Une discrète fondation genevoise finance Interpol

Lutte contre la criminalitéCette entité peut compter sur de puissants membres. Un cheikh des Émirats, le prince Albert de Monaco, le patron de Renault et l’un des fils de la famille Dassault.

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Ses nouveaux bureaux se situent dans un immeuble sans cachet particulier, près du rond-point de Plainpalais. Et cette fondation aurait sans doute été appelée à somnoler, mais un prince charmant s’est penché sur son berceau, en mars 2017. Ou plutôt un cheikh qui, au nom des Émirats arabes unis (EAU), a versé 50 millions d’euros (environ 57,5 millions de francs) sur cinq ans pour qu’elle puisse honorer son mandat.

La Fondation Interpol pour un monde plus sûr s’est désormais donné un directeur, l’ancien procureur genevois Jean-Bernard Schmid. Cette entité créée en 2013 a été voulue par Ronald Noble, précédent patron d’Interpol. L’Américain croyait dur comme fer aux bienfaits des partenariats entre le public et le privé.

À sa naissance, c’est l’avocat et ancien ministre de la Défense du Liban Elias Murr qui chapeaute cette fondation. Cet homme politique libanais connaît bien Genève: entre 8 et 16 ans, il a usé ses fonds de culotte sur les bancs du Collège du Léman, à Versoix. Et il sait à quel point le terrorisme peut précipiter des pays entiers dans les décombres.

Avec Albert de Monaco

Au début, la fondation vivote, auréolée bientôt par la présence du patron de Renault, Carlos Ghosn, et de l’homme d’affaires pakistanais basé à Dubaï Arif Naqvi. Patron de la puissante banque anglo-saxonne HSBC, le Britannique Stuart Gulliver rejoint cet aréopage en 2014, précédant de peu le prince Albert de Monaco (lire ci-dessous). Mais c’est l’entrée en lice du cheikh Mansour bin Zayed al-Nahyan, demi-frère du président des EAU, en 2016, qui donne un coup de fouet à l’entité. Une année après, le chèque de 50 millions permet à cette fondation de jouer désormais dans la cour des grands.

Bête noire des cols blancs

Entré en fonction ce printemps, Jean-Bernard Schmid n’est pas un inconnu. En 2002, il fut le candidat malheureux à la succession de l’ancien procureur général Bernard Bertossa, bête noire des criminels en col blanc. Présenté par l’Alliance de gauche, il avait été devancé pour une poignée de voix par le radical Daniel Zappelli. Et que compte-t-il faire à la tête de cette fondation? «Je n’ai aucun commentaire particulier à faire», répond-il, préférant confier cette tâche à un autre ancien magistrat, Georges Zecchin, mandaté pour jeter les bases de la fondation. Après avoir consulté Elias Murr, le Genevois résume la mission de l’entité: financer le développement par Interpol de sept projets. Dans quels domaines? La lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité, le trafic de drogue, de biens culturels et d’automobiles. Ainsi que le soutien à des États fragilisés par ces fléaux. Excusez du peu.

Cette fondation veut renforcer Interpol, dont moins de la moitié du budget, qui s’est élevé à 124,3 millions d’euros en 2017, provient des pays membres (lire notre encadré). «En l’état, la partie prévisible du budget de cette fondation correspond à l’engagement de contribution des EAU sur cinq ans. D’autres démarches visant à recueillir des contributions ont été décidées et vont être mises en œuvre prochainement», précise Georges Zecchin.

Les jets d'affaires et les médias

Plus récemment, les Français Serge Telle et Olivier Dassault, membre de la famille possédant le groupe industriel fabricant des jets d’affaires et des avions de combat, ont rejoint ce conseil.

À part leurs considérations sur la lutte contre le terrorisme, Olivier Dassault et Elias Murr pourront aussi échanger entre eux leurs idées dans d’autres domaines, ceux de l’aviation ou des médias: Elias Murr possède huit jets et un hélicoptère. Et tant le Libanais que le Français sont aussi patrons de presse, contrôlant respectivement «Al Joumhouria» et «Le Figaro». Quant au cheikh, c’est le football anglais qui l’anime: il a racheté il y a dix ans le FC Manchester City.

