Une ex-élue vole près d'un demi million pour aller chez le coiffeur

Procès Ancienne politicienne PDC puis MCG, elle est jugée pour avoir pillé le compte de sa pupille.

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«Mais que faisiez-vous de toutes ces sommes?» Isabelle Cuendet, présidente du Tribunal correctionnel, peine à comprendre le train de vie de cette ancienne candidate MCG au Conseil d’Etat, qui comparaît depuis lundi devant les juges. «Des bouffes au restaurant, répond cette dernière, des verres au bistrot. J’allais chez le coiffeur tout le temps, je faisais des manucures en permanence, j’achetais 50 vernis à ongles. Tout et n’importe quoi! Des achats compulsifs.»

Le premier procureur Yves Bertossa l’accuse d’avoir détourné 488 000 francs au préjudice de sa protégée, une vieille dame alcoolique et isolée dont elle était la curatrice officielle, à côté de ses autres activités professionnelles. Il lui reproche d’avoir mené grand train durant onze ans. Voyages, restaurants de luxe, sacs et bijoux. Aujourd’hui, l’Etat de Genève, qui a remboursé l’octogénaire dépouillée, se retourne à son tour contre la prévenue en tant que partie plaignante dans ce procès.

Les actes ont duré de 2003 à 2014, date à laquelle la prévenue s’est dénoncée. La juge a quelques doutes sur la spontanéité de cette dénonciation, car celle qui était à l’époque haute fonctionnaire se trouvait acculée: «Vous vous rendiez bien compte que cette affaire allait sortir incessamment sous peu?» La quadragénaire affirme que non. Elle s’est dénoncée parce qu’elle ne pouvait plus supporter la situation. «C’était horrible, je ne pouvais plus vivre ainsi.»

Du cash dans les théières

Elle a commencé à détourner de l’argent quand elle travaillait comme notaire stagiaire après des études en droit. Elle gagnait alors 3500 francs par mois et, selon ses déclarations à la procédure, cherchait un mandat pour améliorer ses revenus. «Ce qu’on peut dire, c’est que vous les avez améliorés, note la juge. Avez-vous pris ce mandat pour piller le compte de cette dame?» L’accusée affirme que non. Mais la magistrate s’étonne du fait que les premiers prélèvements interviennent dès le début du mandat. Et continuent de plus belle, même lorsque la situation financière de l’ex-femme politique s’améliore. Elle travaille dans le secteur bancaire pour 120 000 francs par an, puis à l’Etat pour 135 000 francs. Mais les prélèvements et les fausses écritures pour tromper le Tribunal tutélaire continuent.

Alors qu’elle est conseillère municipale PDC, son parti la désigne comme candidate à la Cour des comptes, avant de la retirer au profit d’une PLR. Le procureur Bertossa lui demande si, à cette époque-là, elle se sentait «prête à rédiger des rapports complexes». Elle répond: «Je ne me suis pas posé la question.» Aujourd’hui, celle qui dit s’être lancée en politique «pour changer les choses et rendre le monde meilleur» regrette ses agissements. Une psychothérapie l’a aidée à prendre conscience de ses actes. «C’est insensé! Je suis désolée», répète-t-elle.

Son train de vie? «Depuis que je suis née, je vis comme ça», explique la prévenue. Elle a suivi sa scolarité dans une école privée à Rolle (VD). Plus tard, au moment de ses études, une grand-mère prodigue lui donnait tout l’argent qu’elle voulait sans lui demander des comptes. L’aïeule généreuse cachait toutefois ces dons «dans le four et les théières» afin de les dissimuler au grand-père, lequel venait de «vendre son avion».

Selon l’adage l’argent ne fait pas le bonheur, la quadragénaire explique n’avoir pas bénéficié d’une enfance heureuse pour autant. Des témoins évoquent une certaine maltraitance familiale – «une maltraitance enrobée de beaucoup d’humour du style acide sulfurique» – et un grave accident qui a bouleversé sa vie.

«La lumière de Dieu»

Son avocat, l’ancien procureur général Daniel Zappelli, a souligné la prise de conscience et l’absence de risque de récidive de sa cliente. Il demande une peine avec sursis. «Avant, elle aimait la lumière des projecteurs, maintenant elle aime la lumière de Dieu», a-t-il plaidé en faisant allusion aux études de théologie de la prévenue.

Pour le procureur Bertossa, les actes de l’accusée justifieraient une peine de cinq ans mais, compte tenu notamment de sa situation familiale, il ne s’oppose pas à une peine de trois ans avec sursis partiel. Verdict mardi.

(TDG)

Créé: 02.10.2017, 20h29

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