2027 peut mettre un terme au financement par la Confédération.» La partie est de l’itinéraire, d’Annemasse aux Eaux-Vives, devrait voir le jour rapidement, mais suscite encore des litiges. La traversée de la ville butte sur un souci financier. La partie ouest semble encore immature.

Sur le toit du CEVA

Le creusement de la future voie ferroviaire CEVA va bon train entre les Eaux-Vives et le Foron, alors que sur sol français le lancement du chantier débute ce mardi. C’est sur le toit de la tranchée couverte que la voie verte doit prendre place. Le tracé est donc clair. Les CFF aimeraient que l’axe de mobilité douce puisse être mis en service déjà en 2018. Mais par exemple à Chêne-Bourg, l’une des communes concernées, on doute fort d’y parvenir. La maire, qui est aussi députée, a relayé ces craintes au Grand Conseil. «Nous voulons bien payer l’éclairage ou le mobilier urbain, mais dans la mesure de nos moyens», lâche Beatriz de Candolle, notant que sa commune est plutôt désargentée. «Mais qu’en est-il du reste?» Le reste, c’est l’entretien et le nettoyage de la voirie, les soins à la végétation qui doit être plantée au bord de l’axe, notamment en compensation des coupes d’arbres que le chantier CEVA a provoquées. A qui incomberont les frais de surveillance? Aux polices cantonales ou municipales?

«Cet axe a de toute évidence une importance cantonale», tranche Beatriz de Candolle. La Commune ne cache pas sa déception. «Quand on nous a présenté le projet CEVA en 2004, la voie verte en était une partie intégrante», rappelle le conseiller administratif Pierre Debarge, qui ne s’attendait alors pas à ce que ce cadeau soit accompagné de factures.

Un comité réunissant les instances concernées négocie une convention. Rien n’y est encore tranché. Chêne-Bourg adhère à la revendication que formule la Ville de Genève: les CFF, propriétaires fonciers de la voie entre la frontière et les Eaux-Vives, devraient concéder une servitude d’usage public aux municipalités. «La Ville n’a pas pour habitude d’équiper et d’entretenir un terrain privé», argue Marie-Hélène Giraud, cheffe du Service de l’aménagement urbain et de la mobilité. Qu’en disent les CFF? D’accord avec une servitude, ils demandent que les communes entretiennent la voie, sauf les compensations écologiques, dont ils se chargeraient eux-mêmes.

La Ville avance pas à pas

Après les Eaux-Vives, la voie verte quitte le CEVA et traverse la Ville de Genève, avec un intermède carougeois le long de l’Arve. La Ville ne dispose pas d’un devis global de la voie verte sur son sol, mais les coûts s’annoncent importants. Ayant d’autres investissements en vue, la Ville a opté pour une réalisation progressive. La priorité est mise sur quelques tronçons; les études sur d’autres sites sont stoppées. La Ville compte par exemple réaliser le parc Weber, face à la gare des Eaux-Vives, de l’autre côté de la route de Chêne. Mais la poursuite de la voie verte par la rue Henri-Mussard, elle, attendra des jours meilleurs, tout comme des aménagements à Saint-Jean et Châtelaine.

«Certains lieux sont déjà aisément praticables, commente Marie-Hélène Guiraud. Nous avons donné la priorité à des sites qui ont vraiment besoin d’être aménagés. Quand ce sera fait, on obtiendra déjà une certaine continuité, mais certes pas avec le niveau de confort qu’implique une voie verte tout du long du parcours.» La Commune, en coopération avec Carouge, met l’accent sur les quais de la rive gauche de l’Arve, entre les ponts de la Fontenette et Wilsdorf. Corollaire: il faudra supprimer des stationnements sur cet axe, une septantaine pour le seul sol communal de la Ville. La loi cantonale exige désormais de les remplacer, en laissant toutefois une latitude par une substitution dans des ouvrages existants. Quid si le Grand Conseil abolit cette soupape, comme le veut une partie de la droite? «Il faudra alors abandonner cet aménagement, comme bien d’autres», réplique la responsable.