Un attelage improbable compose cette fondation. Mais c’est à l’évidence les EAU qui tiennent les rênes. C’est d’ailleurs à Dubaï, la capitale financière des Émirats, qu’Interpol tiendra, en novembre, sa prochaine assemblée générale. Au moment de signer son chèque, le cheikh Mansour a rappelé l’ambition de son pays: «Faire des Émirats le lieu le plus sûr du monde.» Reine des organisations de lutte contre la criminalité de haut vol, Interpol est donc aidée par les princes du désert. Un véritable conte des mille et une nuits du XXIe siècle.


Un impressionnant conseil de fondation

Peu de fondations dans le monde peuvent s’enorgueillir de compter au sein de leur conseil des membres aussi éminents. Le président,Elias Murr, 56 ans, a été à plusieurs reprises ministre au Liban. À l’Intérieur, aux Affaires étrangères mais surtout à la Défense. Son conglomérat familial possède aussi le groupe de médias Al Joumhouria, des jets, des sociétés de construction. Mais son projet immobilier phare de Beyrouth, la tour Murr de 40 étages, n’est toujours pas achevé.

L’avocate d’affaires libanaise Zeina Wakim, qui réside à Genève, fait partie des membres fondateurs. Son confrère, le Libanais Carlos Abou Jaoudé, siège aussi au conseil. Surtout connu comme industriel de la branche automobile, Carlos Ghosn, 64 ans, patron de Renault et de Nissan, les a rejoints en 2014, tout comme l’homme d’affaires pakistanais basé à Dubaï Arif Naqvi, 57 ans. Ce financier voit cependant ces jours son empire lui filer sous le nez: son fonds dubaïote Abraaj, qui pèse 13,6 milliards de dollars, est aux soins intensifs.

Patron de la puissante banque HSBC, le Britannique Stuart Gulliver a quitté la fondation. Albert de Monaco a présidé cette structure de manière intérimaire, en 2014, avant d’en redevenir simple membre. Demi-frère du président des Emirats arabes unis, le cheikh Mansour bin Zayed bin Sultan al-Nahyan (plus connu sous le nom de «cheikh Mansour»), 47 ans, est surtout connu en Europe pour être propriétaire du Manchester City FC, l’un des plus glorieux clubs de football britanniques.

Olivier Dassault, 67 ans, a rejoint le conseil en avril. Tout comme le diplomate français Serge Telle, 63 ans, ministre d’État de la principauté de Monaco.

La fondation peut aussi compter sur le soutien d’un conseil honoraire, où siègent l’industriel indien Ratan Tata ou le banquier suisse Boris Collardi. (TDG)

Créé: 19.10.2018, 07h23













Le conseil de la Fondation Interpol: Le cheikh Mansour bin Zayed bin Sultan al-Nahyan, demi-frère du président des Emirats rabes unis; le prince Albert de Monaco; Elias Murr, ancien ministre de la Défense du Liban; Carlos Ghosn, patron des constructeurs automobiles Renault et Nissan; Olivier Dassault, l’un des dirigeants du groupe familial du même nom; Jean-Bernard Schmid, ancien procureur genevois et directeur actuel de la fondation.

Le budget

En versant une contribution annuelle de 10 millions d’euros (11,5 millions de francs, environ la même somme en dollars), les Émirats peuvent s’enorgueillir de talonner les États-Unis, plus gros contributeur public d’Interpol. En versant l’an dernier 10,5 millions d’euros, ce pays vient loin devant le Japon et l’Allemagne. Quant à la Suisse, elle a contribué à hauteur de 803 559 euros. Au total, les 192 pays membres ont versé 54,4 millions d’euros. D’autres contributions ordinaires, privées comme publiques, ont atteint 36,8 millions, et les versements rattachés à des soutiens ponctuels 33,1 millions. Interpol a donc disposé d’un budget de 124,3 millions d’euros. Le siège d’Interpol est à Lyon.

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