Une touche bavaroise à l’Intercontinental

PortraitLe nouveau directeur de l’hôtel cinq-étoiles, Jurgen W. Kreipl, arrive de Pékin.

Jurgen Kreipl se décrit comme un voyageur au long cours.

Jurgen Kreipl se décrit comme un voyageur au long cours. Image: Laurent Guiraud

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Les fauteuils vides sont nombreux à tendre leurs bras au premier étage de l’hôtel Intercontinental. Il faudra en dépasser toute une succession, hésiter sur l’un puis reprendre le cheminement, avant que Jurgen Walter Kreipl trouve le recoin à peine éclairé susceptible d’accueillir l’entretien. Le Bavarois de 54 ans, arrivé à la direction générale de l’établissement depuis à peine quelques semaines, s’excuse de ne pas pouvoir répondre à l’interview en français.

Il n’est pas encore rompu au mécanisme sophistiqué d’ouverture et de fermeture des portes de l’espace fumoir, qui nous transforment en prisonniers hilares quelques secondes. Dans son costume trois pièces, ce fils unique accepte de se livrer un peu sur son enfance à Munich. Il confie avoir été élevé par ses grands-parents, ses propres parents alors âgés de 18 et 21 ans étant très jeunes pour assumer seuls son éducation. Son grand-père était un vétéran de la Seconde Guerre mondiale «extrêmement strict, ce qui n’est pas plus mal pour la transmission de valeurs essentielles, comme l’honnêteté, dire le fond de sa pensée». Une enfance qu’il vit au jour le jour, en jouant au football alors que son école se trouve à 100 mètres du terrain du FC Bayern de Munich. «À cette époque, c’était libre d’accès, on pouvait aller s’y entraîner sans formalités. Aujourd’hui bien sûr, il y a une barrière et il n’y a aucune chance de pouvoir y entrer.»

Un diplôme d’ingénieur en poche, il bifurque à la faveur d’une relation, et découvre le monde du Park Hilton de Munich, où il devient stagiaire à la restauration. «Quand je découvre un nouvel environnement, cela laisse une trace en moi, relate-t-il. Cela me modèle en quelque sorte.» L’homme-glaise pose sa candidature pour le Waldorf Astoria de Rome, insiste pour venir déposer son curriculum vitæ en mains propres et décroche une période d’essai sans connaître un mot d’italien. Une langue qu’il apprend à maîtriser en quelques mois. «Je n’avais pas vraiment le choix, personne ne parlait anglais à l’époque», commente-t-il avant d’en dire un peu plus sur ses talents de négociateur. «J’avais passé un deal avec la professeure d’italien de mon manager. Je la laissais déjeuner gracieusement au restaurant de l’hôtel en échange de quelques cours. Vous voyez, on dit souvent qu’il faut penser en dehors du cadre, mais moi je n’ai jamais eu de cadre.» S’il n’a jamais cessé de voyager par la suite, cette parenthèse romaine, un bain dans l’art, reste «gravée parmi les meilleurs moments» de son existence.

Après une expérience écourtée à Colombo, au Sri Lanka, pour des raisons de sécurité étant donné la guerre civile, le voilà de retour en Allemagne où il s’occupe d’un service traiteur pour des opéras berlinois. «J’y ai vu tous les opéras imaginables», se souvient-il en assumant un faible pour les italiens. À la faveur d’une relation – bis – il se retrouve pendant deux mois de vacances à diriger l’hôtel particulier du prince héritier du Koweït, où il reçoit tous les chefs d’États de la région à l’aide d’une équipe de 500 personnes. Il se souvient d’un luxe à l’état pur: «Généralement, quand vous dormez à l’hôtel, vous avez de petits échantillons de shampoing et de lait pour le corps. Mais là-bas c’était des bouteilles de Chanel grande taille, remplacées chaque jour par de nouvelles.» Et son pourboire hebdomadaire était une once d’or.

Les lignes de son CV s’accumulent encore, mais l’on peut résumer en disant qu’il a passé les vingt dernières années entre Phuket et Bangkok. Il y rencontre sa femme thaïlandaise, qui travaillait trois étages en dessous de lui, pour Huawei. «Je sais que tout le monde peut avoir des arrière-pensées quand je dis que ma femme est thaïlandaise. Mais depuis le premier jour de notre rencontre nous ne nous sommes plus quittés, à de rares exceptions près. Il est de ma responsabilité de mari d’encourager sa carrière et de pas la laisser croupir dans un coin. Elle a l’ambition d’être plus qu’une femme de directeur. Elle étudie en ce moment les neurosciences et les fonctionnalités du cerveau, j’en suis très fier.»

Quand on lui demande pourquoi il a activement recherché un poste au sein d’une chaîne internationale, comme l’Intercontinental, Jurgen Kreipl répond comme s’il s’agissait d’une question rhétorique qui n’appelle que l’évidence: «Pour voyager! Je suis un longterm backpack traveller (ndlr: un voyageur au long cours).»

Créé: 06.02.2020, 08h01

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