Rive droite dans les limbes

Après Saint-Jean, les choses se compliquent. La voie verte doit longer la ligne CFF en s’intégrant au parc Hentsch et trouver un moyen de franchir le grand nœud routier de Châtelaine. Il faut aussi songer qu’une halte ferroviaire pourrait voir le jour dans le secteur, ce qui mériterait le cas échéant d’infléchir le tracé de la voie verte. Celle-ci a, entre autres buts, celui d’irriguer les gares du futur RER. «C’est au Canton de réaliser la traversée de l’avenue de l’Ain et, ce projet étant encore immature, nous sommes dans l’expectative, explique le magistrat verniolan Yvan Rochat. Mais dans la commune, des tronçons qui pourront s’intégrer dans la voie verte, comme au Bois des Frères, sont déjà aménagés.»

De Vernier Village, la voie doit gagner la gare de la Zimeysa avant de rallier la frontière. Le projet initial présentait deux possibilités: l’une zigzaguait dans les vignes de Bourdigny; l’autre, plus rectiligne, longeait l’arrière du site du CERN. «Ces options empiètent sur la zone agricole que le Canton doit économiser et nous les combattrons, prévient la magistrate de Satigny Martine Roset. Il faut privilégier un parcours plus direct, par la route de Meyrin.» L’Etat semble avoir bien capté le message. «Une partie de la voie verte sera réalisée en parallèle avec la Place des Particules se trouvant devant le CERN, écrit le département présidentiel. L’aménagement du tronçon en direction de Saint-Genis est gelé dans l’attente de la décision sur la réalisation de la prolongation du tram.» Patience, donc…

Créé: 18.05.2015, 22h22

Les chiffres du projet

Considérée comme l’un des éléments phares du projet d’agglomération, dès sa première version adoptée en 2007, la voie verte doit desservir 14 communes, dont 9 sur sol suisse, sur une longueur de 22 kilomètres, dont 8 en ville de Genève. Elle doit inclure un ruban d’une largeur de 5 mètres, assez généreux pour permettre une cohabitation des piétons et des cyclistes. Son tracé a fait l’objet d’une vaste étude de faisabilité, rendue en novembre 2010, qui détaille, par tronçon, l’insertion de l’axe au sein de 8 grandes séquences (Saint-Genis, Satigny-vignoble, zones industrielles, Vernier-Saint-Jean, la rive gauche de l’Arve, Champel, axe CEVA et Annemasse). Ces études énumèrent le cas échéant plusieurs variantes de parcours: il y en avait 5, par exemple, pour traverser le quartier de Champel. M. M.

Des ascenseurs de rêve, mais si coûteux…

De fortes déclivités caractérisent les extrémités du parcours le long de l’Arve. Les études initiales envisageaient la construction d’un ascenseur urbain reliant la Tour de Champel aux berges de l’Arve, laquelle aurait été franchie par un ouvrage connexe au CEVA. Trop cher, ce plan est abandonné. On privilégie un itinéraire, pentu, par le flanc du coteau entre Beau-Séjour et l’avenue de la Roseraie pour rejoindre le pont de la Fontenette. A la Jonction, la Ville décidera en fin d’année si elle édifie un ascenseur qui, du quai des Péniches, rallierait le viaduc ferroviaire, à élargir pour accueillir la voie verte, puis le sommet du Bois de la Bâtie. «On ferait d’une pierre plusieurs coups: cette infrastructure servirait à une autre voie verte, projetée entre Bernex et la Ville, ainsi qu’aux personnes à mobilité réduite du quartier qui cherchent à gagner le parc», commente Marie-Hélène Giraud. Problème: la chose coûte quelque 8 millions. Une autre option consisterait en une nouvelle rampe, plus douce que les chemins actuels, pour gravir la colline, dans le cadre d’études en cours pour embellir le Bois de la Bâtie. M. M.

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