Un robot pour chasser la peur et l’ennui

TechnologieDeux robots humanoïdes, Billy et Hoppy, ont intégré les HUG il y a six mois afin de divertir les enfants hospitalisés.

L’infirmière Mélanie Théate-Berlioz (à droite) présente Hoppy à un patient et à sa maman.

L’infirmière Mélanie Théate-Berlioz (à droite) présente Hoppy à un patient et à sa maman. Image: JULIEN GREGORIO/HUG

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Billy a un corps bleu bariolé, des yeux lumineux qui forment parfois un cœur, sait expliquer ce qu’est la Reine des neiges ou la drépanocytose, et déborde d’idées d’activités. Ce robot a intégré le Service de pédiatrie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) il y a près de six mois avec un autre compagnon, Hoppy. Ces deux humanoïdes à la voix féminine ont une mission bien précise: divertir les enfants hospitalisés et atténuer la peur d’une prise de sang, le stress d’une opération ou la solitude de la chambre aseptisée. Une première en Suisse.

Ce projet émane des professionnels du terrain. «Nous réalisons beaucoup de soins douloureux ou anxiogènes, et utilisons de nombreuses techniques de distraction, avec des marionnettes, des doudous, des tablettes, l’hypnose ou l’intervention d’Hôpiclowns, raconte Mélanie Théate-Berlioz, infirmière aux Soins intensifs de pédiatrie, qui a élaboré le projet avec sa collègue Julie Renaut et la Dre Alice Bordessoule, médecin adjointe dans ce service. Mais parfois, cela ne suffit pas. En étudiant la distraction par le jeu pour mon travail de diplôme, j’ai découvert que des robots étaient utilisés dans les soins en France. Cela m’a séduite, c’est innovant.» La Fondation des HUG accepte de financer l’achat de deux robots, produits en France.

Le robot dispose d’un écran tactile et d’activités pour les enfants de 3 à 10ans: memory, jeux, coloriage, comptines. Du ludique mais aussi de l’éducation thérapeutique, pour comprendre les causes et les traitements d’une maladie. L’offre est toutefois encore maigre et se borne à expliquer la drépanocytose, une maladie qui touche le système sanguin. «Des séquences sur les pathologies cardiaques – première cause d’admission aux Soins intensifs pédiatriques – sont en préparation», précise l’infirmière. De l’éducation scolaire, aussi, avec des exercices de maths, d’allemand et bientôt d’anglais.

Les deux humanoïdes parlent et sont plutôt calés en langues étrangères, puisqu’ils en maîtrisent 119. Ils sont capables de répondre aux questions d’ordre général. Si Billy a ainsi dû récemment disserter sur la Reine des neiges et Star Wars, le bilinguisme sert aussi des sujets plus complexes. «Nous accueillons beaucoup de patients qui ne parlent pas français, notamment les enfants opérés du cœur dans le cadre du programme mené avec Terre des hommes, rapporte Alice Bordessoule. Ils sont souvent très seuls ici, dans un environnement où personne ne parle leur langue. Le robot permet d’interagir lorsqu’un interprète est indisponible, mais aussi de créer un lien.» Des icônes permettent par ailleurs à l’enfant de communiquer ses émotions.

Les nouvelles recrues ont fait leurs preuves, selon Mélanie Théate-Berlioz. «De nombreux soins se déroulent désormais sans larmes ni cris. C’est un plus pour le confort des enfants, que les parents ressentent aussi.» Et de citer une évaluation effectuée auprès de 60 patients, parents et soignants qui fait état d’une large satisfaction.

Ces super robots si efficaces vont-ils finir par remplacer les soignants? Mélanie Théate-Berlioz réfute toute substitution. «C’est un complément, une technique parmi d’autres, insiste-t-elle. Leur présence ne change pas les effectifs. Par ailleurs, l’enfant n’est pas laissé seul avec le robot.» Alice Bordessoule ajoute: «Dans un monde idéal, on aurait une infirmière pour le soin et une autre pour distraire le patient. Mais ce n’est malheureusement pas toujours possible en regard de nos priorités, qui sont les gestes techniques et sauver des vies.» Quid du temps passé devant l’écran? «On est dans un contexte spécial, les enfants hospitalisés n’ont pas énormément de distractions, répond l’infirmière. On contrôle le temps d’utilisation mais les patients se fatiguent vite et s’arrêtent naturellement.»

Créé: 07.01.2020, 18h07

Distraire le patient

Les enfants hospitalisés aux Soins intensifs pédiatriques ont souvent des soins lourds à supporter. Le personnel soignant est présent pour les soutenir mais cela ne suffit pas toujours pour calmer l’anxiété, le stress ou la solitude des patients mais aussi de leur famille. D’autres moyens sont sollicités, comme les robots, mais aussi l’action bénévole des clowns ainsi que la pratique de l’hypnose. Depuis plus d’un an, des dizaines d’enfants ont appris cette technique et l’utilisent contre les douleurs et les peurs. A.T.

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