Un futur marié terrorise l’état civil de Carouge

Justice L’homme ne se souvenait plus du nom de sa promise. L’officier d’état civil a du coup refusé d’entériner les épousailles.

Office de l'état civil à la rue Jacques-Dalphin.

Office de l'état civil à la rue Jacques-Dalphin. Image: Georges Cabrera

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Les trois employées de l’état civil de la Ville de Carouge se souviendront longtemps de ce 20 avril 2016, lorsqu’un Ivoirien de 30 ans les a prises à partie, en hurlant et en les menaçant de mort. Cette explosion de colère a eu lieu lorsque l’une de ces dames, officier de l’état civil, a refusé d’entériner les documents de mariage et invité le couple à repasser le lendemain, lorsque Monsieur serait plus sobre.

Il sentait en effet fortement l’alcool et ne se souvenait plus du nom de sa future épouse au moment de l’inscrire sur le formulaire prévu à cet effet. Du coup, Madame l’officier a eu des doutes sur sa capacité de discernement.

Mais lorsqu’elle a refusé son dossier, l’homme est entré dans une colère noire. Devant le Tribunal de police, la plaignante mime la scène. «Il s’est penché sur moi par-dessus le guichet en brandissant le doigt. J’ai eu l’impression qu’il voulait m’attraper et je me suis reculée. Il hurlait: «Tu vas voir ce que tu vas voir! Si tu ne signes pas ce formulaire, tu ne seras pas là demain pour ouvrir ce putain de guichet!»

La fonctionnaire a d’abord pensé qu’elle pourrait faire face toute seule à cette situation. Elle en avait vu d’autres, notamment durant ses années d’études, alors qu’elle travaillait au service litige bagages de l’aéroport. «Je sais ce que sont des gens en colère, mais ce qui s’est passé ce jour-là dépasse tout!» Les hurlements sont allés crescendo. Tout le bâtiment les a entendus. Les deux collègues de la plaignante sont venues à la rescousse et ont fait bloc avec elle. Les usagers ne savaient plus comment s’enfuir du local.

La police intervient

«À un moment donné, il a ouvert sa veste, j’ai cru qu’il allait en sortir une arme, poursuit la plaignante. J’ai vu défiler toute ma vie devant moi. Je ne savais pas où m’abriter.» Finalement, quelqu’un a pressé le bouton d’alarme qui alerte les forces de l’ordre en cas de débordements et la police est intervenue.

«Après cet épisode, indique Madame l’officier, j’étais terrorisée, tremblante, en sueur. Mes collègues également. Nous avons demandé un soutien psychologique.» Durant les semaines qui ont suivi, elle ressentait «une peur terrifiante» en se rendant au travail, sans compter les insomnies. Elle s’est munie d’un spray au poivre. Les portes de l’office ont été fermées, les entrées des usagers filtrées.

«Je n’ai frappé personne»

Et le prévenu, qu’en pense-t-il? «J’étais un peu trop énervé, je me suis laissé emporter.» Il reconnaît une partie des faits mais nie les menaces de mort. «Je n’avais pas compris qu’on me demandait de revenir le lendemain. Ça faisait deux ans que cette procédure traînait, on m’a fait aller dans tous les sens.»

Et la violence de sa réaction? «Quand mon patron m’a expliqué à quel point ces dames avaient eu peur, je me suis dit que j’avais dépassé les limites.» Et d’ajouter: «Je n’ai frappé personne, j’ai reconnu les faits, je me suis excusé. Après, c’est leur droit de porter plainte.»

Avocate des plaignantes, Me Lorella Bertani rappelle que ses clientes ont l’habitude de calmer les usagers mécontents. Mais la situation dont il est question ici est exceptionnelle. «Il n’est pas tolérable d’être menacé de mort lorsqu’on veut appliquer la loi.» Elle rappelle les cinq antécédents du prévenu en France et en Suisse. «La violence est son mode d’expression. Malgré les messages de la justice, il réitère, persiste et signe.»

Elle souligne le risque de récidive relevé par l’expert psychiatre et le fait que le prévenu n’a entrepris aucune thérapie pour tenter de gérer ses explosions de rage. «Il n’a cure des conséquences de son comportement sur les autres.» Elle réclame un verdict de culpabilité. Il lui est accordé. La juge révoque un sursis précédent et reconnaît l’accusé coupable de tentative de violence ou menace contre les autorités et les fonctionnaires. Elle souligne qu’il n’y a aucune prise de conscience et que rien ne justifie son comportement. L’homme, qui s’est entre-temps marié, écope de 120 jours-amende (à 40 francs le jour) sans sursis. Il devra verser 2000 francs de tort moral aux trois collaboratrices traumatisées de l’état civil. (TDG)

Créé: 04.03.2018, 17h26

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