Un yacht séquestré coûte 2000 euros par jour au contribuable genevois

Guinée équatorialeLe coût d’entretien du navire africain a poussé le Ministère public à le vendre. Le clan Obiang s’y oppose et a obtenu gain de cause.

Le yacht du clan Obiang ne sera pas vendu.

Le yacht du clan Obiang ne sera pas vendu. Image: DR

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Pour la première fois dans l’affaire Obiang, le pouvoir judiciaire a pris une décision favorable à la Guinée équatoriale. La Chambre pénale de recours (CPR) s’est prononcée la semaine dernière contre la vente d’un yacht que les procureurs genevois ont fait séquestrer il y a un an. Ils soupçonnent Teodorín Obiang, vice-président de la Guinée équatoriale, d’utiliser le navire à des fins privées mais de l’avoir acheté avec des deniers publics.

Tout a commencé le 3 décembre 2016, quand la justice genevoise a fait arraisonner par les autorités néerlandaises l’Ebony Shine, qui mouillait dans la mer du Nord. Le bateau de plaisance vaudrait cent millions de dollars.

Face aux frais d’entretien élevés du yacht, le Ministère public décide de le mettre en vente. Une décision aussitôt contestée par les avocats genevois de la nation d’Afrique centrale.

«Les Genevois trinqueront»

L’entretien de l’Ebony Shine coûte plus de 2000 euros par jour, une facture que le Ministère public a accepté d’endosser quand bien même il n’en aurait pas été contraint, selon une source.

Le contribuable genevois, qui finance l’activité du pouvoir judiciaire, trinque donc. Depuis un an, l’ardoise, déjà payée en partie, tourne autour des 800 000 euros. «Tant que durera le séquestre, les Genevois trinqueront», indique une source. De décembre 2016 à décembre 2019, le séquestre coûtera 2,34 millions d’euros, selon la justice. La Chambre pénale de recours estime toutefois que, par rapport à la valeur du navire, ces frais sont dérisoires. Une vente n’est donc pas justifiée à ses yeux.

Notre grand format sur la présence de la famille Obiang à Genève

En France, la procédure des biens mal acquis a duré près de dix ans avant d’aboutir à une sanction, cet automne. Teodorín Obiang a été condamné à trois ans de prison avec sursis et 30 millions d’euros d’amende.

Henri Della Casa, porte-parole du Ministère public, indique que ce dernier ne fera pas recours contre la décision de la CPR. «À l’issue de la procédure, le Ministère public pourra solliciter la confiscation de ce navire et sa vente, le produit de cette dernière servira notamment à couvrir les frais de procédure», précise-t-il en confirmant que le Ministère public avait ordonné la vente du yacht pour limiter les frais à la charge de la procédure.

Selon une source en Guinée équatoriale, le régime de Malabo (la capitale du pays) a été très touché par ce séquestre, beaucoup plus que par celui d’une vingtaine de voitures de luxe dans le même cadre entre Genève et Nyon.

Un habitué de Genève

La famille Obiang n’entendrait donc pas lâcher l’affaire et s’en serait plainte à maintes reprises à Berne, auprès du Département fédéral des affaires étrangères, engendrant une crise diplomatique entre les deux pays.

La justice genevoise, qui soupçonne Teodorín Obiang de blanchiment d’argent, a ouvert une enquête à son encontre en octobre 2016. Le vice-président de la Guinée équatoriale était jusqu’à cette date un habitué de Genève et de la Suisse, lui qui rendait régulièrement visite à ses frères dans le canton. Les poursuites semblent avoir incité le clan Obiang à quitter le bout du lac. (TDG)

Créé: 12.12.2017, 18h16

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