Une fillette de 10 ans violée dans un foyer genevois

PlacementL’agresseur, âgé de 12 ans, a été reconnu coupable de contrainte sexuelle. Une plainte est déposée contre le foyer et le SPMI.

La mère de la victime a déposé plainte contre  trois éducateurs du foyer et deux membres du Service de la protection des mineurs (bâtiment au centre de la photo).

La mère de la victime a déposé plainte contre trois éducateurs du foyer et deux membres du Service de la protection des mineurs (bâtiment au centre de la photo). Image: E.Gastaldello

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Leila a 44 ans et trois filles. «Je suis déprimée, désespérée. Au fond de moi, il y a un volcan qui brûle.» Placée dans un foyer genevois, sa cadette y a été abusée sexuellement par un jeune pensionnaire. Elle avait 10 ans, il en avait 12. Le jeune garçon a été reconnu coupable de contrainte sexuelle par le Tribunal des mineurs.

Pour cette mère, les responsables du foyer n’ont pas fait leur travail. Ils savaient que le garçon dysfonctionnait et n’ont pas pris toutes les précautions pour l’empêcher de nuire. Leila a porté plainte contre trois éducateurs du foyer et deux membres du Service de protection des mineurs (SPMI). «J’ai accordé toute ma confiance à ce pays et à ses lois. Aujourd’hui, je me sens trahie», explique cette Irakienne.

Pourquoi l’enfant a-t-elle été placée? Selon les explications de Leila, sa cadette souffre d’un retard mental «léger à modéré». Les services sociaux ont considéré qu’elle-même n’était pas assez présente et cadrante pour une enfant présentant ce type de difficultés. «C’est vrai que je travaillais beaucoup. Dans l’hôtellerie à 100%, et le soir je faisais des heures de nettoyage dans une banque. Je voulais prouver qu’une femme seule pouvait s’en sortir. Je m’absentais pour travailler, je ne courais pas les discothèques.»

Leila finit par se rendre aux arguments des services sociaux. «Ils m’ont convaincue que c’était mieux pour moi et ma fille. Ils m’ont assuré que les éducateurs seraient pour elle une aide précieuse, notamment au niveau scolaire.» Elle renonce à la garde de la fillette et accepte son placement en foyer.

L’horreur survient en janvier 2016. Au terme de son deuxième mois de placement, la petite est abusée sexuellement par un garçon de deux ans plus âgé. Elle en parle très rapidement aux responsables du foyer, qui décident de l’hospitaliser. Elle restera plus d’un mois aux HUG. Le rapport pédiatrique relève «des angoisses importantes liées à son agression». Le suivi pédopsychiatrique met en évidence «des signes de syndrome de stress post-traumatique».

«Le pire endroit…»

«C’est par un appel de la police que j’ai été informée de l’hospitalisation de ma fille, précise Leila. Le médecin s’est inquiété de ne pas voir une mère au chevet de cette enfant. J’étais sous le choc.» Un choc qui s’accentue lorsqu’elle comprend que les dysfonctionnements du jeune garçon étaient connus au sein du foyer. Il avait déjà mis la pression sur deux fillettes, il regardait des films pornographiques, il se comportait de manière totalement désinhibée.

Entendu en cours de procédure, un éducateur admet: «Mon équipe et moi avons détecté un comportement sexuel problématique chez ce garçon. Nous en avons fait part à tout le réseau qui s’occupait de cet enfant.» Cet homme considère que «notre foyer» est le «pire endroit» où ce garçon aurait pu être placé. «Il a dû être constamment soumis à des pulsions (…) lorsqu’un jeune sortait de la douche par exemple. Ce devait être une torture pour lui et je pense que le foyer est totalement inadéquat pour lui.»

Nouvelles agressions

Une autre intervenante décrit les comportements désinhibés de l’enfant et le fait qu’il «regardait régulièrement des films pornographiques ainsi que des images sur sa tablette ou son téléphone. C’est également arrivé sur l’ordinateur du foyer, qui est à disposition des enfants pour des petites tranches horaires.» Sans compter les deux fillettes qui avaient toutes les peines du monde à l’expulser de leur chambre lorsqu’il leur rendait des visites nocturnes. Les éducateurs considèrent que l’une d’elles, âgée de 11 ans, était «en couple» avec le jeune en question.

«La prise en charge des mineurs au sein de ce foyer ainsi que l’intervention du SPMI semblent particulièrement inquiétantes, réagit Me Samir Djaziri, avocat de Leila dans cette procédure. Il me semble regrettable que le Ministère public ait abandonné l’instruction de cette affaire si rapidement alors même que la gestion de ce foyer a également fait l’objet d’une dénonciation d’une magistrate du pouvoir judiciaire.»

En effet, après l’agression sexuelle de janvier 2016, la sécurité dans l’institution ne s’est pas vraiment améliorée. Quelques mois plus tard, un autre garçon s’en est pris sexuellement à deux fillettes de 8 et 11 ans… Le Tribunal des mineurs communique ces faits au procureur en charge du dossier, tout en s’inquiétant du fait que dans ce foyer, les enfants puissent se déplacer, durant la nuit, d’une chambre à l’autre sans surveillance, malgré leur jeune âge. Et qu’ils puissent avoir accès, sur l’ordinateur du foyer, à des sites à contenu pornographique.

Malgré tous ces éléments, le premier procureur Stéphane Grodecki a classé la plainte de Leila. (lire ci-après). Cette mère et son avocat ont recouru contre son ordonnance de non-entrée en matière. Ils estiment que les responsables du foyer tout comme ceux du SPMI, garants de la sécurité des enfants, ont failli à leur tâche. (TDG)

Créé: 06.08.2018, 19h33

Rien ne laissait prévoir que les garçons agiraient ainsi

Interrogé sur ce cas, Me Mirolub Voutov, avocat du jeune garçon condamné, conclut que «ce foyer n’était adapté ni à mon mandant ni à la victime. Mais il est facile de le dire après coup. Il faudrait prendre des mesures au niveau étatique pour mettre plus de moyens à disposition de ces foyers afin d’en améliorer le fonctionnement.» En ce qui concerne l’attitude des responsables? «Certains signaux alarmants en lien avec la personnalité de mon mandant auraient peut-être dû les pousser à prendre des mesures concrètes afin de prévenir ce malheureux épisode.»

Le premier procureur Stéphane Grodecki a décidé, quant à lui, de classer la procédure. Il considère «incontestable» le fait que les personnes dénoncées par Leila avaient «un devoir d’assistance» envers sa fille cadette et une position de «garants» par rapport à cette dernière. Il est tout aussi incontestable selon lui que le garçon condamné a commis des actes de contrainte sexuelle sur la fillette, actes «susceptibles de lui causer des séquelles psychiques importantes». Mais le magistrat estime qu’on ne peut pas reprocher aux éducateurs et membres du SPMI de n’avoir pas agi de manière préventive, car «il n’est pas établi qu’ils auraient dû objectivement estimer qu’il existait un risque patent que de tels faits se produisent». En ce qui concerne l’inquiétude du Tribunal des mineurs, qui dénonce des actes plus graves encore survenus dans le même foyer quelques mois plus tard? Même raisonnement de la part du procureur. Lequel considère que dans ce deuxième cas, la contrainte sexuelle, l’exhibitionnisme et les actes d’ordre sexuel de la part d’un autre garçon envers deux mineures sont bel et bien établis. «Ces actes peuvent causer des traumatismes psychiques importants.» Mais aucun élément concret, aux yeux du magistrat, ne laissait prévoir à nouveau que ce deuxième garçon agirait ainsi. C.F.

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