Les agresseurs de Saint-Jean étaient «maîtres de leurs actes»

Verdict Le Tribunal criminel a infligé 15 et 12 ans de prison aux deux auteurs majeurs des attaques brutales et gratuites de Saint-Jean.

Le 7 janvier 2017, cinq jeunes frappent deux inconnus sans raison sur les voies couvertes. Les deux prévenus majeurs comparaissaient devant le Tribunal criminel depuis le 4 mars.
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Comme durant tout leur procès, ils ont écouté, la tête basse, sans jamais lever les yeux. Après une semaine éprouvante d’une audience qui fera date, l’heure était à la lecture du verdict mercredi à 16 h. Les deux hommes âgés de 20 ans écopent respectivement de peines de 15 et 12 ans de prison. Le deuxième condamné, au bénéfice d’un passeport brésilien, se verra signifier son expulsion pour une durée de cinq ans du territoire suisse quand il aura terminé de purger sa peine.

Les juges du Tribunal criminel ont écarté toute circonstance atténuante. Qu’il s’agisse de l’alcool ou du trouble de la personnalité dont souffre le premier des prévenus, rien ne saurait entamer leur responsabilité. Ce soir du 7 janvier 2017, quand ils ont battu sévèrement leurs deux victimes choisies au hasard, «ils étaient maîtres de leurs actes», conclut le tribunal.

«Apologie de la violence»

Pour les juges, ces deux hommes sont des assassins. Ils n’ont pas tué, mais les blessures provoquées «sont assimilables à la destruction d’autrui». Au fil de la lecture du verdict, le président Vincent Fournier n’a pas laissé s’insinuer la moindre parcelle de doute quant à la qualification juridique: «Une telle barbarie est l’apanage de l’assassin.»

Les juges pouvaient-ils retenir autre chose que la tentative d’assassinat, infraction la plus grave au Code pénal? Un autre verdict semblait improbable tant les débats ont confirmé l’absence de mobile. L’usage d’une arme pour le premier, les coups de pied à la tête pour le second, ont convaincu les juges que «tous savaient ce qui allait se passer». Et que dire de cette vie de groupe qu’ils ont reprises, comme si rien ne s’était passé, à peine leur agression consommée? Que penser de ces photos envoyées comme un trophée montrant le sang de la victime sur les chaussures de leur agresseur? Comment interpréter leur façon d’organiser des vacances alors que deux hommes se trouvaient entre la vie et la mort? En deux mots, «le cynisme et l’arrogance» animaient cette bande au sein de laquelle «l’apologie de la violence a induit un sentiment de toute-puissance et accru la dangerosité de chacun de ses membres», analyse le président.

Arrestation immédiate

Si la participation de chacun est avérée, pourquoi des peines différentes ont-elles été infligées aux deux prévenus? Pour le premier, leader naturel à la carrure de colosse, la double tentative d’assassinat a été retenue, puisqu’il a frappé les deux victimes à la tête avec une batte de baseball. Le deuxième, lui, n’a directement participé qu’au lynchage du deuxième homme, après que celui-ci a tenté de s’enfuir. Mais en portant de tels coups à la tête, il lui était impossible d’ignorer qu’il pouvait donner la mort.

Après le jugement rendu par le Tribunal criminel, une question restait en suspens. À quel moment incarcérer ces deux hommes qui comparaissaient libres (mais sous mesures de substitution: bracelet électronique, interdiction de sortir à la nuit tombée et obligation de se présenter au poste à intervalle régulier)? Pour le procureur Dario Nikolic, le risque de fuite ne pouvait être écarté, compte tenu des peines infligées. Aussi, comme il l’avait déjà fait durant l’audience, il a demandé au tribunal une arrestation immédiate. Requête acceptée. Visiblement, la justice ne pouvait prendre le risque de laisser ressortir deux hommes condamnés à des peines aussi lourdes. Les deux accusés étaient entrés par la même porte que le public – nombreux, une fois encore – ils sont ressortis par l’arrière, entourés de policiers, direction la prison. Leurs avocats ont bien tenté de convaincre une dernière fois les juges qu’une fuite était improbable. En vain.

Reste ce verdict qui sonne comme la fin d’une première étape du processus judiciaire (trois membres du groupe, mineurs au moment des faits, doivent encore être jugés, et l’un doit aussi répondre de l’homicide des Charmilles). «Du point de vue de la justice, nous avons obtenu le maximum, relève Me Simon Ntah, défenseur de la victime la plus gravement touchée. Mais ça ne mettra aucun baume sur la douleur des familles.»

Sur le plan de l’indemnisation des victimes, un plafond a également été atteint puisque les deux condamnés doivent verser 140 000 à la première victime et 100 000 francs à la deuxième.

Quant aux avocats de la défense, ils ont souhaité «du temps pour évaluer une éventuelle suite à donner à ce verdict», qui peut faire l’objet d’un appel dans les dix jours.

Créé: 13.03.2019, 20h50

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